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De l’agriculture urbaine dans des bouteilles plastiques

Par Pierre NKA - L'Economie | Edition N°:5136 Le 27/10/2017 | Partager
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La production de légumes s’effectue dans des kits de bouteilles plastiques usées. Sous forme d’échelle, ces bouteilles sont reliées par des cordes et accrochées au mur des habitations (Ph. Le Quotidien de L’Economie)

Portée par l’association Jeunesse et développement durable pour l’Afrique (J2D_Afrique), la promotion d’une agriculture bio en milieu urbain est une réponse à la rareté des terres dans plusieurs villes du pays.

A Yaoundé, la capitale politique du Cameroun, à chacune des averses, des bouteilles plastiques flottent sur les eaux du Mfoundi, la rivière qui serpente cette ville administrative. La situation est telle que, de ville rivière à l’origine, Yaoundé avec ses 3 millions d’habitants s’apparente désormais en saison de pluie à une ville poubelle. Un cliché que l’association J2D_Afrique entend effacer à travers son projet de promotion de l’agriculture urbaine.

Jean-François Kondzou, le coordonnateur national de cette association a choisi de donner une seconde vie aux bouteilles plastiques usées. «Ce que l’homme ordinaire appelle déchet est désormais perçu comme le point de départ d’une nouvelle richesse», lancet- il au cours d’une formation pratique organisée le 8 septembre 2017 au quartier Biyem-Assi dans le septième arrondissement de Yaoundé. Face à la rareté des terres en milieu urbain, l’agriculture urbaine à partir de bouteilles plastiques usées se présente comme une alternative à Yaoundé, une ville sous pression démographique.

«C’est en ville que les jeunes sont à la recherche du travail. Il devient urgent de construire et la pression est telle que le milieu périurbain finit par disparaître», explique Jean-François Kondzou. Et son hypothèse est claire: «lorsqu’on parle d’urbanisation, on parle de maisons. Qui dit maisons, dit béton et qui dit béton substrat nécessaire à cette agriculture urbaine, la terre est achetée dans la périphérie de Yaoundé à raison de 1.000 FCFA, l’équivalent de 1,54 euro pour un sac de 50 kg. Sous forme d’échelle, les bouteilles plastiques sont reliées par des cordes et accrochées au mur des habitations. Quant aux sacs potagers d’environ 50 kg, ils sont déposés dans un coin externe du domicile.

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Ce dernier équipement de culture présente un avantage compétitif. Alors que sur une surface horizontale un plant de grande morelle occupe 1 m², 24 plants peuvent être disposés aux abords d’un sac potager de 80 à 90 cm équivalents à 1 m². Au-delà de ces rendements élevés, c’est davantage vers la lutte contre les changements climatiques que converge la promotion de l’agriculture urbaine au sein des ménages. Il s’agit des derniers utilisateurs des bouteilles sorties des entreprises brassicoles ou provenant des produits importés. Face à l’incapacité de l’Etat du Cameroun à faire respecter l’arrêté conjoint du ministère de l’Environnement et de celui du Commerce de 2012, et entré en vigueur en 2014, interdisant la commercialisation ou l’importation des bouteilles plastiques à faible densité, J2D_Afrique compte sur les ménages pour assainir l’environnement.

«Le développement durable ce n’est pas seulement une affaire de machine et d’équipements. C’est une affaire d’homme», explique Jean-François Kondzou. Dans sa stratégie itinérante de promotion de l’agriculture urbaine dans les orphelinats et plusieurs centres d’accueil de jeunes en souffrance, J2D_Afrique prêche «l’agriculture urbaine pour la satisfaction des besoins physiologiques car, en produisant ses propres légumes dans des bouteilles plastiques usées, les ménages et les jeunes garantissent leur sécurité alimentaire et protègent l’environnement ».

La présence de Serge Bitjah ingénieur agronome parmi les participants à la formation en agriculture urbaine n’est donc pas surprenante. Recruté au projet d’appui à la lutte antifongique dans la filière cacao café du ministère de l’Agriculture, il y voit désormais une possible reconversion. Après avoir été flatté par le côté esthétique de l’agriculture urbaine, et la limitation de l’utilisation des pesticides, Serge Bitjah soutient «qu’il est possible d’envisager une agriculture urbaine relativement extensive pour la commercialisation, tout en assurant la consommation du ménage et sous le regard des enfants, principaux bénéficiaires des techniques de développement durable».

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