Régions

Fès-Investissements: Où sont passés les projets?

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5143 Le 08/11/2017 | Partager
Manque d’attractivité, foncier, enclavement… les maux de la ville
Une participation à la croissance du PIB national de -0,2%
Les opérateurs sollicitent une impulsion royale

La situation économique de la ville de Fès intrigue. A la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM Fès-Taza), l’on étudie les différents scenarii pour sortir la ville de sa léthargie. Les initiatives ne manquent pas et les opérateurs ne veulent pas perdre espoir. Surtout après la tentative de vouloir intéresser les équipementiers automobiles.

Elaborer des propositions solvables

Pour rappel, Fès ambitionnait de devenir la 3e destination des équipementiers automobiles, après Tanger et Kénitra. A telle enseigne qu’une réunion de haut niveau s’était tenue, en décembre 2016, à la wilaya en présence des responsables des conseils élus (Ville et Région), l’union régionale de la CGEM, et l’Association marocaine pour l’Industrie et le Commerce de l’Automobile (Amica).

Présent à cette rencontre, Hakim Abdelmoumen, Président de l’Amica, y avait affirmé «que pour encourager les constructeurs automobiles à s’installer dans la région, il fallait disposer d’une zone industrielle dédiée d’au moins 400 hectares de superficie».

Une doléance que les décideurs de la région avaient promis d’étudier dans les plus brefs délais. Mais, rapidement le projet a capoté, bien avant le séminaire annoncé pour le 27 janvier et jamais tenu. Encore loin, le 1er forum économique de la CCIS organisé en mai dernier en présence de Mohamed Boussaid et Moulay Hafid Elalamy, respectivement les Ministres des Finances et de l’Industrie, et lors duquel ce dernier avait demandé aux opérateurs de la région d’élaborer des propositions solvables, et non des dossiers revendicatifs.

Pour ce qui est de l’automobile, certains disent qu’il fallait solliciter le «parrainage» du Ministère de tutelle avant d’engager les premières démarches. Pour d’autres, l’espoir de développer une ville forte économiquement se dissipe surtout en l’absence de projets et d’appui étatiques. C’est le cas de Mohamed Staouni, Président de la Commission des PME à la CGEM, pour qui «la situation de la ville de Fès est désastreuse».

Opérant dans le domaine de la comptabilité, Staouni évoque un marasme économique sans précédent. Pour lui, «le secteur du textile, à titre d’exemple, est en voie de disparition. Il y a de grandes entreprises qui ont cessé toute activité». C’est notamment le cas des unités historiques Promaille et CIC, appartenant à la famille Belkhayat, étouffées par la concurrence déloyale du secteur informel et les charges salariales.

Evidemment, ces fermetures engendrent des pertes d’emploi et une économie drastiquement en berne. En témoignent les statistiques du HCP publiées en septembre dernier. Celles-ci montrent que la contribution de la région Fès-Meknès à la croissance du PIB national en 2015 était de -0,2%. Encore loin la crise de 2016 et 2017 et les récentes fermetures d’usines.

En février dernier, le Centre régional d’Investissement (CRI) annonçait qu’à peine 3,4% du montant global des investissements projetés en 2016 concernaient le secteur de l’industrie au niveau de la région Fès-Meknès. Certainement, ce n’est pas avec un seuil dérisoire que l’on résorberait les problèmes du chômage, la pauvreté et les autres phénomènes y afférents.

Cette situation continue de «noircir le tableau» et l’image d’une ville déjà meurtrie par les tensions sociales des années 1990, manquant d’attractivité industrielle (foncier industriel, zone franche, avantages fiscaux…), et enclavée (loin des ports).

La ville attend toujours le grand déclic

En tout cas, pour relancer les investissements (industriels et autres), il faut rester optimiste. «La situation de notre ville est connue de tous. Il faut miser sur les potentialités», explique Mohamed Berrada Rkhami, Président de la CGEM Fès-Taza.  Et de reconnaître: «La culture des doléances n’a rien donné. Les opérateurs sont aussi responsables et doivent s’impliquer dans le développement de leur ville».

Une ville qui attend toujours le grand déclic qui la hissera parmi les destinations les plus développées du pays (Marrakech, Tanger, Rabat et Casablanca). Et elle a bien raison d’y aspirer, vu ses importantes potentialités économiques. Pour y arriver, il faut dynamiser et renforcer les PPP,  promouvoir l’attractivité de la région et drainer plus d’investissements, créer des partenariats avec l’université et encourager l’ouverture à l’international… Enfin, une impulsion royale est vivement sollicitée. D’ici là, et de l’avis unanime, le «carnet de santé» de Fès est inquiétant. Il n’épargne personne et aucune structure.

Une signature pour la forme?

En octobre dernier, un protocole d’accord pour la création d’une zone économique à Fès a été signé entre le Centre régional d’Investissement (CRI) Fès-Meknès et l’Association chinoise pour la Coopération industrielle (CAIC). Ce protocole, signé par le directeur du CRI, Rachid Aouine, et le Secrétaire général de la CAIC, Chongsheng Zhao, concerne plusieurs domaines, en l’occurrence l’aviation, l’industrie automobile, l’agriculture, la santé, la culture, les énergies renouvelables, le secteur des Bâtiments et Travaux publics et la formation professionnelle. Bizarrement, la cérémonie de signature s’est déroulée, à la wilaya, en l’absence des médias (seule l’Agence officielle (MAP) y a été conviée). «S’agirait-il d’une signature pour la forme?» s’interrogent certains opérateurs. Ces derniers rappellent à juste titre la signature, en 2011, d’un partenariat entre le gouvernement et CDG Développement pour la création d’une Plateforme industrielle intégrée (P2I) de 400 ha à Ras El Mae, mais jamais réalisée. Il en est de même pour les projets du Décathlon et du restaurant Quick, annoncés en grande pompe par l’actuel maire.

De notre correspondant, Youness SAAD ALAMI

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