Chronique

Discours d’Emmanuel Macron à la Sorbonne: Un projet pour l’Europe très ambitieux

Par Jawad KERDOUDI | Edition N°:5123 Le 10/10/2017 | Partager

Jawad Kerdoudi est président de l’Imri (Institut marocain des relations internationales) (Ph. JK) 

«Je suis venu vous parler d’Europe. “Encore”, diront certains. Ils devront s’habituer parce que je continuerai. Et parce que notre combat est bien là, c’est notre histoire, notre identité, notre horizon, ce qui nous protège et ce qui nous donne un avenir». C’est ainsi que démarre le discours d’Emmanuel Macron, prononcé le 26 septembre dernier à la Sorbonne et intitulé «Initiative pour l’Europe: Pour une Europe souveraine, unie, démocratique».

A la lecture de ce discours, c’est une refondation de l’Union européenne, basée sur six axes, que propose le président français. «Face à l’internationale du terrorisme, l’Europe de la sécurité doit être notre bouclier», estime Macron. Pour cela, il propose l’institution d’un parquet européen contre la criminalité organisée et le terrorisme et d’une Académie européenne du renseignement.

En matière de défense, l’objectif «doit être la capacité d’action autonome de l’Europe, en complément de l’Otan». Une Europe de la Défense c’est une coopération structurée permanente mais aussi la mise en œuvre d’une capacité autonome de défense devant aboutir à terme à un budget commun de défense.  

Les inégalités profondes de la mondialisation

Autre axe stratégique, la question de souveraineté liée à la crise migratoire. Celle-ci «n’est pas une crise, c’est un défi qui durera pour longtemps. Il s’est installé sur les inégalités profondes de la mondialisation. Et l’Europe n’est pas une île. Nous sommes là, et notre destin est lié à celui du Proche et Moyen-Orient comme à celui de l’Afrique». Emmanuel Macron marque son accord pour accueillir ceux qui ont droit à l’asile, en les formant et en les intégrant dans la société d’accueil, mais en renvoyant ceux qui ne sont pas éligibles à cette protection.

Le président français souhaite que soit créé un véritable Office européen de l’asile, qui accélère et harmonise les procédures, avec des fichiers connectés et des documents d’identité biométriques sécurisés.  Egalement que soit progressivement mise en place une police des frontières européennes qui garantisse partout en Europe une gestion rigoureuse des frontières et assure le retour de ceux qui ne peuvent rester.

Mais il reconnaît que la réduction de la migration ne pourra se faire que par la stabilisation et le développement des pays d’origine. Dans ce sens, il considère que la politique étrangère doit donner la priorité à la Méditerranée, et que la France et l’Europe devront augmenter l’aide au développement aux pays émetteurs de migrants. Il considère comme troisième proposition que l’Afrique doit être un partenaire stratégique, avec une collaboration plus importante avec la société civile de ce continent, reposant sur des investissements croisés sur l’éducation, la santé et l’énergie. «Si l’Europe ne saisit pas cette chance, d’autres le feront et si nul ne le fait, l’Europe seule en subira toutes les conséquences», insistera-t-il.

Changer de modèle de société

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«Ces propositions d’actions que je viens de formuler, ces initiatives que je propose aux partenaires qui le souhaitent, ce cap que j’ai voulu tracer devant vous n’ont qu’une ambition, rendre l’Europe à elle‑même, et la rendre aux citoyens européens. Nous devons les convaincre que les 70 années que nous venons de vivre ne sont pas le fruit du hasard mais d’une volonté inflexible ancrée dans un optimisme sans partage». Extrait du discours d’Emmanuel Macron à la Sorbonne (Ph. AFP)

La transition écologique qui doit aboutir à un changement de modèle de société est l’un des principaux axes de la vision de Macron. «Cette transformation complète révolutionne notre manière de produire, de redistribuer, de nous comporter». Pour le président, l’Europe doit être à l’avant-garde en établissant notamment un prix du carbone de pas moins de 25 à 30 euros la tonne. Il préconise de favoriser les interconnexions entre pays européens avec un soutien aux véhicules propres. Tout cela sans oublier la sécurité et la souveraineté alimentaire, ainsi qu’une révision de la politique agricole commune qui doit permettre de faire vivre dignement les agriculteurs de leur revenu en les protégeant contre les aléas du marché.

La cinquième proposition concerne le numérique qui va entraîner une transformation profonde de l’économie et de la société. L’Europe doit prendre la tête de cette révolution par l’innovation radicale pour avoir ses champions du numérique, attirer les talents scientifiques et entrepreneuriaux. A ce niveau, la création d’une Agence européenne pour l’innovation de rupture est souhaitée, pour des recherches notamment dans des domaines nouveaux comme l’intelligence artificielle. Les règles à définir doivent protéger les libertés individuelles et le respect du secret.

La dernière proposition du président Macron est de faire du cœur de l’Europe une puissance économique et industrielle autour de la monnaie unique l’euro, afin de faire concurrence à la Chine et aux Etats-Unis. Le but principal est la création d’emplois surtout pour les jeunes dont le taux de chômage est de 20%. Pour cela, la France a entamé des réformes importantes depuis sa présidence, et l’Europe a besoin d’un budget plus fort dans la zone euro.

Les ressources de ce budget pourraient provenir des taxes européennes dans le domaine numérique ou environnemental, ainsi qu’une partie de l’impôt sur les sociétés. Le président Macron propose un ministre des Finances commun pour la zone euro, ainsi qu’un contrôle parlementaire exigeant. Il admet que l’Europe puisse évoluer à plusieurs vitesses, et que l’euro pourrait devenir la monnaie de tous les Etats de l’Union s’ils remplissent les critères.

L’Afrique aussi

C’est donc une vision globale et ambitieuse pour l’Europe que propose Emmanuel Macron. Cependant, elle sera très difficile à mettre en œuvre, surtout que les dernières élections législatives allemandes n’ont pas donné à la chancelière Merkel les coudées franches pour adopter toutes les propositions du président français, sans parler des autres membres plus sceptiques de l’Union européenne. Reste que des éléments positifs sortent du discours du président Macron concernant l’engagement de former et d’intégrer les bénéficiaires du droit d’asile, de donner la priorité à la Méditerranée en politique étrangère, et de considérer l’Afrique comme un partenaire stratégique de l’Europe: «Je souhaite que notre partenariat avec l’Afrique soit un élément de la refonte du projet européen. L’aide au développement doit augmenter, je m’y suis engagé pour la France et, année après année, nous l’augmenterons à chaque fois, nous l’augmenterons aussi pour faire mieux parce qu’un chiffre à lui seul ne signifie pas une politique et nous avons sur ce sujet bien souvent l’obsession des symboles. Et on pense qu’une politique du développement se réduit à un chiffre. Nous ferons mieux avec les sociétés civiles».

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