Culture

Quand Casablanca l’iconique s’invite à Dubaï

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5122 Le 09/10/2017 | Partager
Hommage à la ville blanche à la Dubaï Design Week
Une exposition regroupant plusieurs artistes nationaux
Un focus sur la cité hédoniste des années 60
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Une confrontation photographique entre le  Dubaï «apollinien» et le Casablanca «dionysiaque» par la photographe Zineb Andress Arraki, proposée lors de l’exposition en hommage à Casablanca à la Dubaï Design Week (Ph. Zineb Andress Arraki)

Comment Casablanca s’est transformée, de la ville hédoniste qu’elle a été dans les années 60, à une ville à l’énergie chaotique aujourd’hui? C’est à partir de ce questionnement que Selma Lahlou, la commissaire du pavillon de la ville blanche à la Dubaï Design Week  (DDW) est partie pour construire sa réflexion qui aboutira à une exposition intitulée «Loading Casablanca». La DDW a décidé de rendre hommage à Casablanca pour sa 3e édition prévue du 13 au 18 novembre, en la qualifiant de «l’un des hubs les plus créatifs d’Afrique du Nord» et en lui dédiant un pavillon spécial de quelque 120 m2. 

«Quand j’ai été approchée pour le commissariat de l’exposition, j’ai longuement réfléchi, sur la place du design à Casablanca  et j’ai trouvé que ce n’est pas ce qui la représente le plus. Je me suis alors engagée à restituer l’énergie de cette ville à travers des artistes contemporains». Et comme il est impossible de parler de Casablanca sans se référer à ses heures de gloire tout autant que sa mutation spectaculaire, la curatrice a choisi 5 axes  pour illustrer  les différents phénomènes qui font la singularité de la ville.

D’abord  la transhumance  qui a fait que cette ville nouvelle du XXe siècle, ait très vite échappé à toute tentative pérenne de planification. Polycentrique au fil du temps, elle a vu sa population migrer dans l’espace urbain au gré des ascensions socio-économiques. Une situation qui provoque la notion de mutation que Selma Lahlou a choisie comme deuxième thème: «Jusque là enclavés dans leurs terroirs et croyances, les Marocains ne s’appréhendent et ne se conçoivent que par et vis-à-vis de leurs tribus ou groupes. C’est à Casablanca que pour la première fois l’on assiste à un phénomène de mixité», précise-t-elle dans sa note curatoriale et d’ajouter: «Casablanca adopte sans condition le tout venant.

En trois mois, on peut se revendiquer de la ville et personne ne trouvera rien à y redire. Ici, l’expression «Mi casa es tu casa» pourrait se traduire par «étranger, Casa t’appartient autant qu’à moi». Troisième axe choisi: La contreculture. Très tôt une culture, en rupture radicale dans un Maroc figé dans ses traditions, us et coutumes, a émergé à Casablanca. On y retrouve pour la musique Nass El Ghiwane, le «maréchal» Kibou et Bouchaib Bidaoui, Lemchaheb, Jil Jilala et Tagadda. Pour le théâtre, Tayeb Saddiki. Pour les arts visuels et graphiques, le Groupe de Casablanca initié par Farid Belkayia, Melehi et Mohamed Chabaâ  entre autres.  Pour le cinéma, Ahmed Bouanani, Mohamed Afifi et Mohamed Raggad.

Pour la littérature, Mohamed Zafzaf et Driss Khoury. Un mouvement culturel dont se revendiqueront les artistes de la «Nayda», née début des années 2000 avec comme fer de lance le festival L’Boulevard. Selma Lahlou évoque également comme thème de réflexion, une mémoire amnésique de la ville, où nulle plaque commémorative ne témoigne ou renseigne au sujet des personnes qui ont fait cette ville et de leur histoire. Une ville qui selon la curatrice «cultive l’obligation de l’oubli». Dernier axe l’hédonisme qui a caractérisé la capitale économique et de ses habitants durant des décennies: Spectacles de Corrida, grand prix formule 1, une «night life» trépidante et les plus grands artistes de l’époque  se produisant dans les cabarets, les Arènes et le théâtre municipal, de la ville.

Pour retranscrire cet «esprit casablancais» passé, comme présent, la curatrice a sélectionné 5 artistes et un collectionneur passionné de Casablanca. L’architecte et photographe Zineb Andress Arraki, qui signe également la scénographie de pavillon, le bouillonnant réalisateur Hicham Lasri, l’illustratrice Aïcha el Beloui, l’artiste sonore Anna Raimondo, l’emblématique Mostapha Maftah et enfin le dandy collectionneur Mohamed Tangi. Des artistes contemporains, aux disciplines et regards différents, pour illustrer cette énergie créative de la ville blanche.

Quand Aïcha El Beloui propose une carte, de 23 m de long sur 6 m de haut, qui raconte l’histoire de la ville, partant des Carrières centrale, Hay Mohamadi, évoquant l’exode rural et le chaos actuel, Zineb Andress Arraki a choisi, elle, de faire un parallèle photographique entre Dubaï et Casablanca. Du côté fougueux et dionysiaque casablancais opposé à une cité que l’artiste voit beaucoup plus apollinienne. Anna Raimondo nous propose des ballades sonores à travers la ville. Une installation qui regroupe les différents sons caractéristiques de la métropole, parsemés de témoignages de casablancais sur leur ville. Hicham Lasri propose son film hommage à la cité «Casa one day» un  moyen métrage qu’il qualifie, comme un poème visuel.

L’œuvre de Mostafa Maftah, illustre à elle seule, plusieurs thématiques de l’exposition. «Feu de l’océan» est une tapisserie réalisée en 1979 (probablement la première tapisserie réalisée par un artiste homme au Maroc, précise la curatrice). Elle représente un volcan en éruption surgissant au milieu de l’océan et illustre selon l’artiste, le bouillonnement des jeunes marocains des années 70 en pleine période des années de plomb. Qui d’autre que le dandy collectionneur, pour représenter le Casablanca hédoniste. Fervent collectionneur, et grand amoureux de sa ville natale, Mohamed Tangi parsèmera l’exposition d’objets de sa collection privée, pouvant illustrer justement le Casablanca épicurien des années 60.

 

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