Tribune

La Chine, star montante de l’innovation mondiale

Par Ahmed KHAOUJA | Edition N°:5130 Le 19/10/2017 | Partager

Ahmed Khaouja est expert de l’Union internationale des télécoms et directeur de la société PTT (Promotion des télécoms et des TICS) Maroc (Ph. A. K.)  

J’ai eu l’occasion et le plaisir de  participer en Chine à un Forum sur l’innovation et le transfert technologique Chine-Monde arabe du 4 au 20 septembre 2017 avec une dizaine de mes collègues marocains. Ce forum, organisé par  les autorités chinoises et sponsorisé par certains pays arabes, a eu lieu dans les villes de Yinchuan et de Pékin.

Durant notre séjour en Chine, les organisateurs ont permis aux participants l’accès aux grands centres de recherches et d’innovation, y compris au grand centre «Yinchuan city management command center». Centre qui gère l’intelligence de la ville d’Yinchuan en temps réel. En peu de temps, la Chine n’a pas seulement rattrapé son retard en innovation, mais ambitionne de devenir un pionnier en la matière.

Dans ce processus, tout le monde est impliqué

Aujourd'hui, la recherche et l’innovation sont devenues des priorités nationales au service du développement. Le pays détient déjà des records mondiaux. A titre d’illustration, en 2017, la société des télécoms chinoise ZTE Corporation occupe la première place à l’Organisation mondiale de propriété intellectuelle (OMPI) pour les demandes de brevet. Ainsi, ZTE a déposé 4.123 demandes de brevets en 2016, plus que toute autre société, selon les données publiées par l'OMPI. L’entreprise ZTE, qui consacre plus de 10% de son chiffre d’affaires à la recherche, opère sur les technologies télécoms de la prochaine génération dont la 5G, le cloud et l’Internet des objets.

Autre clé du succès du processus d'innovation, la qualité de l’enseignement. Le pays possède depuis fort longtemps un système universitaire en pleine expansion et au cœur de nombreuses réformes. L’Etat souhaite actuellement en faire l’un des meilleurs systèmes mondiaux et s’en donne les moyens.

Dans ce processus, tout le monde est impliqué, les universités, les entreprises et l’Etat. La synergie fonctionne parfaitement entre ces trois entités et ce dans le cadre de contrats juridiques bien ficelés et des business modèles  bien préparés.  Nous avons remarqué aussi que le niveau des salaires ne constitue pas un facteur contribuant au succès de l’innovation et de la recherche en Chine contrairement à ce que nous pouvons penser!  Des  feuilles de route périodiques visent à définir des politiques incitatives pour promouvoir l’innovation à l’université, dans les centres d’incubation et au sein des entreprises. Celui en vigueur s’achève en 2020. Différents ministères interviennent directement par le biais de financements, en soutien à la recherche et au développement et qui sont le plus souvent axés sur la recherche appliquée.

Aller chercher toutes les compétences

L’attraction des compétences chinoises de l’extérieur est également un axe utilisé pour le développement de l’innovation et dont les autorités notent aujourd’hui positivement l’efficacité de la démarche. Un système de motivation pour attirer les chercheurs installés à l’étranger a été mis en place, offrant aux Chinois travaillant dans des laboratoires étrangers des conditions d’installation dans le pays très avantageuses. Nous avons constaté la présence de certains de ces chercheurs chinois venant d’Allemagne dans les laboratoires d’IBI (International incubation and innovation de Pékin), qui travaillaient sur la robotique et que nous avons visité le 12 septembre 2017.

De telles conditions sont aussi parfois proposées à des chercheurs non chinois qui se voient offrir la possibilité d’effectuer leurs recherches dans des conditions aussi idoines. A cet effet, nous avons pu croiser des Allemands qui travaillaient sur des équipements d’avenir destinés à la médecine dans les laboratoires de  la société TE-PEMIC à Pékin. L’un d’eux nous a exposé un appareil d’avenir qui permet dans le cadre de la médecine préventive de nettoyer le sang du corps humain des différentes «anomalies».

La méthode «TRIZ»

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Le soutien à l’innovation, en Chine, passe aussi par de nombreuses autres initiatives. Il en est ainsi de la vulgarisation des métiers scientifiques auprès de la population.  Ou encore la mise en place des plateformes d’innovation réunissant les acteurs publics et privés autour de projets de recherche communs. Ainsi, la technologie et les sciences appliquées sont enseignées aux futurs juristes et avocats afin qu’ils soient capables de suivre le processus d’innovation du pays.

Selon un professeur de l’université de Yinchuan, l’avancée de la Chine en matière d’innovation est également due à la méthode «TRIZ», conçue par le Russe Genrich Altshuller (1926-1998), utilisée aussi par les grandes compagnies sud-coréennes, comme Samsung. La méthode «TRIZ», Théorie de résolution de problèmes inventifs, permet de résoudre de manière efficace des problèmes techniques particulièrement complexes. D'ailleurs, l’Institut national des sciences appliquées (INSA) de Strasbourg propose récemment un Master spécialisé en conception innovante autour de l’enseignement de la méthode TRIZ. En 2020, il est prévu que le montant des crédits alloués à la recherche passe à au moins 2,5% du PIB.

C’est essentiellement le secteur des entreprises publiques qui  contribue à cette augmentation. Au sein du  gouvernement chinois, le ministère de la Science et de la Technologie définit des plans sur quinze ans pour fixer des objectifs dans ce domaine. La nouvelle volonté chinoise de développer les capacités d’innovation technologique du pays remonte en fait au début des années 90.

Il y a lieu de noter que le programme de recherche chinois s’oriente plus pour le développement expérimental au détriment de la recherche fondamentale. Bien entendu, d’autres facteurs contribuent aussi au succès de l’innovation dans ce pays dont notamment la discipline, le sport et le réveil très matinal des Chinois!

Napoléon Bonaparte avait vu juste en 1816: «Lorsque la Chine s’éveillera, le monde tremblera». Et ce, bien avant que cette citation ne soit le titre du livre de Alain Peyrefitte en 1973!

7.500 incubateurs, 223.000 entreprises créées

En dehors du financement direct, des politiques de stimulation de l’innovation ont été mises en œuvre dans différents domaines, tels que le développement de centres d’innovation et d’incubation.
Nous avons visité, le 14 septembre 2017, le centre d’incubation de Haidian de Pékin, qui a été le premier centre à être «labélisé» en Chine en 1988.
Depuis la création du premier incubateur de Wuhan Donghuen en 1987, la Chine en compte actuellement plus de 7.500 qui ont permis la création de 223.000 entreprises, selon un bilan établi en 2016 par le ministère des Sciences et Technologies en Chine.

 

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