Dossier Spécial

Marche Verte: L’incontournable Plan d’autonomie

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5141 Le 03/11/2017 | Partager
La seule offre sur la table des négociations
L’approche espagnole du dossier impactée par le conflit Madrid-Catalogne
L’Algérie sera de plus en plus marginalisée dans le jeu régional
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«En Afrique, le Maroc a choisi une carte économique pour son influence et sa présence. Cette carte est très importante. Car, il s’est avéré que la prise de décision au niveau politique est toujours influencée par les intérêts économiques», indique Tajeddine El Husseini, professeur des relations internationales (Ph. Bziouat)

- L’Economiste: L’Envoyé  spécial vient d’effectuer une tournée dans la région sans que cela ne soit très médiatisé. Pourquoi?
- Tajeddine El Husseini:
C’est une visite protocolaire qui s’inscrit dans le cadre d’un premier contact de l’Envoyé spécial du Secrétaire général. Je considère qu’il s’agit d’un tournant dans le traitement du dossier du Sahara. Un tournant pour la simple raison que SM le Roi a reçu l’Envoyé spécial et c’est une première. Christopher Ross n’a jamais bénéficié de ce traitement. Nous avons de mauvais souvenirs avec les Américains. Cet Envoyé spécial est Allemand, ancien Président de la République et ex-Directeur général du FMI. Le Secrétaire général est Portugais. Il était à la tête de la délégation des Nations Unies pour les réfugiés, où il avait fait preuve de beaucoup de compétences. La coordination entre les deux responsables onusiens peut changer efficacement tous les éléments du dossier. Le Secrétaire général et l’Envoyé spécial sont deux hommes caractérisés par du pragmatisme, un charisme politique et une action dans le cadre de la real politique. C’est à l’avantage du Maroc qui se trouve sur le terrain et qui a beaucoup investi dans le Sahara. La célèbre phrase du Roi est encore dans les mémoires: pour chaque dirham apporté par le Sahara, le Maroc dépense 7 fois cette somme. Ce sont des éléments concrets qui peuvent aider Rabat dans sa position actuelle.

- Quel serait l’impact de l’offre d’autonomie sur les nouveaux responsables de l’ONU?
- Elle est la seule carte sur la table des négociations. Le Conseil de Sécurité a confirmé le principe de négociation pour aboutir à un règlement politique de ce conflit. Mais ce qui se passe dans le monde, en Irak ou en Espagne à propos du référendum, donne le sentiment  que ce mécanisme sera de plus en plus marginalisé dans les relations internationales. D’ailleurs, les Nations Unies n’ont pas besoin d’une autre région de conflits et d’hostilités dans le Maghreb. Je pense que le Projet  d’autonomie aura une meilleure place aussi bien chez le Secrétaire général que l’Envoyé spécial.
- Pensez-vous que la demande d’indépendance de la Catalogne aura un impact sur le traitement du dossier du Sahara par les Espagnols?
- L’impact ne pourra être que positif pour la simple raison que cette fois-ci, nous avons constaté que le reférendum, qui était un moyen d’autodétermination établi par les Nations Unies, conformément à la résolution 54 de 1960, a été dévoyé. L’obtention de l’Indépendance du Maroc a été progressive. Elle a commencé par les deux accords de 1956 avec la France et l’Espagne, suivis par la libération de Tarfaya en 1959, Sidi Ifni en 1969 et le Sahara en 1975. C’est un pays qui est maintenant en train de sauvegarder son intégrité territoriale. D’ailleurs, l’avis consultatif de la Cour internationale de La Haye n’avait pas négligé la souveraineté marocaine sur le territoire puisque des liens d’allégeance entre le Sultan du Maroc et la population du Sahara existaient. Tout le monde a le sentiment aujourd’hui que le référendum, qui a été prévu pour instaurer la stabilité et la paix dans le monde, est devenu un moyen de déstabilisation. Nous l'avons constaté en Irak et en Catalogne aujourd’hui. L’ONU n’aura aucun intérêt à payer encore le prix fort pour déstabiliser cette région.

