Dossier Spécial

Cedeao: L’adaptation des entreprises sera lente

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5157 Le 28/11/2017 | Partager
stephane_colliac_057.jpg

Stephane Colliac, économiste senior en charge de la France et de l’Afrique chez Euler Hermes (Ph. E.H.)

- L’Economiste: Quels avantages le Maroc tirerait de son adhésion à la Cedeao?  
- Stéphane Colliac:
Pour le Maroc, adhérer à la Cedeao entre dans une stratégie globale de renforcement des relations commerciales et financières avec les pays d’Afrique de l’Ouest. On peut le dire, c’est le sens de l’histoire. Le Maroc pourrait ainsi profiter des progrès considérables effectués en matière de productivité agricole et fournir ainsi de nouveaux débouchés au secteur. Concernant le textile, la possibilité pour les donneurs d’ordre marocains d’utiliser les pays d’Afrique de l’Ouest pour y relocaliser à terme une partie des productions (telle la Chine en Ethiopie) peut également être citée parmi les avantages. Enfin, l’apport d’un système bancaire plus développé tel que celui du Maroc, pourrait être mutuellement bénéfique en aidant les pays d’Afrique de l’Ouest à mieux financer leur croissance, tout en apportant un nouveau débouché aux banques locales.
 - Comment réussir cette adhésion et quels risques pour l’entreprise?
- Cette adhésion devra s’accompagner d’un effort pour tisser un maillage de relations bilatérales avec l’ensemble des pays membres. Parmi ce qui a marché ces dernières années en Afrique, on peut citer la diplomatie très active de la Turquie, qui a su faire son entrée, particulièrement en Afrique de l’Est et devenir en 2015 l’investisseur étranger qui a créé le plus d’emplois sur le continent. C’est le même genre de résultat qui est attendu des efforts couramment entrepris par la diplomatie économique marocaine.
Le financement sera un domaine majeur sur lequel se positionner, puisque nombre de pays africains développent actuellement des plans d’investissement à long-terme. La Guinée vient par exemple, de lever 20 milliards de dollars sur 5 ans. Il est vital que le Maroc soit présent sur ce type de sujet.
 
- Les entreprises marocaines arriveront-elles à s’adapter rapidement?
- Ce n’est pas impossible, mais ce ne sera pas rapide. Le Maroc devra toutefois monter en gamme rapidement. C’est une chose d’avoir le taux le plus élevé en Afrique d’étudiants ayant bénéficié d’une formation universitaire (près de 25%), mais ce n’est pas tout à fait le bon point de comparaison. Si le Maroc veut progressivement devenir une tête de pont industrielle, l’amélioration du système éducatif sera un élément essentiel afin de doubler a minima ce taux. Cela ne se fera pas du jour au lendemain.

Propos recueillis par Khadija MASMOUDI

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc