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Recyclage des panneaux solaires: Une opportunité économique sous-estimée?

Par Sparknews | Edition N°:5136 Le 27/10/2017 | Partager
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Au début des années 2000, le photovoltaïque n’était qu’une petite curiosité que l’Allemagne, les Pays-Bas, le Japon et les Etats-Unis commençaient à expérimenter. Au cours des dix dernières années, le marché a explosé et devrait continuer à se déployer, estime Gaëtan Masson, directeur de l’Institut Becquerel (Ph. G.M.)

Gaëtan Masson est directeur de l’Institut Becquerel, un centre de recherche et une société de consultants spécialisés dans le développement du photovoltaïque. Il travaille également pour le programme Photovoltaic Power Systems de l’Agence internationale de l’énergie (IEA - PVPS). Dans cette interview, il explique comment la filière du photovoltaïque s’inscrit dans une logique d’économie résolument circulaire grâce à la volonté des producteurs et à une régulation favorable.

- Quelle est la quantité de panneaux solaires installés aujourd’hui dans le monde et quelles sont les projections pour les années à venir?
- Gaëtan Masson:
Le marché du photovoltaïque a explosé au cours des dix dernières années. Il a été multiplié par un facteur cent et devrait continuer à se déployer. Au début des années 2000, le photovoltaïque n’était qu’une petite curiosité que l’Allemagne, les Pays-Bas, le Japon et les Etats-Unis commençaient à expérimenter. C’est aujourd’hui l’énergie qui se développe le plus en Europe après l’éolien. En 2016, on comptait 76 GW de panneaux photovoltaïques installés dans le monde, et on vise près de 400 GW d’ici fin 2017. Comme la durée de vie des panneaux est de 20 à 25 ans, nous commencerons d’ici 10 ans à voir arriver sur le marché des déchets les premiers panneaux installés à partir de 2005. Que faire de ces panneaux à la fin de leur durée de vie? C’est une question qui préoccupe peu les autres producteurs d’électricité, nucléaire en tête, mais c’est une véritable volonté de la part de l’industrie photovoltaïque. Depuis plus de dix ans, nous préparons le décommissionnement et le recyclage des installations photovoltaïques pour ne pas répéter les erreurs commises par le passé et être, comme on le dit dans la filière, doublement vert: au niveau de la production et de celui de la gestion en fin de vie, afin de ne pas laisser aux générations futures des centaines de milliers de tonnes de panneaux solaires non réutilisables et non recyclables.

- Ces déchets sont-ils toxiques?
- 90% de la production ne pose pas de problèmes majeurs en termes de toxicité car la technologie majoritaire au niveau du photovoltaïque est le silicium cristallin. Un panneau classique est donc composé de verre, d’aluminium, de silicium, de cuivre et de plastique. Pour les 10% restants, la moitié de la production est faite à partir des composants plus toxiques, comme le tellurure de cadmium, pour lesquels une ligne de recyclage spécifique sera nécessaire, mais celle-ci a déjà été prévue par les fabricants.

- Quelles solutions émergent en amont et en aval du cycle de vie?
- Au niveau européen, l’Union européenne a défini des règles extrêmement strictes en termes de gestion des déchets électroniques, y compris pour les panneaux photovoltaïques, avec des obligations de reprise en fin de vie, et de recyclage. L’association PV Cycle a notamment préparé un système de recyclage prêt à accueillir les futurs panneaux en fin de vie. Les volumes sont encore trop faibles pour que l’industrie du recyclage prenne réellement son envol, mais tout est prévu. Le recyclage est un enjeu extrêmement important car il permet également de récupérer les matières premières existantes. Prenez l’exemple de la technologie dite de couche mince CIGS: elle utilise du cuivre, de l’indium, du gallium et du sélénium. L’indium est une matière extrêmement rare utilisée dans les écrans plats et dans certaines technologies de panneaux solaires. Il sera crucial de pouvoir recycler les vieux panneaux le plus rapidement possible pour récupérer cette ressource qui permettra de continuer à en produire. Le recyclage a donc un but économique mais également un objectif industriel pour limiter l’utilisation des ressources primaires.
 

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Le photovoltaïque est l’énergie qui se développe le plus en Europe après l’éolien. En 2016, on comptait 76 GW de panneaux installés dans le monde, et il en est prévu près de 400 GW d’ici fin 2017 (Ph. Andreas Gucklhom)

- Dans le rapport Irena-IEA PVPS(1), vous estimez que la valorisation des panneaux solaires en fin de vie représentera 450 millions de dollars d’ici à 2030 et 15 milliards de dollars d’ici à 2050. Comment avez-vous obtenu ces chiffres?
- Ces chiffres dépendent du développement du marché en 2030 et en 2050, mais les scénarios utilisés sont relativement conservateurs, j’aurais tendance à considérer que les 15 milliards sont plutôt dans la fourchette basse.

- Quelles recommandations auriez-vous pour les entreprises et les décideurs politiques?
- Premièrement, la réglementation actuelle de l’Union européenne me semble quasiment parfaite, ne la rendons pas plus compliquée. Il faudra certes faire extrêmement attention à ce que les législations nationales assurent que les montants thésaurisés pendant la durée de vie de panneaux soient bien mobilisés pour le décommissionnement et le recyclage, mais il ne faut pas tuer le développement du marché aujourd’hui avec un excès de prudence qui pourrait avoir un impact négatif sur le coût des panneaux photovoltaïques. Deuxièmement, préparons des plans stratégiques qui prennent en considération le fait que le véritable développement des panneaux photovoltaïques devrait avoir lieu au début des années 2020.

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(1) End-of-Life Management Solar Photovoltaic Panels, Irena & IEA PVPS, Juin 2016

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