- Comment le Maroc a changé son approche par rapport au dossier du Sahara, en passant d’une logique défensive à une stratégie offensive?
- Le Maroc a payé cher sa politique de la chaise vide. Si nous nous limitons au cadre de l’Union africaine, le Maroc était en dehors de cette organisation régionale pendant des décennies. Il a payé le prix fort en laissant le terrain libre à l’Algérie qui a déployé tous les moyens pour influencer la prise de décision au sein de l’organisation. Le Conseil de paix au sein de l’Union africaine a commencé à prendre des résolutions contre le Maroc.
L’Algérie se présentait au niveau des Nations Unies comme le représentant de l’intérêt des Sahraouis et des Africains en général. Elle a même désigné l’ex-Président de Madagascar, un ennemi du Maroc, pour devenir représentant de l’Union africaine pour le dossier du Sahara auprès des Nations Unies. Le Maroc a donc décidé de changer complètement son approche pour une stratégie plus offensive et agressive, qui s’est manifestée par le retour glorieux au sein de l’Union africaine. La deuxième étape, la plus importante, consiste à geler le statut de la Rasd au sein de cette organisation. C’est une procédure qui demande du temps et beaucoup d’efforts et de sacrifices. Le Maroc se trouve dans une meilleure position. Il participe aux débats et arrive à changer les méthodes de prise de décision au sein de cette organisation panafricaine. En plus, si le Maroc devient un membre à part entière de la Cedeao, ce qui est en cours, il aura un autre atout en main. La Tunisie et la Mauritanie devront suivre. Tout le monde finira par s’apercevoir que l’Algérie se marginalise complètement du jeu régional. Le Grand Maghreb n’a pas eu lieu et ce pays payera le prix des manipulations et de la politique agressive.

- Le retour du Maroc à l’Union africaine va-t-il influencer les positions des pays de ce continent vis-à-vis de ce dossier?
- Effectivement, le Maroc a choisi une carte économique pour son influence et sa présence dans le continent. Il est le premier investisseur en Afrique de l’Ouest et le 2e en Afrique. Cette carte est très importante. Car, il s’est avéré que la prise de décision au niveau politique est toujours influencée par les intérêts économiques. Le Maroc a joué la carte de «l’Afrique qui doit faire confiance à l’Afrique» et le dialogue Sud-Sud, entre les Africains. Cette politique commence à donner ses fruits.

- Certains pays africains commencent à évoluer en direction du Maroc. Ce n’est pas le cas de l’Afrique du Sud
- J’ai eu des contacts avec leur Ambassadeur au Maroc il y a 5 ou 6 ans, et j’avais la possibilité de rencontrer Mme la Conseillère du Président. Lors de notre discussion, j’ai senti que le Maroc devait jouer la carte de l’établissement de relations progressives.
Il s’agit de commencer par la diplomatie parallèle, les partis politiques, les universitaires, la société civile, les investisseurs, pour nouer des liens avant que les relations officielles ne viennent boucler le processus. Car, l’Afrique du Sud reste l’un des pays les plus forts de ce continent où il a une grande influence.

- Quel serait l’impact de la mise en œuvre de la Régionalisation avancée sur le processus de résolution de cette affaire du Sahara?
- C’est un point de non-retour. La Régionalisation est devenue une réalité. Il reste aux présidents des régions d’utiliser leurs moyens pour réaliser leurs projets. Surtout, la Régionalisation pour le Sahara est le premier pas vers l’application de l’autonomie. Le Maroc a choisi cette voie progressive. Parce que le choc de l’autonomie d’un seul coup risque d’avoir des impacts négatifs. Passer par la Régionalisation est la bonne voie pour aller vers l’autonomie de la région.

Taux de participation élevé au Sahara

«La population sahraouie a déjà usé de ses droits d’auto-détermination. Car, cette auto-détermination et l’autonomie se manifestent par le choix de la population de la politique suivie par l’Etat pour son intégration dans les institutions», indique Tajeddine El Husseini.
 En effet, la population sahraouie participe efficacement dans toutes les échéances, du référendum aux élections communales et régionales, en passant par les législatives. Le taux de participation y est beaucoup plus fort que les villes de l’intérieur du Maroc. Pour le professeur, «tout cela signifie clairement que le peuple sahraoui a choisi d’être sous la souveraineté marocaine pour exercer ses droits». La participation aux scrutins est la meilleure façon de manifester sa volonté politique.

Propos recueillis par Mohamed CHAOUI

 

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