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Les avocats MRE, une force de frappe diplomatique?

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5156 Le 27/11/2017 | Partager
Près de 90 praticiens du droit en conclave à Agadir
Un réseau embryonnaire qui n’a pas encore fait ses preuves
Des barreaux fermés aux binationaux exerçant à l’étranger
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Le barreau d’Agadir a accueilli le week-end dernier le 2e Forum des avocats marocains du monde. Le ministre de la Justice, Mohammed Aujjar, et son collègue chargé des MRE et des Affaires de Migration, Abdelkrim Benatiq, ont pris une photo souvenir avec les robes noires (Ph. FF)

Le 2e Forum des avocats marocains résidant à l’étranger s’est tenu les 24 et 25 novembre à Agadir. L’événement a été organisé par le Ministère chargé des Marocains Résidents à l’Etranger et des Affaires de la migration, en partenariat avec l’Association des barreaux du Maroc. Trois thèmes étaient à l’ordre du jour: L’accompagnement juridique et judiciaire des MRE en situation de vulnérabilité tels que les personnes âgées ou les mineurs non-accompagnés, les mécanismes d’aide juridictionnelle et les défis de la mondialisation pour le métier d’avocat. 

Au total, 84 praticiens exerçant à l’étranger ont répondu présent à l’invitation ministérielle. Ils sont venus de 20 pays répartis majoritairement entre le Maghreb, l’Europe et l’Amérique du Nord. Ces praticiens du droit sont arabophones, francophones, hispanophones, anglophones, germanophones... Des hommes et des femmes «qui maîtrisent le système judiciaire de pays étrangers et les lois qui le régissent», se félicite Abdelkrim Benatiq, ministre chargé des MRE et des Affaires de la Migration.

Le trentenaire Me Youssef Fichtali est spécialiste du droit minier canadien et africain. Son confrère au barreau du Québec et ancien journaliste à L’Economiste, Me Naoufel Belghazi, développe chez Edilex une expertise dans les contrats des marchés publics. Leurs consœurs, Aïda Mezouar et Julia Soroko font plutôt du contentieux commercial…

Les avocats marocains qui exercent à l’Union européenne font pour la plupart du droit de la famille et droit des étrangers. Le jeune Hicham Koulli s’oriente vers une carrière de pénaliste au barreau de Perpignan en France. Sa consœur néerlandaise, Sabah Makhloufi, pratique du droit civil et droit du travail. La moyenne d’âge de ces avocats binationaux est de 30 ans.

«Vous êtes une fierté pour nous», leur déclare le ministre chargé des MRE. Abdelkrim Benatiq considère aussi «les 5 millions de Marocains» recensés par les consulats, et particulièrement  leurs compatriotes avocats, comme ayant «un pouvoir d’influence dans la prise de décision».

L’avocate maroco-américaine, Amal Oummih, reste terre à terre. Inscrite au barreau de New York, cette juriste âgée de 50 ans regrette que «les Marocains n’aient pas des associations ou des ONG aussi influentes que celles des communautés latinos et asiatiques».

Certes, le potentiel et l’ambition sont là, mais il est encore prématuré de considérer les professionnels du droit surtout pleinement inscrits dans une sorte de soft power à la marocaine. Ne serait-ce que parce que le réseau des avocats marocains du monde n’a pas encore une existence légale sous forme d’association. Même s’il est vrai aussi que le réseau s’agrandit: «Par rapport à l’édition de 2016, nous sommes passés du simple au double en termes de participants et de thématiques», témoigne Me Naoufel Belghazi.

Le ministre socialiste (USFP) propose à l'audience «de réfléchir sur un mécanisme pour organiser» le groupement des avocats MRE. Et ceci avant de réunir sous une plateforme similaire les ingénieurs, les pharmaciens, les médecins «pour  prouver au monde que nos enfants ont réussi à percer dans leurs pays d’accueil», déclare Abdelkrim Benatiq.

Les avocats MRE, eux, vont dorénavant «se réunir à Agadir qui est une porte d’entrée au Grand Sud», suggère le ministère de tutelle. L’édition 2018 sera marquée par l’élection préalable d’un bureau de coordination du réseau des avocats des Marocains du monde. Le ministère propose que l’Association des barreaux du Maroc soit associée à ce premier pas. «Nous faisons face à des défis colossaux. La profession doit revoir sa formation et décloisonner les barrières à l’entrée», propose le bâtonnier Abdellatif Ouamou. Sa proposition fait mouche face à un auditoire conquis. D’autant plus qu’un avocat exerçant dans un barreau étranger doit y renoncer pour pouvoir pratiquer sa profession au Maroc.

Sans parler des 15.000 DH à débourser pour pouvoir s’inscrire à l’Ordre des avocats de Casablanca par exemple! L’exigence d’un  ticket d’entrée fait d’ailleurs sursauter les jeunes avocats venus d’Europe et du Canada en particulier. L’une des avocates parisiennes, Fatima Raji, invite l’Association des barreaux du Maroc à lancer des chantiers élémentaires de la communication: «Commencez s’il vous plaît par mettre en ligne l’annuaire des avocats.

Nous avons du mal à entrer en contact avec nos confrères et consœurs du Maroc en cas de besoin». Cet appel renseigne sur le grand gap qui sépare les 15.000 avocats locaux et ceux exerçant à l’étranger. Compte tenu de la pratique du métier qui change avec l’ouverture des frontières et l’installation, depuis des années déjà, de gros cabinets d’avocats américains et européens.

Contrairement aux avocats MRE, la majorité écrasante de la corporation marocaine exècre la concurrence étrangère. Quitte à fermer la porte même aux binationaux. C’est certainement l’un des premiers points à inscrire dans les propositions de réforme de la loi de 2008 régissant le métier d'avocat, actuellement en cours d’élaboration au ministère de la Justice. A moins que l’Association des barreaux du Maroc ne veuille se contenter de déclarations de bienvenue.

 

 

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