Economie

Sécurité en Afrique: Le continent doit réviser ses dissidences

Par Reda BENOMAR | Edition N°:5125 Le | Partager
Contrôle des frontières, cyberespace,… gestion difficile sans entente
La nécessité de mutualiser les efforts est pressante

Qu’il s’agisse de sécurité du territoire ou celle d’un espace virtuel, le combat est le même. Une question sur laquelle s’est penchée la deuxième édition de l’Africa Security Forum, rappelant la difficulté pour le continent africain de relever de tels défis.  L’Afrique, forte de sa jeunesse, est confrontée au terrorisme, aux trafics en tout genre, et aux conflits locaux. Une situation qui exige une coopération entre pays, mais qui, pour l’heure, ne fonctionne pas encore de façon optimale.

A l’origine, des conflits d’intérêts entre les pays ainsi que des différends historiques qui empêchent toute avancée sur le terrain. 250 experts internationaux, 30 pays, des généraux, des conseillers en sécurité,…tous s’accordent sur la complexité d’assurer une réelle sécurité de ces espaces.

Aujourd’hui, nul ne peut l’ignorer: le monde numérique fait face à des vulnérabilités nouvelles; elles sont susceptibles de remettre en cause les principes d’ouverture et de liberté qui fondent le cyberespace. Elles ont également des conséquences néfastes sur les opportunités économiques qu’offre la révolution numérique.

Le monde assiste aujourd’hui à une prolifération de menaces dans le cyberspace qu’elles viennent du dark web, la partie non référencée du web, ou des internet «classiques». «Les techniques des terroristes sont de plus en plus sophistiquées. Leur dernière trouvaille est l’utilisation de logiciels chiffrés pour communiquer. Des codes que l’on ne peut pas briser, ce qui rend leurs échanges presque intraçables», explique Driss Benomar PDG de Alomra, une entreprise spécialisée en conseil sécurité.

«La prolifération de leur communication sur les réseaux sociaux et à travers des plateformes dédiées pose aussi problème», continue-t-il. Une chose est certaine. L’Afrique ne doit pas sous-traiter sa sécurité à l’extérieur car elle possède les capacités internes permettant de se défendre, et c’est particulièrement vrai pour la cybersécurité. Le Maroc par exemple dispose d’une cellule spéciale cybersecurité, mise en place en 2015 au sein du siège de la DGSN, à Rabat.

A l’évidence, Internet, comme tout lieu de liberté, a aussi besoin de règles pour éviter les dérives. Cette régulation pose aux pouvoirs publics d’importantes difficultés, tant du point de vue de la protection des libertés publiques que de l’efficacité. «Couper l’accès à tel ou tel site, sans se donner les moyens de traiter les sources profondes de ce phénomène, ne peut conduire qu’à l’échec. Pour réussir, il faut surtout identifier les sources du mal, proposer des contre-discours, faire vivre le renseignement et faire que les Etats impliqués dans cette lutte s’y engagent à fond et sans retour», explique Alain Juillet, ancien cadre de la DGSE et conseiller pour l’Intelligence économique en France auprès du Premier ministre. Cet ancien commis d’Etat a les données et le recul nécessaire pour analyser la situation en profondeur.

Sur le terrain, la problématique est tout autre. Les nouveaux défis sont posés par les flux migratoires et la criminalité transnationale. Souvent à la recherche d’une vie meilleure, les migrants se retrouvent bloqués dans des pays qui font barrage à leur traversée en Europe et sombrent dans la délinquance. «Dans les zones et les routes de migration, cela commence par de petits trafics d’essence ou de cigarettes avant d’évoluer vers le trafic de drogues, d’armes ou de produits pharmaceutiques comme on l’a vu dans le Sahel», explique Alain Juillet.

Face à la montée des phénomènes migratoires, avec un pic en 2016, le modèle européen a montré ses limites. Partout, on a l’impression que les accords internationaux sur l’immigration ont été vidés partiellement de leur substance pour privilégier la sécurité.  «Il faut rétablir certaines vérités. Actuellement, les phénomènes migratoires se font dans tous les sens», explique Juillet. Les Etats pauvres, incapables d’assurer leur sécurité, verront leur population migrer vers les pays riches et leurs territoires devenir des zones de non-droit où les organisations criminelles auront leurs bases arrières.

«Seules des politiques régionales volontaristes pourront freiner ces processus mortels pour les pays concernés. On connaît le taux de croissance démographique annoncé pour les 30 prochaines années, qui va voir l’Afrique doubler sa population. Le taux de croissance du PIB stagnera dans certains pays très pauvres quand d’autres vont croître avec des taux entre 7 et 10%. On n’en regarde pas assez les conséquences», conclut-il.

Le côté sombre des réseaux sociaux

Le monde est confronté à une utilisation par Daesh des réseaux sociaux à des fins de propagande, et ce depuis 2012, quand les jeunes venus d’Europe et du Maghreb ont commencé à arriver en Syrie. Et depuis 2015 pour le passage aux applications et messages cryptés. Aujourd’hui, les réseaux sociaux véhiculent les orientations stratégiques de l’organisation, mais aussi les programmes de formation et les instructions pour la préparation et la réalisation d’actions terroristes. Pire encore, ils sont devenus un outil de recrutement, de manipulation et de propagande servant à la réalisation de contacts ciblés et individualisés sur des populations sensibles ou réceptives.

 

 

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