Régions

Meknès s'embrase pour un flirt

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5141 Le 03/11/2017 | Partager
Deux lycéens expulsés pour un baiser
Une affaire qui en dit long sur la radicalisation des esprits
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Les 1.477 élèves (dont 759 filles) du lycée qualifiant Mohammed V  de Wislane ne sont pas près d’oublier l’affaire qui a rendu célèbre leur lycée. Entre indignation et liberté de l’être, les avis divergent. En tout cas, certains y ont trouvé l’occasion pour déserter les classes pendant une journée. Jeudi 2 novembre, les cours avaient repris normalement  (Ph. YSA)

L'affaire du baiser de Meknès déchaîne les passions. Cette histoire qui aurait pu rester au stade d'un simple flirt entre lycéens a pris des proportions démesurées, en raison du zèle du directeur de l'établissement, et surtout d'esprits étriqués.

La sentence, deux poids deux mesures, est tombée comme un couperet sur ces jeunes après un conseil de discipline mené en présence du corps professoral (un prof de chaque matière), du conseiller en orientation, deux élèves «témoins», l’Association des parents d’élèves, ainsi que les deux «accusés» et leurs parents. Et, devinez quoi, c'est la fille totalement «diabolisée» par la direction de l'établissement qui a reçu la plus lourde sentence: le renvoi définitif.

Le directeur du lycée qualifiant Mohammed V à Wislane, El Hassane Borehhou, la décrit comme une fille au «comportement très ouvert». «Je ne l’accuse pas de harcèlement, mais elle venait toujours maquillée avec du rouge à lèvres, et se rapprochait beaucoup plus de ses camarades garçons», déclare-t-il à L’Economiste! Hallucinante «accusation» du responsable d'un établissement scolaire mixte, ou d'un responsable tout court.

Mais le plus ahurissant dans l'histoire, c'est la «peine» infligée au garçon (un adulte de 21 ans), qui s'est juste vu changer d'établissement. Il a été considéré comme un adulte «victime» d’une mineure (16 ans)! En matière de non-sens et d'humiliation, on ne pouvait pas faire mieux dans cette affaire. Les premières victimes sont bien évidemment les lycéens, mais particulièrement la jeune fille, qui se retrouve aujourd'hui livrée à la vindicte populaire.

Un «lynchage médiatique» qui l'a détruite psychologiquement. Un état auquel tente, tant bien que mal, de remédier la Délégation provinciale de l’Education nationale (DPEN) de Meknès, en prenant en «charge un psychologue pour tenter de panser ses souffrances suite à cette affaire qui aurait pu être évitée». Hors d'elle, Soumya Benabbou, la déléguée de la DPEN, vient de rappeler à l’ordre le directeur de l’établissement, refusant catégoriquement la décision précipitée du conseil de discipline.

«La note ministérielle 867/14 relative aux conseils de discipline prévoit des sanctions d’ordre civique comme les travaux de jardinage, mais jamais le renvoi», déclare-t-elle à L’Economiste. «J’ai demandé l’annulation immédiate du renvoi définitif de la jeune lycéenne. Nous étudions également la possibilité de l’inscrire dans un autre lycée», dit-elle, espérant par là réparer une partie des torts causés. Mais rien, désormais, ne sera plus jamais comme avant pour ces deux jeunes élèves.
De notre correspondant,
Youness SAAD ALAMI

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