Dossier Spécial

Les Emergents «historiques» sont essoufflés

Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5157 Le 28/11/2017 | Partager
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Olivier de Boysson, chef économiste Pays émergents du groupe Société Générale: «Le rebond des prix des matières premières devrait atténuer les difficultés des trois principales économies d’Afrique subsaharienne, le Nigeria, l’Afrique du Sud et l’Angola» (Ph. Soc Gen)

Olivier de Boysson est chef économiste Pays émergents du groupe Société Générale. Il est également directeur adjoint des Etudes économiques au Département des Risques, l’entité chargée des projections macroéconomiques et de l’analyse des risques macro-financiers. Il intervient à la 5e édition de l’Observatoire International du Commerce Euler Hermes ce mardi 28 novembre à Casablanca.
 
- L’Economiste: D’où viendra un second souffle chez les Emergents dont on dit qu’ils sont «fatigués»?
- Olivier de Boysson:
Dans le sillage du ralentissement chinois, plusieurs locomotives émergentes se sont essoufflées, comme le Brésil ou la Russie, et elles peinent à retrouver un sentier de croissance. Les stratégies d’insertion dans le commerce international restent pertinentes mais elles ne suffisent pas pour assurer une croissance forte dans l’environnement qui se profile. Le développement du marché intérieur et du capital humain est pour chaque pays la clé d’un développement plus solide et plus équilibré.  
   
- Quel diagnostic faites-vous chez SocGen de l’état et des perspectives de l’économie marocaine?
- Le succès des réformes engagées dans les années 2000 est indéniable. La réalisation de grands projets structurants comme le port de TangerMed a permis d’attirer les investisseurs et faciliter l’émergence de nouveaux secteurs industriels exportateurs comme l’électronique, l’automobile et l’aéronautique. Les déficits public et externe ont diminué depuis plusieurs années grâce à la maîtrise de la facture énergétique et des subventions. La dette publique est stabilisée et le potentiel de croissance du Maroc a augmenté. Les perspectives sont donc bonnes mais la trajectoire de croissance reste encore insuffisante pour résorber le chômage des jeunes qui reste élevé.

- Comment évaluez-vous l’environnement des affaires du pays?
- Les procédures d’enregistrement des nouvelles entreprises et de paiement des impôts se simplifient, ce qui constitue un progrès. La rareté du foncier industriel reste sans doute un frein à l’investissement mais des efforts sont entrepris pour y remédier. La modernisation du marché de l’emploi, celle de l’éducation technique et de la formation professionnelle doivent rester des priorités.

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La croissance chinoise n’a jamais été aussi faible depuis 26 ans - le PIB a augmenté de «seulement» 6,7% en 2016, au plus bas depuis 1990, suite à un ralentissement de la production industrielle et une chute des exportations

- A quels risques les économies africaines seraient-elles exposées en 2018?
- Le rebond des prix des matières premières est favorable pour la croissance régionale. Les difficultés des trois principales économies subsahariennes, le Nigeria, l’Afrique du Sud et l’Angola devraient diminuer. Elles masquent par ailleurs la bonne performance des pays importateurs nets de pétrole sur le continent comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Kenya et l’Ethiopie dont la croissance est supérieure à 5%.
Les économies subsahariennes restent sensibles au prix des matières premières exportées. Certains pays se sont réendettés sur les marchés internationaux de capitaux au cours des dernières années et seraient sensibles à une hausse des taux en dollar plus importante qu’escomptée actuellement par les investisseurs.

- Quels impacts éventuels voyez-vous de la situation en Arabie saoudite sur les marchés pétroliers?
- Le contexte géopolitique au Moyen-Orient est instable, marqué par la guerre au Yémen et en Syrie, des disputes entre les pays du Golfe et la rivalité croissante entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Une escalade des tensions pourrait augmenter le risque du transit du pétrole par le détroit d’Ormuz et causer une flambée des prix. En sens inverse, une rechute des prix est possible en raison de l’augmentation de l’offre de pétrole de schiste et de la difficulté des pays OPEP à respecter les quotas de production. Cette chute des prix ne favoriserait pas non plus la stabilité de pays qui dépendent de la rente, au moment où plusieurs d’entre eux, et notamment l’Arabie saoudite, s’engagent dans des réformes ambitieuses afin de diversifier leurs économies.

- Les taux d’intérêt négatifs deviendraient-ils la norme dans la zone euro?
- Notre scénario reste celui d’une hausse très graduelle des taux d’intérêt européens dans les prochains trimestres et une première hausse du taux directeur de la BCE en 2019. Nous attendons un retour progressif de l’inflation et la sortie graduelle des politiques monétaires non conventionnelles. Les taux négatifs perdureraient sur la partie courte encore plus d’un an. Cette période de taux bas, voire  négatifs, s’accompagne d’une reprise du crédit qui est souhaitée, mais qui pourrait nourrir des bulles financières si elle dure trop longtemps.

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Après avoir démarré le début de la décennie en fanfare (7,5% de croissance en 2010), le Brésil, qui fut longtemps un pilier des économies émergentes, a subi de plein fouet la baisse des cours des matières premières et le ralentissement chez ses clients en Amérique latine

- L’inflation basse dans un contexte de quasi plein emploi aux Etats-Unis peut-elle être à terme, une source d’inquiétude pour l’économie mondiale?
- Plusieurs raisons peuvent expliquer cette configuration inhabituelle. L’excès de capacité sur les marchés du travail aux USA est peut-être mal mesuré; l’impact de la  mondialisation et celui du progrès technique peuvent avoir un effet déflationniste en favorisant des chaînes de production plus flexibles; l’évolution démographique, le remplacement des départs à la retraite par des jeunes moins rémunérés, la moindre qualité des nouveaux emplois créés, peuvent peser sur les salaires et indirectement sur la formation des prix. Le consensus prévoit une inflation en très légère progression seulement sur les années à venir.

- Le Japon en a-t-il fini avec la déflation?
- L’inflation est redevenue légèrement positive au Japon mais elle reste faible. Le Japon précède les autres pays développés dans l’expérience du vieillissement de la population et de l’introduction de la robotique. Ces deux évolutions semblent avoir des effets importants sur le marché du travail et indirectement sur l’inflation.

Propos recueillis par Abashi SHAMAMBA

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