Analyse

Bourse: Le plan de reconquête des émetteurs et des particuliers

Par Franck FAGNON | Edition N°:5156 Le 27/11/2017 | Partager
Fiscalité, révision du PEA, mesures sur le flottant, diversification de l'offre...
Le détail du projet de réforme de la place casablancaise
Objectif: 20 IPO et porter la part des transactions des particuliers à 25% d'ici 2020
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Le rebond des actions intervient sur des volumes qui restent relativement faibles. La liquidité du marché est l'un des chantiers phares du projet de réforme de la Bourse. L'idée est de renforcer notamment le poids des particuliers dans les transactions mais aussi d’encourager de nouvelles introductions

Après les mesurettes de 2013, les professionnels de marché attendent toujours des actions de plus grande ampleur pour redonner de l'attractivité à la place casablancaise. La démutualisation du capital de la Bourse était une étape importante. Mais, dix-huit mois après l'installation du Conseil d'administration de la Bourse, rien n'a changé.

La feuille de route est toujours en cours de finalisation. Le projet de réforme transmis au Ministère des Finances met un accent particulier sur l'amélioration de la liquidité. C'est le gros point noir du marché. «Avant de s'intéresser aux conditions d'accueil ou à la fiscalité, les investisseurs regardent d'abord la liquidité du marché. C'est un critère déterminant», relève un responsable Desk actions d'une banque.

Deux pistes principales sont proposées pour corriger la faible liquidité du marché: développer les introductions en Bourse et l'activité des particuliers sur le marché. Rien de bien nouveau sous le soleil. L'aboutissement de ces chantiers permettrait de relever le ratio de liquidité de 6 à 10% à l'horizon 2020 et de prétendre de nouveau à une place dans le MSCI Emerging Market.

Après la vague d'introductions entre 2006 et 2008 (25 au total), la Bourse a depuis du mal à attirer de nouvelles entreprises. Dans le même temps, les sorties sont importantes. Après la disette de 2009, l'on s'achemine de nouveau vers une année blanche en termes d'introduction. Il y a incontestablement un pas culturel à franchir pour les dirigeants des entreprises. Pour autant, il faudra travailler sur l'environnement qui encourage le financement par la Bourse. Le levier fiscal existe mais il n'a pas réussi à créer un mouvement. Entre autres, les conditions d'hébergement à la cote devront être revues pour les PME.

Le ciblage d'émetteurs des secteurs peu ou pas représentés permettrait aussi d'aller chercher des entreprises prêtes à faire le grand saut. A l'horizon 2020, la place de Casablanca espère accueillir au moins 20 nouvelles entreprises pour une levée de fonds de 20 milliards de DH minimum. Ce ne sera pas une tâche facile puisque seulement six entreprises ont franchi le pas depuis 2012. La Bourse compte actuellement 75 sociétés.

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La seule introduction en Bourse en 2016 a été réalisée par Marsa Maroc (sur la photo de gauche à droite Mohamed Abdeljalil, président du directoire de Marsa Maroc, Mohamed Boussaid, ministre des Finances, Aziz Rabbah, ministre de l'Energie et des Mines, ex-détenteur du portefeuille de l'Equipement, Karim Hajji, directeur général de la Bourse). La cuvée 2017 devrait être vierge en la matière après celle de 2009. Le projet de réforme de la Bourse vise une vingtaine d'introductions sur les trois prochaines années (Ph. Jarfi)

Pour atteindre les objectifs, les responsables de la place misent beaucoup sur la pépinière du programme Elite développé en partenariat avec London Stock Exchange Group. Au nombre de 48 actuellement, ces entreprises opèrent dans 16 secteurs et réalisent un chiffre d'affaires de 14 milliards de DH. Parmi ces candidats potentiels, la Bourse espère convaincre une dizaine à s'introduire sur les trois prochaines années.

Le projet de réforme vise également à élargir le flottant grâce à l'instauration pour les nouvelles introductions de quatre seuils minimums de flottant (de 10 à 25% du capital) en fonction de la capitalisation et de la taille de l'opération. La part des titres détenus par le public pourrait aussi servir de critère de compartimentation des actions ou de séjour à la cote.

