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Economie

Gestion urbaine: «On peut très vite redresser la situation»

Par Nadia SALAH | Edition N°:5151 Le 20/11/2017 | Partager
Driss Benhima fait un portrait sévère mais plein d’espoirs
Il propose un redressement rapide en trois thèmes
«Décentralisation ne veut pas dire désordres»
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Driss Benhima: «Non, il ne faut pas désespérer de la gestion urbaine». Le conférencier est entouré de Saad Kettani et de Farida Jirari, respectivement, Président et Directrice générale de l’APD. Ancien ministre, wali, patron d’agence régionale, d’entreprises publique et privée… ses expériences lui donnent une boîte à outils bien remplie (Ph. privée)

Driss Benhima accueille et «comprend toutes les critiques» contre la gestion municipale. Mais l’auteur de l’alternative péremptoire «Barcelone ou Calcutta» veut absolument y ajouter «de la pensée positive»: l’organisation peut rapidement faire sortir la capitale économique des difficultés actuelles, affirme-t-il devant les invités de l’Association pour le Progrès des Dirigeants.

D’ailleurs, il organise lui-même son analyse en «deux fois trois thèmes». Néanmoins, quitte à s’écarter de son chemin, il ne résiste pas à la tentation de raconter des histoires ou de faire de l’humour. Ce qui rend agréable cette question compliquée, sujette à crispations et polémiques.

Le chemin, c’est d’abord les trois grands mouvements: décentralisation, privatisation et démographie. Ils sont de puissants facteurs de perturbations. En principe, la démographie est la plus prévisible des sciences humaines. Globalement, le Maroc ne croît plus beaucoup, mais ses villes, elles, galopent.  Quelque 60.000 personnes, soit l’équivalent d’une petite ville, s’installent chaque année à Casa, «mais il n’y a pas de service qui soit dédié à ce phénomène».

Pour bien exprimer les deux autres thèmes, la décentralisation (démocratisation) et la privatisation, Benhima compare avec les villes tunisiennes (d’avant la révolution, sans doute?). La gestion y est centralisée et étatique, et bien faite. Le Maroc n’est pas du tout sur cette voie: il décentralise, reporte les pouvoirs centraux vers les entités locales et organise autour d’acteurs privés de nombreuses prestations de services publics.  «C’est le prix de la démocratisation» résume-t-il. Impossible donc de revenir en arrière vers une gestion centralisée et autoritaire, fut-elle compétente.

Terrain embrouillé

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Les systèmes de circulation, essentiels pour les villes, ne sont pas «branchés» les uns aux autres. Dans cette scène ordinaire, déjà très difficile, il manque pourtant trois autres types de transports: le train, le tramway et les camions de marchandises. L’institutionnalisation des intervenants urbains n’a pas construit d’Autorité des transports, capable de prévoir et gérer un trafic fluide  (Ph. L’Economiste)

Pour Benhima, il n’y a pas de raison d’opposer les deux concepts. A condition de s’organiser. «C’est ce qui a manqué» au fur et à mesure que la décentralisation s’appliquait.  Donc, selon lui, pas question de baisser les bras, car on peut très vite remonter la pente de la mal-gestion, du gaspillage  et du désordre, avec trois formules. En fait, c’est plus sophistiqué qu’une «formule».  Il faut en effet conceptualiser, puis institutionnaliser et séquencer pour mettre en fonction l’ensemble de l’organisation.

La conceptualisation est facile à comprendre, sauf qu’appliquée à un terrain qui a perdu l’habitude d’écrire ses procédures, elle  promet d’être fastidieuse. Ce terrain ne se contente pas d’être amnésique et aphasique, il est embrouillé par les institutions qui sortent de leur mission pour en remplir d’autres: la nature, c’est connu, a horreur du vide.

«Les textes de la décentralisation, pas assez explicites, n’aident pas» constate Benhima. «Les élus ont de très grands pouvoirs  (…) parfois ces pouvoirs les écrasent». Une fois  qu’on sait  ce qu’on veut dans la gestion locale,  on peut fabriquer les institutions ou entités qui vont réaliser le travail. «Il ne faut pas être dogmatique, en revanche il faut être très net sur ce qu’on attend d’elles».

Reste l’action, ce que Benhima appelle le «séquencement fonctionnel» car «on ne peut pas faire tout d’un coup». Ce qui devrait selon lui, être assez facile. Quoi qu’il en soit, quarante ans après la Charte des Collectivités  locales, il serait temps que la démocratie locale cesse de coûter des points de PIB…

Surtout conservons l’unité de la ville!

Casablanca compte 25 communes. Mais c’est une ville, pas 25 villes juxtaposées. Aujourd’hui, devant les difficultés de gestion, des voix s’élèvent pour renoncer à l’unicité.  Ce que combat l’ancien wali du Grand Casablanca (2001-2003): «Sans l’unité, comment voulez-vous que les élus d’Anfa (quartier très chic et résidentiel) acceptent de financer la trémie de Sidi Maarouf  (un des principaux  accès routiers, entre Casa-ville et l’aéroport?». Les exemples de Driss Benhima ont vite fait d’emporter la conviction. Conviction managériale, technique, financière... mais pas forcément politique, où d’autres intérêts peuvent entrer en compte. Les walis qui lui ont succédé à Casablanca en savent quelque chose, quand pour se plier aux pouvoirs grandissants des élus, ils ont dû gérer l’ingérable, comme des pugilats  en pleine séance du Conseil! Benhima écarte le risque des petits groupes de pression qui voudraient récupérer du pouvoir si la ville est à nouveau divisée. Mais il donne un autre argument en faveur de l’unicité: «Avoir 25 conseils décisionnaires, c’est être sûr que tout se passerait dans l’opacité». Personne ne lui a fait remarquer qu’avec un seul conseil, ce n’est pas très transparent non plus.

 

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