Competences & rh

R&D/Financement public: Trop difficile à dépenser!

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5123 Le 10/10/2017 | Partager
1 à 4 ans peuvent s’écouler entre la décision de financer et le déblocage des fonds
L’argent des appels à projets R&D de 2013 vient tout juste d’être débloqué!
L’une des raisons faisant fuir les entreprises des universités
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L’essentiel des dépenses de recherche et développement s’opère dans le secteur public, notamment dans les universités, selon les derniers chiffres disponibles (2010), avec 2,5 milliards de DH (sur un total de plus de 5,6 milliards de DH). Néanmoins, un secteur se distingue, celui de l’énergie, eau, mines et produits manufacturiers, qui représente  plus du tiers des dépenses (plus de 2 milliards de DH)

Les dépenses R&D stagnent toujours à moins de 0,8% du PIB. La majorité des fonds est concentrée au niveau des universités (voir illustration). Il y a quatre ans, le ministère de l’Enseignement supérieur avait décidé de faire un effort exceptionnel sur le financement de la recherche, en lançant des appels à projets R&D. Un premier, couvrant neuf domaines prioritaires (aéronautique, mécatronique & électronique, santé…), a été ouvert en juillet 2013, avec une enveloppe de 300 millions de DH. Le deuxième, relatif à un fonds de 90 millions de DH de l’OCP, a été initié en 2015. Quatre autres, de 180 millions de DH, sont en attente.

Sauf qu’entre le moment où le financement est accordé et son déblocage effectif, des années peuvent s’écouler! Et pour cause, une multitude de procédures administratives qui alourdissent le processus. Quand l’argent rentre dans le compte de l’établissement universitaire, ce dernier émet un titre de recettes attestant que des fonds ont été reçus. Ce titre doit ensuite être signé par le président de l’université et par le trésorier payeur du ministère des Finances.

A l’issue de cette procédure, l’établissement prépare un programme d’emploi, expliquant comment l’argent sera utilisé. Le document doit aussi être paraphé par le chef de l’établissement, le président de l’université, et un contrôleur du ministère des Finances. Sauf que pour obtenir le visa du contrôleur des Finances à Rabat, il faut attendre 6 à 7 mois. Cela, quand il n’y a pas d’erreurs ou d’imprécisions dans les documents. Et ce n’est qu’à partir de là que les fonds peuvent être réellement débloqués.

Pour dépenser l’enveloppe obtenue, c’est une autre paire de manches. Pour le matériel lourd (d’une valeur supérieure à 250.000 DH), un appel d’offres doit être lancé. Cela engendre des procédures et formalités de 6 à 8 mois. Le fournisseur sélectionné, en général, ne livre les équipements souhaités qu’après 2 ou 3 mois. Au total, entre le moment où les fonds rentrent dans le compte de l’établissement et la réception du matériel nécessaire, deux années s’écoulent en moyenne. Entre temps, la technologie évolue, et les projets peuvent devenir tout simplement caducs!

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Les universités sont désormais les championnes de dépôt de brevets d’origine marocaine à l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC). Sur les 237 brevets marocains enregistrés l’an dernier (pour un total de 1.240), plus de la moitié (131) sont le fait d’universités. Mais seulement 3 ont été déposés en copropriété avec des entreprises (au niveau de l’Université Internationale de Rabat)

«L’argent que nous avons reçu dans le cadre du premier appel à projets en 2014, nous avons obtenu l’autorisation de le dépenser il y a tout juste une dizaine de jours», témoigne Hicham Medromi, directeur de l’Ecole nationale supérieure d’électricité et de mécanique (Ensem). Or, l’école, ne pouvant se permettre d’attendre plusieurs années (près de quatre ans!), a déjà finalisé ses projets, grâce à des financements antérieurs.

«La lenteur des procédures fait partie des raisons poussant les entreprises à éviter de travailler avec les universités», explique Medromi. Elles ne peuvent, en effet, se permettre de perdre des marchés, en attendant l’aboutissement de procédures qui s’éternisent.
Il existe une réelle prise de conscience de la nécessité de la construction de relations plus étroites entre les universités et le monde économique. D’autant plus que l’innovation devient le nerf de la guerre dans un environnement ultra concurrentiel, et où les technologies et les habitudes de consommation évoluent à toute vitesse. Mais dans des conditions pareilles, cela paraît utopique.

 

 

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