Economie

Le dialogue social face au mur budgétaire

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5124 Le 11/10/2017 | Partager
La masse salariale représente 66% des recettes fiscales prévues
Les syndicats mettent la pression sur les augmentations de salaires

A moins d’un coup de génie, le gouvernement ne pourra pas satisfaire rapidement toutes les doléances des syndicats. En particulier, celles liées à l’amélioration des revenus à laquelle les organisations syndicales s’accrochent: hausse des salaires, augmentation des allocations familiales, refonte de la grille IR, déduction des frais de scolarité de l’IR pour les ménages… Car les marges budgétaires sont assez serrées entre dépenses du personnel, accroissement du budget aux régions, investissement... et un objectif de 3% de déficit budgétaire!

Lors de l’ouverture du dialogue social lundi 9 octobre, Mohamed Boussaïd, ministre de l’Economie et des Finances a présenté à ses interlocuteurs les contraintes du budget 2018: baisse prévue des dons en provenance des pays du Conseil de coopération du Golfe, hausse des remboursements et restitutions fiscales et augmentation des transferts financiers aux régions. Ces transferts devraient atteindre 7 milliards de DH en 2018 contre 5,7 milliards cette année. La part de l’IS et de l’ IR affectée aux régions devrait passer de 3% à 4% l’année prochaine.  2018 connaîtra aussi la poursuite de la réforme paramétrique de la Caisse marocaine de retraite (CMR) dont l’impact est estimé à 4 milliards de DH.

Le budget devrait faire face à des dépenses difficilement compressibles, en particulier celles liées à la masse salariale: soit 140 milliards de DH. Ce qui représente 66% des recettes fiscales prévues l’année prochaine (210 milliards de DH). Un montant qui englobe les salaires (108 milliards de DH), la part patronale que l’Etat doit verser à la CMR, la cotisation CNOPS et les transferts de salaire opérés pour le compte des établissements publics à caractère administratif.

«Le ministre des Finances a indiqué que l’investissement doit se maintenir car la commande publique est importante dans la dynamique économique», souligne un syndicaliste.  L’investissement du budget général pourrait atteindre 67, 9 milliards de DH contre  63,6 milliards prévus en 2017.

Sauf que les organisations syndicales  voient dans le tableau dressé par le gouvernement une fin de non recevoir de leurs demandes. «Nous avons maintenu nos revendications à savoir la refonte de la grille de l’IR avec la hausse du seuil exonéré. Nous exigeons aussi une hausse des allocations familiales à 400 DH par enfant, l’augmentation des salaires et la déduction des frais de scolarité ou une partie de l’IR», insiste El Miloudi El Mokharek, secrétaire général de l’UMT.

Cette réunion qui s’est terminée tard dans la soirée du lundi a permis certes de renouer le contact mais aussi de mesurer l’étendue des attentes des uns et des autres. La situation est telle que les syndicats ont refusé des commissions thématiques et attendent d’abord des réponses sur l’amélioration des revenus. «Les travaux des commissions n’aboutissent à rien de concret. Nous avons déjà expérimenté cette méthode avec le gouvernement Benkirane et nous ne voulons pas refaire la même erreur», soutiennent des syndicalistes.

D’où la décision de maintenir la réunion toujours ouverte et de préparer une nouvelle rencontre durant les prochains jours voire les prochaines semaines. «Le timing est opportun puisque la loi de finances est toujours en préparation. Le gouvernement doit faire preuve d’un peu plus d’imagination et d’innovation dans le projet de loi de finances», poursuit le patron de l’UMT.

Certains syndicats ont même menacé de quitter les négociations. La CDT conditionne la poursuite des discussions à l’augmentation générale des salaires dans le public comme dans le privé. «Si le gouvernement ne répond pas favorablement à cette demande, qui nous paraît logique vu la dégradation du pouvoir d’achat, nous allons boycotter le dialogue social», prévient Abdelkader Zaer, numéro 2 de la CDT.

Les dossiers qui fâchent

Les discussions entre les partenaires sociaux risquent d’être assez serrées sur certains dossiers délicats: la loi sur la grève, l’amendement du code du travail, la loi sur les syndicats, etc. Le patronat veut que le volet législation fasse l’objet d’une attention particulière en particulier l’amendement du code du travail auquel s’oppose l’UMT. «Le code du travail n’a jamais été appliqué et il n’est pas question d’accorder la flexibilité réclamée par le patronat», souligne l’organisation syndicale.  
Sur l’augmentation des salaires, le patronat estime que «contrairement au public, les salaires dans le privé n’attendent pas le dialogue social». «Chaque année, ils sont augmentés à travers les protocoles d’accord négociés avec les représentants syndicaux au niveau local. A titre d’indication, Mercer/ Diorh vient de restituer l’enquête sur les salaires qui montre que l’augmentation des salaires dans le secteur privé en 2017 est de 4%, souligne Hicham Zouanat, président de la commission emploi et relations sociales à la CGEM. Et d’ajouter «nous avons mis le gouvernement en garde contre l’impact d’une hausse du smig sur des secteurs «fragiles» comme le BTP et le textile».

20.200 postes à créer en 2018

20.195 postes budgétaires pourraient être créés par la loi de finances 2018. A cela s’ajoutent les 20.000 sous contrat qui seront dédiés à l’enseignement contre 35.000 en 2017. Ces recrutements sous contrat coûteraient 4 milliards de DH à l’Etat. Le projet de loi de finances 2018 prend comme hypothèse, une croissance de 3,2%, un déficit budgétaire de 3%, une récolte céréalière de 70 millions de quintaux et un cours moyen de 380 DH la tonne du gaz butane.

 

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