International

La justice espagnole veut poursuivre les dirigeants catalans

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5138 Le 31/10/2017 | Partager
C’est la 2e étape dans la reprise en main par Madrid de la Catalogne
Mariano Rajoy a convoqué des élections pour le 21 décembre

Le procureur général de l'Etat espagnol a requis, hier lundi, des poursuites contre l'ensemble du gouvernement catalan destitué. C’est la deuxième étape dans la reprise en main par Madrid de la Catalogne, où une déclaration d'indépendance a été votée vendredi dernier. Le procureur Jose Manuel Maza a annoncé le dépôt d'une plainte devant l'Audience nationale, le tribunal chargé des dossiers les plus sensibles, rapporte l’AFP.

Il a estimé que les «les principaux responsables politiques de la Généralité de Catalogne (exécutif), ont entraîné, avec leurs décisions et leurs agissements, une crise institutionnelle qui a débouché sur la déclaration unilatérale d'indépendance du 27 octobre».

A peine quelques heures après la proclamation de l'indépendance au Parlement catalan, le gouvernement espagnol a mis la Catalogne sous tutelle. Et ce, en application de l'article 155 de la Constitution, jusqu'ici jamais utilisé. Le Premier ministre Mariano Rajoy a convoqué des élections pour le 21 décembre dans cette région. Le parti du président séparatiste destitué Carles Puigdemont, le PDeCAT, a assuré via sa porte-parole Marta Pascal qu'il y participerait.

Rajoy a congédié Puigdemont et son équipe et la vice-présidente du gouvernement, Soraya Saenz de Santamaria, a été désignée pour diriger la Catalogne. Celle-ci a pris dès samedi plusieurs décisions, y compris celle de la destitution du chef opérationnel de la police catalane. Il appartient désormais à la juge de garde, Carmen Lamela, de décider si la plainte du procureur général de l'Etat est recevable.

Concrètement, elle pourrait entraîner dans les prochains jours l'inculpation de Carles Puigdemont et de son équipe pour «rébellion», ou «sédition», des charges très graves. La première peut être assortie d'une condamnation à 30 ans de prison maximum, autant que pour un assassinat.

Pendant ce temps à Barcelone, l'exécutif catalan était aux abonnés absents. Selon une source gouvernementale espagnole, Puigdemont se trouverait à Bruxelles. Presque aucun des membres du gouvernement destitué ne s'était d'ailleurs rendu au travail hier à la mi-journée. Pour rappel, la communauté internationale a choisi le camp de Mariano Rajoy. Rabat a également fait savoir qu'elle soutenait l'unité de l'Espagne: «le Maroc comprend la réaction des autorités espagnoles et exprime son entière solidarité avec elles…» (cf. notre édition N°5137 du lundi 30 octobre 2017).

Craintes sur la croissance

Si le gouvernement espagnol maintient sa prévision de croissance pour 2017, à 3,1% du PIB, il a déjà revu à la baisse ses ambitions pour 2018, à 2,3% contre 2,6% espérés auparavant. La Catalogne est, avec Madrid, l'un des principaux moteurs économiques de l'Espagne, fournissant environ 19% du PIB espagnol et accueillant 16% de la population. Forte de puissantes industries exportatrices (agroalimentaire, chimie, automobile), la région est aussi la plus visitée d'Espagne. Le tourisme a déjà pris un coup dur. Dans les deux premières semaines d'octobre, le secteur a vu son chiffre d'affaires chuter de 15% sur un an, et les réservations jusqu'à la fin de l'année sont en baisse de 20%, selon la fédération patronale Exceltur. Autre grand point d'inquiétude: la décision de plus de 1.800 entreprises de transférer leur siège social hors de Catalogne depuis le 1er octobre, dont les banques CaixaBank et Banco Sabadell, le groupe gazier Gas Natural et le groupe autoroutier Abertis.

 

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