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Agriculture: Pourquoi les modes de production doivent être revus

Par Amine SAHRANE | Edition N°:5134 Le 25/10/2017 | Partager
La tarification de l’eau ne reflète pas sa valeur économique
Les pays avec le plus de stress hydrique sont ceux qui gaspillent le plus d’eau
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Les ressources hydriques subissent les pressions de deux forces majeures au 21e siècle: la croissance démographique et le changement climatique. La Banque mondiale prévoit dans son rapport «Uncharted Waters», publié hier, la manifestation de pénuries d’eau dans de nouvelles régions, du fait de la forte hausse de leurs populations.

«La demande globale pour l’eau pourrait augmenter de 30 à 50% d’ici 2050», indique le rapport. Une hausse qui sera causée par la croissance démographique, de plus en plus de consommation, d’urbanisation et de besoins énergétiques. Plusieurs des régions pour lesquelles d’importantes croissances démographiques sont prévues sont également celles qui souffrent le plus du stress hydrique et de la pauvreté.

Ce sont aussi ces régions qui pourraient enregistrer le plus de déficits en eau. Les ressources hydriques sont limitées et subissent une pollution de plus en plus importante, une gestion irresponsable et le changement climatique. L’impact du secteur agricole aussi ne doit pas être négligé.

«L’expansion de la production agricole globale est l’une des plus grandes success-stories de notre temps», se félicite la Banque mondiale. Cette drastique hausse de la production a cependant été alimentée par une irrigation plus importante et une destruction des habitats naturels.

Adopter une agriculture durable

La mauvaise gestion de l’eau peut accentuer sa rareté, et même épuiser cette ressource qui constitue le fondement même sur lequel se base le secteur. L’augmentation de l’utilisation des fertiliseurs est également constatée. «50% des gains de productivité enregistrés lors du  siècle précédent sont dus à une plus grande utilisation des fertiliseurs».

La pollution des eaux est une conséquence inattendue. Les nutriments en provenance des terres fertilisées libèrent de grandes quantités d’azote et de phosphore dans l’environnement. Bien que ces éléments soient essentiels pour l’entretien des plantes, des concentrations excessives dans l’eau entraînent une eutrophisation.

Il s’agit d’un phénomène qui conduit à un fleurissement en masse de certaines algues et plantes. Ces dernières supplantent d’autres espèces et réduisent l’oxygène dans le milieu aquatique. L’eutrophisation a également des implications économiques et sociales, en plus de dévaster les écosystèmes locaux. 

Afin de rendre l’agriculture plus durable, la Banque mondiale propose quelques solutions. La première est l’adoption d’une tarification proche de la véritable valeur économique de l’eau.  Une telle évaluation peut avoir un impact significatif sur la normalisation des pratiques durables en matière d’eau dans l’agriculture, indique l’institution. Les Etats peuvent également imposer des droits et des permis d’eau. Cela aura pour effet la limitation des quantités d’eaux que l’agriculteur peut utiliser, l’incitant à rationaliser son utilisation.

Le rapport attire également l’attention sur la non durabilité de la solution de l’irrigation. Cette dernière peut être considérée comme un bon remède contre la variabilité des pluies et le renforcement des rendements des cultures (Plan Maroc Vert). Elle n’est cependant pas la réponse la plus prudente pour toutes les régions, pour ce qui est de la pénurie d’eau. Les meilleurs sites pour la construction des infrastructures ont été épuisés dans de nombreuses parties du monde, et la plupart des bassins fluviaux du monde sont déjà très stressés, prévient la Banque mondiale.

«Ces bassins (zones rouges sur la carte, dont le Maroc fait partie) peuvent être considérés comme effectivement «fermés». L’addition de nouvelles structures d’irrigation devient un jeu à somme nulle, où les nouveaux utilisateurs reçoivent de l’eau aux dépens des utilisateurs actuels». Le Royaume doit donc chercher une nouvelle manière de stimuler l’agriculture. L’agriculture intelligente face au climat (CSA) constitue une alternative plus durable.

La «climate smarte agriculture» associe les politiques intelligentes, le financement et les technologies pour parvenir à une «triple victoire»: l’augmentation de la productivité agricole, le renforcement de la résilience des cultures et la réduction de la pollution.

 

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