Ramener les particuliers sur le marché

L'engouement des particuliers autour de l'entrée en Bourse de Marsa Maroc en juillet 2016 et le regain d'activité en fin d'année dernière et sur les premiers mois de 2017 signent le retour de ces investisseurs sur le marché. Mais ce mouvement reste à confirmer. Les opérations des particuliers ne représentent que 6% des transactions sur le marché central.

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Pour la première fois depuis 2006-2007, le Masi va boucler deux années successives dans le vert. L'amélioration des résultats des sociétés cotées et les perspectives favorables ramènent les investisseurs vers les actions cotées. La faiblesse des rendements d'autres actifs, notamment les obligations, favorise aussi ce mouvement

L'objectif est de porter ce pourcentage à 25% dans trois ans, des niveaux observés durant la période faste en Bourse. Les particuliers avaient généré en moyenne annuelle 30% des transactions entre 2006 et 2008. Pour redynamiser les investissements des particuliers en Bourse, la réforme prévoit la diversification de l'offre de produits aux OPCI ou encore aux ETF. Parallèlement, certains dispositifs comme le plan épargne actions (PEA) nécessitent des réaménagements.

Le flop annoncé dès leur mise en place s'est confirmé. En cinq ans, moins de 7 millions de DH y ont été placés. Les propositions d'amélioration du dispositif portent entre autres sur le relèvement du plafond des cotisations de 600.000 DH à 1 million de DH. Il faudra aussi agir sur le levier fiscal pour drainer l'épargne des ménages vers la Bourse. La révision de la taxe sur la plus-value de cession de valeurs mobilières est l'une des pistes avancées.

Aujourd'hui, la structure des investisseurs en Bourse dominée par les institutionnels (85%) est un des facteurs qui pénalisent la liquidité. Les compagnies d'assurances ou encore les Caisses de retraite prennent généralement des positions longues. L'une des explications du poids des institutionnels en Bourse est l'étroitesse du marché financier. Tout en encourageant l'investissement des particuliers, il faudra offrir de nouvelles alternatives aux institutionnels.

Le Masi comme en 2006-2007

Sauf catastrophe, le Masi achèvera une deuxième année consécutive en hausse. Ce n'était plus arrivé depuis 2006-2007. L'indice vedette de la Bourse de Casablanca affiche une performance annuelle de 7,89% au 23 novembre après avoir pris plus de 30% en 2016. L'amélioration des résultats des sociétés cotées et les perspectives favorables ramènent les investisseurs vers les actions cotées. La faiblesse des rendements d'autres actifs, notamment les obligations, favorise aussi ce mouvement. Il reste que l'amélioration des voyants en Bourse n'a pas d'effet probant sur les volumes. Certes les transactions sont un peu plus vigoureuses que les années précédentes, mais elles se limitent à 155 millions de DH en moyenne quotidienne sur le marché central depuis le début de l'année. Et les flux transitent sur une poignée d'actions, en particulier les dix premières capitalisations et quelques autres titres dont la dernière recrue Marsa Maroc.

                                                                   

Des progrès limités dans la communication financière

L'information est le lubrifiant du moteur des marchés. Sur ce volet, l'on attend beaucoup mieux des sociétés cotées mais aussi du gendarme de la Bourse. Le projet de passage à une publication des états de synthèse sur une fréquence trimestrielle est l'un des nombreux projets qui traînent encore dans les placards. Les banques y sont passées depuis le début de l'année et quelques émetteurs dont Maroc Telecom sont coutumiers de la pratique.

L'amélioration de la communication financière des entreprises cotées figure parmi les sujets adressés dans la feuille de route transmis au Ministère des Finances. Au-delà de la fréquence de communication des indicateurs d'activité, il faudra surtout en améliorer la qualité et l'efficacité.

Par ailleurs, seulement 25% des entreprises cotées commentent leurs résultats annuels aux analystes et à la presse et une sur dix les indicateurs semestriels. En matière de communication, l'Autorité des marchés a aussi beaucoup d'efforts à fournir. La rupture attendue n'est pas encore là. Au 23 novembre, elle n'a toujours pas publié son rapport annuel. Surtout, des professionnels regrettent le silence du gendarme de la Bourse sur certains mouvements sur le marché actions.

 

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