Economie

Migration: «Les flux irréguliers ont chuté»

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5156 Le 27/11/2017 | Partager
C’est le résultat de la coopération des pays pour traiter les causes profondes de la migration
Mais «il faut rester vigilants et poursuivre la lutte contre les trafiquants»
La politique migratoire du Maroc ouvre la voie à une meilleure gouvernance régionale de ce dossier
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Pour Dimitris Avramopoulos, Commissaire européen à la Migration et aux Affaires intérieures, «le Maroc est un partenaire stratégique dans la région. Il a une position unique non seulement en tant que pays d’origine, de transit et de destination, mais surtout en raison de sa politique migratoire globale» (Ph. AFP)

Au moment où la gestion des flux migratoires continue de poser un véritable défi aux Etats de l’Union européenne, Dimitris Avramopoulos, Commissaire européen à la Migration et aux Affaires intérieures, était en visite au Maroc la semaine dernière. Il a insisté sur le caractère stratégique de la coopération entre les deux parties, qui «partagent les mêmes défis, dans les domaines de la migration et de la sécurité».

- L’Economiste: Vous avez effectué une visite au Maroc la semaine dernière. Quels sont les dossiers prioritaires qui étaient au centre des discussions?
- Dimitris Avramopoulos: C’est la deuxième fois que je viens au Maroc en tant que Commissaire européen. Je garde un excellent souvenir de ma première visite. Ce nouveau déplacement a permis de relancer et consolider notre dialogue en matière de migration et de sécurité. Dans ces deux domaines prioritaires, l’Union européenne et le Maroc partagent les mêmes défis, et sont des partenaires stratégiques. Donc cette visite est une continuation naturelle des relations étroites entre l’UE et le Maroc.

- Le Maroc a lancé une politique migratoire qui a permis de régulariser la situation de milliers de migrants subsahariens. Quel appui peut apporter l’UE à cette stratégie?
- Je suis tout à fait conscient de la pression migratoire à laquelle votre pays fait face et je salue le travail remarquable des autorités marocaines. L’UE soutient vos efforts. Nous avons alloué 75 millions d’euros pour financer des projets au Maroc pour répondre au défi migratoire. Nous supportons par exemple des projets pour assurer la protection et l’intégration des migrants  comme les mineurs non accompagnés ou les femmes victimes de violence. Nous avons financé à hauteur de 5,5 millions d’euros le projet «Vivre ensemble sans discrimination», qui vise à prévenir le racisme et la xénophobie à l’égard des migrants. Nous allons prochainement soutenir de nouveaux projets.  

- La gestion des flux migratoires pose un véritable problème au niveau de l’Union européenne. Les initiatives actuelles arriveront-elles à désamorcer cette crise?
- Grâce à nos efforts collectifs pendant les deux dernières années, la gestion des flux migratoires vers l’Europe s’est améliorée. Même si la pression migratoire existe toujours, les flux irréguliers enregistrés vers l’Europe ont globalement chuté cette année. Cela montre que les initiatives lancées pour coopérer avec les pays partenaires, afin de s’attaquer aux causes profondes de la migration irrégulière, contrôler nos frontières externes et lutter contre les passeurs, portent leurs fruits. Nous devons  poursuivre ces efforts, rester vigilant et continuer à prêter la plus grande attention au respect des droits des migrants et des réfugiés et à lutter contre les passeurs et trafiquants qui profitent de la situation de ces personnes en quête d’une nouvelle vie.

- Quel rôle peut jouer le Maroc?
- Le Maroc est un partenaire stratégique dans la région pour faire face aux défis migratoire et sécuritaire. Concernant la migration, le Maroc a une position unique non seulement en tant que pays d’origine, de transit et de destination, mais surtout en raison de sa politique migratoire globale qui ouvre la voie à une meilleure gouvernance des migrations au niveau régional. Ceci vaut aussi en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme, la prévention de la radicalisation, et la lutte contre le crime organisé. Le Maroc et l’Europe sont des partenaires et ce partenariat est bénéfique pour vous, pour nous, mais aussi pour la sécurité et la stabilité de la région.

- Rabat et Paris veulent renforcer leur coopération en misant sur l’intégration des jeunes dans les pays émetteurs. Est-ce que l’UE compte soutenir ce genre d’initiatives?
- Bien sûr. La Commission européenne encourage les Etats de l’UE à mettre en place de telles initiatives et est elle-même pionnière en la matière. Par exemple, nous finançons à hauteur de 10 millions d’euros un programme visant le développement des services de santé et d’emploi à destination des migrants résidant sur le territoire marocain. Nous voulons mettre tout en œuvre pour trouver des solutions durables en amont, afin que ces personnes ne risquent pas leur vie en s’engageant dans un périple incertain et extrêmement dangereux. C’est pour cela que j’ai invité les Etats de l’UE à s’engager dans des projets pilotes afin d’ouvrir des voies de migration légale pour des migrants économiques. Pareillement, je les ai invités à réinstaller 50.000 personnes en besoin de protection et d’assurer ainsi des voies légales aussi pour des réfugiés.

- Prévoyez-vous de lancer de nouveaux projets avec le Maroc?
- Nous avons lancé plusieurs chantiers en collaboration avec le Maroc et nous en sommes satisfaits. Nous sommes bien évidemment prêts à approfondir cette coopération et à l’élargir à d’autres domaines. C’est exactement pour cela que je suis ici aujourd’hui, pour discuter avec nos partenaires marocains et évaluer nos besoins respectifs. Nous mettons beaucoup d’espoir dans le développement de notre partenariat et espérons que les autorités marocaines seront également intéressées et prêtes à aller de l’avant.
Propos recueillis par Mohamed Ali MRABI

 

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