Economie

Développement durable: Après la COP22, de gros chantiers encore

Par Nadia DREF | Edition N°:5128 Le 17/10/2017 | Partager
nezha-el-ouafi-028.gif

Nezha El Ouafi, Secrétaire d’Etat chargée du développement durable mise sur la mise en place de centres de tri pour une meilleure valorisation des déchets (Ph. Bziouat)

Valorisation des déchets, intégration du monde rural au Plan national d’assainissement, amélioration de la qualité de l’air, plan d’action après la COP22... Nezha El Ouafi décline sa stratégie. Certaines mesures doivent entrer en vigueur dès le prochain budget.

- L’Economiste: Vous êtes à la tête de ce département depuis près de six mois. Quels sont les chantiers prioritaires à concrétiser durant votre mandat?
- Nezha El Ouafi:
Depuis mon arrivée, nous avons identifié des priorités en matière de développement durable tout en capitalisant sur l’existant. Les chantiers prévus doivent être à la hauteur des engagements nationaux et internationaux du Royaume. Pour cela, nous avons mené des études internes sur les dossiers phares et structurants. Nous avons identifié trois axes prioritaires, mise en place d’un plan quinquennal 2017-2021 portant sur la relance du Programme national de valorisation des déchets ménagers, l’intégration dans le Programme national d’assainissement d’une partie du monde rural et enfin l’adoption du plan national de l’amélioration de la qualité de l’air. Pour ces trois chantiers, nous tablons sur la mutualisation des coûts et des efforts des différents intervenants publics et privés.

- Justement, comment booster le processus de valorisation des déchets où l’informel sévit énormément?
- Dans le cadre de la régionalisation, nous avons fixé de nouveaux critères d’éligibilité pour les collectivités locales pour bénéficier de l’appui de l’Etat lors de la mise en place de nouveaux centres d’enfouissement et de valorisation (CEV) des déchets ménagers et assimilés, dans le cadre de la mise en œuvre du Programme national de gestion des déchets ménagers (PNDM). L’étude d’évaluation nous a permis de mieux nous outiller pour honorer nos engagements à l’horizon 2021, mais aussi d’examiner et de corriger les problématiques liées à l’exécution du PNDM, notamment le foncier, les points noirs, les décharges sauvages, etc. Le plan quinquennal 2017-2021 du PNDM, bénéficiant de l’appui du ministère de l’Intérieur, prévoit la création de 24 CEV à l’horizon 2021. Actuellement 17 centres ont été identifiés dont 12 ont fait l’objet de signature de conventions. Autre nouveauté de ce plan quinquennal, l’obligation de créer à l’intérieur des nouveaux CEV des centres de tri pour la valorisation des déchets ménagers. Pour encourager cette initiative, nous accordons 70% pour le financement de l’installation et de l’équipement desdits centres. Nous tablons sur l’adoption de ce dispositif dans la loi de Finances 2018.
Nous donnons également la priorité aux collectivités ou provinces qui ont déjà achevé leurs plans directeurs de gestion des déchets ménagers et qui disposent d’un titre foncier du terrain dont la situation doit respecter les normes en matière de préservation de l’environnement. Ce plan peut être intercommunal, provincial ou interprovincial. Les bénéficiaires profiteront également de l’expertise d’un outil national d’accompagnement et d’assistance technique dans la mise en œuvre de leurs CEV. Dans ce cadre, cinq bureaux d’études ont été retenus suite à un appel d’offres.
Dans la foulée, nous avons travaillé, dans le cadre d’une commission nationale d’orientation stratégique, sur l’identification de 10 filières de valorisation des déchets ménagers et industriels à structurer. L’organisation de ces filières permettra l’accompagnement de certaines entreprises à migrer vers le formel. Actuellement, 7 filières ont fait l’objet de conventions. Les décrets et les arrêtés ayant trait à l’organisation de certaines filières ont été publiés, d’autres sont déposés au Secrétariat général du gouvernement ou en cours de finalisation.
- L’assainissement dans le monde rural est le parent pauvre de la politique de l’Etat. Comment se déclinera le nouveau plan?
- A ce jour, il n’y a aucun plan d’assainissement dédié au milieu rural. Nécessitant une enveloppe prévisionnelle de 43 milliards de DH, ce dispositif ne pouvait être financé par l’Etat. Pour contourner ce problème et pour faire face à une urbanisation grandissante, nous avons décidé d’intégrer une partie du rural dans le Programme national de l’assainissement (PNA). La priorité sera donnée à près de 300 centres ruraux émergents et de grande taille. Cette action a été menée dans le cadre d’une commission nationale de PNA. Grâce à une logique de mutualisation des coûts et une meilleure synergie, le coût additionnel, pour ce rajout, ne sera que de 300 millions de DH par an. Nous avons également décidé de prolonger le PNA qui s’achève en 2030 jusqu’en 2040 afin de pouvoir connecter à terme l’ensemble des 1.200 centres ruraux. Et ce, dans le but de permettre le développement de centres émergents, une meilleure gestion de la rareté de l’eau et de la réutilisation des eaux usées. C’est d’ailleurs, une de nos priorités pour la loi de Finances 2018.

- Quelles sont les nouveautés prévues pour l’amélioration de la qualité catastrophique de l’air?
La Banque mondiale a relevé des données très inquiétantes sur la dégradation de l’environnement et sur le coût qui s’élève à 3,52% du PIB, soit 33 milliards de DH dont 1,62 résultant de la dégradation de l’air.  Nous avons mené une étude interne pour recenser les actions menées au niveau national se rapportant à l’amélioration de la qualité de l’air. Nous avons tenu le 21 juillet dernier une réunion avec tous les intervenants, ministères de l’Energie, de l’Intérieur, de l’Equipement, du Transport, des Finances, de l’Eau, de l’Industrie et la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement. L’objectif est de mettre en place un plan d’amélioration de la qualité de l’air. Nous sommes dans la phase pré-finale dans l’adoption de ce plan favorisé par l’implication de tous les intervenants. Cette stratégie prévue sur la période 2017-2021 porte sur la surveillance de la qualité de l’air, la réduction des rejets atmosphériques, le renforcement du cadre juridique, ainsi que sur la communication et la sensibilisation. Ce nouveau plan permettra également d’accentuer les efforts menés et de renforcer l’implication des acteurs concernés afin de réduire le degré de la pollution de l’air. Nous travaillons sur des schémas régionaux environnementaux. Aussi, chaque ville aura un certain nombre de points de surveillance de la qualité de l’air. L’objectif est d’arriver à un réseau de surveillance de la qualité de l’air constitué de 81 stations à l’horizon 2021. Nous sommes déterminés à intégrer la programmation budgétaire de ce plan dans la loi de Finances 2018.

- Qu’en est-il de la mise en œuvre de la Stratégie nationale de développement durable?
-Une Stratégie nationale de développement durable (SNDD) a été élaborée, à travers une large concertation avec l’ensemble des parties prenantes de la société. Elle a été adoptée par le Conseil des ministres en juin dernier. Dans le cadre du processus de mise en œuvre de la SNDD, un système de gouvernance est en cours de mise en place. Il y aura la création d’un Comité stratégique, sous l’égide de monsieur le chef de gouvernement et un comité de pilotage animé par le Secrétariat d’Etat chargé du développement durable.

- Quel est le plan d’action de votre département après la COP22?
Après le succès qu’a connu l’organisation de la COP22 et durant la présidence par notre pays de cette COP, nous avons pu garder le rayonnement du Maroc sur la scène internationale et la mobilisation de tous les acteurs nationaux concernés par la préservation de l’environnement, le développement durable et la lutte contre le changement climatique. Le Royaume a pu en tirer bénéfice et nous avons organisé trois initiatives onusiennes en relation avec la lutte contre le changement climatique. Le retour est toujours positif. Nous veillons aussi à maintenir la coopération avec les grandes institutions onusiennes comme l’ONU, le PNUE et le PNUD. En Afrique, l’expertise technique du Maroc est fortement sollicitée.

Valorisation des déchets: 90 millions de DH pour Casablanca

Le Fonds national de l’environnement est doté d’1 milliard de DH résultant de la collecte de l’éco-taxe. Les 24 centres d’enfouissement et de valorisation seront financés via ce fonds. Casablanca qui représente le 1/3 des déchets bénéficiera de 90 millions de DH du FNE pour financer le futur CEV. Initialement prévu sur 80 ha, pour répondre aux besoins énormes de la ville, le site retenu près de Mediouna s’étale uniquement sur 35 ha, faute de foncier. Actuellement, une deuxième étude est en cours sur la base de ce changement. Le secrétariat d’Etat, le Ministère de l’Intérieur ainsi que la commune suivent de plus près ce dossier sachant que cette plateforme ne résoudra qu’une partie du problème.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc