Culture

La révolution culturelle à travers la renaissance des musées

Par Aïda BOUAZZA | Edition N°:5126 Le 13/10/2017 | Partager
Inauguration très prochaine du musée national de la céramique de Safi
Ré-ouverture en décembre de Dar El Bacha et Dar si Saïd à Marrakech
Une exposition-hommage à Cherkaoui prévue début 2018 au MM6
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Parmi les rénovations à venir de la Fondation nationale des musées figurent notamment le musée des Oudayas mais aussi celui de Tétouan et Laâyoune (Ph. FNM)

Suite au succès retentissant de «Face à Picasso» au Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain (MM6),  une nouvelle exposition d’envergure s’apprête à s’y inviter. «De Goya à nos jours : Regards sur la collection Banco de España» qui ouvrira ses portes à partir du 31 octobre, présente la collection de la Banque centrale d’Espagne.

A travers cette exposition, le public marocain aura l’occasion de découvrir près de 80 œuvres d’artistes majeurs notamment Goya, Sorolla, Zuloaga, Saura, Tàpies, Chillida ou encore Barceló. Depuis son ouverture en 2014, le MM6 a accueilli des expos-évènements de grands maîtres de l’art à l’instar de César ou encore Giacometti mais a aussi fait la part belle à la création contemporaine marocaine. En effet, une carte blanche a été donnée à Faouzi Laatiris quand la création féminine a été mise en lumière avec l’exposition «Femmes, artistes marocaines de la modernité».

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Depuis son ouverture, le Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain (MM6) a abrité plusieurs expositions d’art contemporain marocain, africain et international notamment celles de César, Giacometti ou encore Picasso (Ph. FNM)

La prochaine exposition qui s’intéressera à l’art marocain sera un hommage à Cherkaoui, un des précurseurs de la peinture moderne marocaine, marquant ainsi sa première exposition individuelle au sein du pays. Autre évènement qui a déplacé les foules, «L’Afrique en capitale», une manifestation qui s’est intéressée à la richesse et à la diversité de la création contemporaine du continent. L’évènement a connu un tel succès que l’exposition a été prolongée.

La Fondation nationale des musées a réalisé un travail colossal au niveau du MM6 qui a incontestablement marqué l’histoire culturelle du Maroc et contribué à changer sa dynamique. Cette vision est également appliquée aux autres musées. «Cette politique se veut conforme à la volonté royale de faire profiter toutes les villes et régions du Maroc de la valorisation de notre patrimoine. Ces actions ciblées visent à rendre les musées du Royaume plus accueillants, plus attractifs et respectant les normes de conservation et de préservation du patrimoine», déclare Mehdi Qotbi, président de la FNM.

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Du côté de la ville du Détroit, le musée La Kasbah des cultures méditerranéennes invite à découvrir une collection retraçant l’histoire de la ville de Tanger. Ici des objets datant de la période de l’occupation portugaise (Ph. FNM)

En effet, après avoir établi un diagnostic afin de connaître l’état des musées et des collections, la Fondation a proposé un plan d’action sur la totalité des musées. Ainsi, une nouvelle stratégie a été mise en place au niveau national incluant notamment une offre muséale qui s’appuie sur des thématiques diverses, la restauration des bâtiments et monuments historiques, la réorganisation, l’inventaire et la numérisation des collections…

La FNM, qui a fait de la rénovation une de ses priorités, a achevé et entamé de grands chantiers depuis 2014. En 2016, le musée La Kasbah des cultures méditerranéennes de Tanger ouvrait ses portes. «Cet espace muséal, ancien palais du 17e siècle réhabilité et restauré, abrite une exposition retraçant l’histoire de la ville de Tanger tout en insistant sur le rôle qu’avait joué la péninsule tingitane  en matière de communication», explique Abdelaziz El Idrissi, directeur du MM6.

En avril 2017, le musée de l’histoire et des civilisations de Rabat, anciennement appelé musée de l’archéologie, accueillait à nouveau le public. Niché dans un bâtiment Art déco, ce lieu d’exposition présente  non seulement des objets qui  proviennent de fouilles archéologiques mais aussi des objets provenant de monuments historiques et  de collectes d’intérêt international.

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Après avoir été présentée au Mucem de Marseille, «Lieux saints partagés» ouvrira le bal des expositions du Musée des confluences Dar El Bacha en décembre (Ph. FNM)

L’Histoire du Maroc y est racontée chronologiquement, de la Préhistoire jusqu’à l’époque islamique témoignant des diverses civilisations qui ont traversé le Royaume. Et ce, à travers une importante collection de bronzes antiques dont les plus célèbres sont celles de Caton et celle de Juba II. Le célèbre buste à l’effigie du roi berbère a traversé l’Atlantique pour être exposé notamment au Metropolitan Museum à New York ou encore au Musée Pouchkine à Moscou sans oublier le Musée des civilisations d’Europe et de Méditerranée (Mucem) à Marseille.

Des chefs d’œuvres tels que la statue de l’Ephèbe couronné, le vieux pêcheur, ou encore le chien de Volubilis font également partie de l’exposition. Ces pièces majeures ont été exposées pour la première fois en dehors du Maroc au Mucem en 2014. Le Maroc multimillénaire s’expose aussi à la salle des marbres abritant d’autres trésors dont une collection époustouflante de divinités romaines, sans oublier les artéfacts de site comme Lixus, Volubilis, Tamuda, Banasa…

Du côté de Safi, se trouve le musée dédié à la céramique dont la rénovation est achevée.  «Nous y proposons une exposition chronologique retraçant la présence de la céramique au Maroc avec des éléments provenant de différentes régions… remontant jusqu’à 6000 ans avant Jésus-Christ», précise Abdelaziz Drissi. Une carte de répartition des céramiques très étoffée accompagne l’exposition. Les techniques de productions, la maîtrise de la cuisson, l’engobage, les motifs, les formes sont divers aspects qui sont abordés. L’ouverture du musée est prévue très prochainement.

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Le musée national du tissage et du tapis Dar si Said de Marrakech racontera l’histoire de ce savoir-faire en sillonnant les différentes régions du Royaume (Ph. FNM)

Cap ensuite vers Marrakech où les visiteurs et férus d’histoire découvriront en décembre le musée du tissage et du tapis Dar si Said et le musée des confluences Dar El Bacha. Le bâtiment historique de Dar si Said datant du 19e siècle dont la rénovation est terminée, abritera une exposition qui braque cette fois-ci les projecteurs sur le tissage et le tapis. Le Maroc étant une grande nation de production dans ce domaine. L’histoire du Royaume  y sera donc racontée à travers ce savoir-faire en sillonnant  les différentes régions et traversant les siècles en remontant  jusqu’à la fin du 18e siècle. Seront exposés des tapis citadins, ruraux, d’intérieurs, muraux, de prières…

La symbolique des motifs, les pièces liées aux cérémonies et porteuses de messages  seront également des thèmes évoqués au sein de cette exposition d’une grande richesse qui montrera le tapis marocain comme il ne l’a jamais été auparavant. Quant au majestueux musée Dar El Bacha, également déjà restauré et se trouvant au cœur de la médina, il a été construit au début du 20e siècle et est considéré comme l’un des plus beaux palais de la ville ocre. Il fut la résidence de Thami El Glaoui, nommé pacha de Marrakech par le Sultan Moulay Youssef en 1912. Rebaptisé «musée des confluences», ce lieu accueillera l’exposition itinérante «Lieux saints partagés» présentée en collaboration avec le Mucem qui a également abrité l’exposition. Pour le Maroc, cette exposition inaugurale sera adaptée en insistant sur les lieux saints qui existent au sein du pays. Le public pourra par ailleurs s’intéresser à la dimension anthropologique de certains monuments et lieux saints et découvrir des objets provenant du Mucem mais aussi de collections marocaines.

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Un trésor inestimable composé de bronze, de marbres ou encore d’objets provenant de sites archéologiques antiques, est mis en avant au musée de l’histoire et des civilisations à Rabat  (Ph. Bziouat)

En parallèle de ses ré-ouvertures de musées, la FNM a lancé la restauration du musée Dar Jamaï de Meknès. Classée monument historique, cette résidence privée de type hispano-mauresque construite en 1882 appartenait à Mohamed Ben Larbi Jamaï, grand vizir du Sultan Moulay Hassan 1er (1873 – 1894). Cette vaste demeure a fini par être vendue au Bacha El Glaoui, qui n’y habitera jamais.

Ses collections sont constituées d’objets ethnographiques, de tapis témoignant du savoir-faire de la région de Meknès, d’armes, de broderies, de boiseries, de damasquineries, de céramiques mais aussi de Corans et de manuscrits. Autre restauration en cours, celle du musée Al Batha de Fès qui abritera une exposition permanente sur l’art de l’Islam. Celle-ci présentera des objets similaires à l’exposition «Le Maroc médiéval», mais couvrira une période allant jusqu’au 8e siècle.

Parmi les projets de rénovation  à venir de la Fondation nationale des musées figurent aussi le musée des Oudayas (il abritera une exposition sur le costume traditionnel et le bijou), celui de Tétouan ainsi que celui de Laâyoune. Par ailleurs, l’art et le patrimoine marocain bénéficient également d’une visibilité à l’international grâce à la diplomatie culturelle mise en place par la Fondation. Ainsi, des partenariats ont été établis avec de grandes institutions culturelles à l’instar du Louvre à Paris, le Metropolitan Museum de New York, ou encore le musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg.

 

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