Tribune

Les Gnaoua à l’UNESCO!!

Par Neila TAZI | Edition N°:5146 Le 13/11/2017 | Partager

Vice-présidente de la Chambre des Conseillers pour le compte de la CGEM (Commission de l’enseignement, des affaires culturelles et sociales), Neila Tazi a créé sa première entreprise en 1992, A3 Communication, qui est devenue depuis un groupe avec des activités internationales. Neila est très connue en tant que co-fondatrice du Festival des Gnaoua d’Essaouira avec André Azoulay (3e festival du continent et 6e à l’échelle mondiale).  

Tout est parti d’un post Facebook! Un cri du cœur où j’avais dit ma déception et mon désarroi face à l’indifférence de l’administration de la culture pour défendre le dossier d’inscription de la culture Gnaoua au patrimoine immatériel de l’UNESCO.

Les Gnaoua ne méritent-ils pas que tout le monde se mobilise, ne serait-ce qu’au regard du rayonnement qu’ils apportent à notre pays depuis 20 ans? Au regard du lien social et spirituel qu’ils ont su créer? On s’empresse de glisser le mot «Afrique» pour montrer qu’on s’inscrit dans la vision de Sa Majesté.

Mais a-t-on compris que l’expression la plus évidente de notre ancrage africain est bien cet héritage musical des Gnaoua? 20 ans de festival et tout le chemin parcouru ne suffisent-ils pas pour convaincre de la pertinence de ce travail? Devons-nous encore, en 2017, attendre des interventions au plus haut niveau pour qu’un projet aussi cohérent puisse enfin susciter l’intérêt des responsables directement concernés? Ce cri du cœur a (au moins) fait réagir le ministère de la Culture. Dans un communiqué lapidaire, ne portant ni en-tête ni signature, il affirme «que le dossier a été déposé en mars 2015 auprès de l’UNESCO» et que c’est à l’institution onusienne de statuer.

Cette réponse est révélatrice du drame que vit notre administration et que Sa Majesté a pointé du doigt lors de ses différents discours. Celui de jouer sur les mots et les tournures au lieu de s’attaquer au cœur du problème. Celui de ne pas dire toute la vérité.

Qui décide que l’inscription de la culture gnaouie au titre du patrimoine immatériel de l’UNESCO n’est pas une urgence?

Serions-nous donc coupables d’organiser et de faire durer ce festival, de faire jouer les Gnaoua dans les plus grandes salles du monde à l’instar du Bataclan à Paris, le Lincoln Center à New York ou le Kennedy Center à Washington? Devrait-on attendre la disparition de toute trace de cette culture pour qu’enfin, elle devienne prioritaire aux yeux de nos responsables?

gnoua_festival_046.jpg

Chants, musiques et spectacle. Trop de Mâalems nous ont quittés, emportant une maîtrise, une culture unique, qu’un festival ne suffit pas à protéger. Il faut une inscription urgente auprès de l’UNESCO (Ph. OD)

Lorsque nous avons constitué, pour la première fois, un dossier solide pour l’inscription des Gnaoua au patrimoine de l’UNESCO, notre démarche relevait, déjà à l’époque, d’un sentiment d’urgence. Depuis, de nombreux Mâalems nous ont quittés, emportant avec eux des pans de cette tradition orale.
Une mesure de sauvegarde devient donc nécessaire pour que ce qui a démarré par la volonté de quelques passionnés devienne la responsabilité, et aussi le patrimoine et le succès de tous.

Un communiqué qui ne dit pas tout

Car ce communiqué ne dit pas tout….
Le communiqué du ministère ne dit pas tout. Je tiens à rappeler que ma première correspondance date de 2010 pour rappeler l’urgence de sauvegarder cette tradition orale menacée de disparition. Correspondance que j’ai renouvelée à plusieurs reprises jusqu’en 2017.
En 2013, puis en 2014 nous avons raté le rendez-vous avec l’UNESCO sous prétexte que le ministère n’a pas pu réunir les Gnaoua (sic!)! En 2015, sous la pression des Mâalems, de l’association Yerma Gnaoua et des amoureux de cette culture, le ministère avait pris l’engagement de procéder au dépôt, l’engagement pour lequel nous avons demandé un écrit (qui ne nous est parvenu qu’en juin 2016 après insistance) précisant diplomatiquement que le dossier sera déposé mais qu’il n’est pas prioritaire parce que les Gnaoua ont un festival et que leur culture n’est pas menacée.
En vérité, nous avons découvert que le ministère avait choisi l’esquive en déposant, sans conviction et sans appui, notre demande sur la liste représentative de l’UNESCO et non sur la liste d’urgence. La différence est de taille. Cela veut dire que le traitement de notre requête peut prendre plusieurs années, voire ne jamais aboutir.

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc