Economie

Décélération du marché des camions

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5122 Le 09/10/2017 | Partager
Les distributeurs anticipent une baisse de 10%
Transfert des ventes vers les véhicules de 40 tonnes et plus
parc-de-camions-022.gif

Le parc de camions est estimé à 140.000 véhicules. 39.200 unités sont âgées de plus de 37

C’est un coup de frein sur le marché du poids lourd. Entre 2011 et 2015, les ventes de camions ont chuté de 50% après avoir connu une explosion au début des années 2000, dans la foulée de la multiplication des chantiers d’infrastructure et de l’immobilier.

Les professionnels s’attendent à un repli de 10% par rapport à 2016. Rien de bien inquiétant car l’activité enregistre une correction technique après des années folles. «Il y a d’abord la fin de grands travaux publics tels que les autoroutes, le port de Tanger, la ligne à grande vitesse, certains ponts et grands projets immobiliers… Il faut savoir qu’entre 2003 et 2011, le marché a très fortement augmenté, passant de 3.000 véhicules par an à 12.000, avant de baisser à 6.000 en 2015», explique Adil Zaidi, président du Groupement professionnel du poids lourd (GPLC).

La baisse du marché s’explique également par les difficultés de plus en plus accrues en matière d’accès au financement. Ce qui s’explique par la forte atomicité du secteur du transport. La majorité des entreprises sont sous-capitalisées et opèrent dans l’informel. Le secteur n’est pas toujours admissible au crédit bancaire, sauf quand il s’agit de sociétés structurées.

Les clients des distributeurs de camions se recrutent parmi les entreprises et établissements publics, les sociétés de transport de marchandises, les minotiers, les particuliers. Depuis peu, le marché du poids lourd est en pleine reconfiguration. La demande marque un transfert du petit tonnage vers le gros. Certains opérateurs préfèrent acquérir des camions de 40 tonnes qui représentent parfois l’équivalent de 8 petits camions.

Le changement s’explique par des raisons essentiellement économiques. Avec un gros camion, la société peut transporter plus de fret tout en réduisant les coûts de structure, alors qu’avec 8 petits véhicules, il faut embaucher 8 chauffeurs, sans oublier la souscription de 8 contrats d’assurance au lieu d’un. De plus, c’est plus pratique en termes de manipulation, de carburant, de maintenance… La massification des flux permet également de réduire le coût de transport à la tonne.

Les ventes de poids lourds connaissent souvent un regain lors du lancement de gros chantiers. Il n’est donc pas étonnant que la profession s’impatiente de voir les projets des provinces du Sud lancés. Pour redynamiser le marché, le Groupement professionnel du poids lourd (GPLC) recommande au gouvernement de reconduire le programme de renouvellement du parc de camion, qui était arrivé à échéance décembre 2016 sans que le budget ait été intégralement consommé.

Les associations représentant les sociétés de transport ont déjà réclamé la reconduction du dispositif dans le projet de loi de finances 2018. Mais telle que l’incitation avait été conçue, l’écrasante majorité des opérateurs seront exclus. Deux raisons rendent le programme inopérant: le montant de la subvention reste en deçà du prix des camions, d’autant que les sociétés de transport sont sous-capitalisées. La deuxième raison tient au fait qu’il faut être à jour de ses impôts et de ses cotisations sociales. Ce qui exclut de nombreux transporteurs.

Le GPLC propose que «le gouvernement fasse abstraction du passif et se concentre plutôt sur les retombées positives» que le rajeunissement du parc de camions en termes de réduction de la sinistralité, d’amélioration des revenus des opérateurs, de préservation de l’environnement d’autant que près du tiers du parc est âgé de plus de 37 ans.

Un contrat-programme fantôme

Le Groupement professionnel du poids lourd (GPLC) compte organiser le 2e salon du poids lourd professionnel en partenariat avec Trans France. La date de l’événement devrait être fixée en novembre après discussion avec les différents partenaires. L’objectif étant d’éviter un chevauchement avec les différents salons prévus en Europe, notamment le plus important à Hanovre, Paris, Rome, Madrid. Ce qui permettra d’être dans le cadre des salons internationaux. L’organisation d’un salon spécialisé devrait être l’occasion de faire la promotion de l’industrie. L’idéal serait que la profession démarre la mise en œuvre de son écosystème. Le GPLC avait signé en juillet 2015 un contrat de performance pour la création d’un écosystème performant. Mais depuis la signature, c’est le silence radio de la part du ministère de tutelle, malgré les relances de la profession. A l’évidence, les ministères du Transport et de l’Industrie ne vont pas à la même cadence.
N’empêche que «quatre sociétés sont actuellement en train de réaliser d’importants investissements dans des chaînes de montage, des show-rooms, la fabrication industrielle. Mais le retard pris dans le démarrage de l’écosystème ne permet pas d’avoir de visibilité», affirme le président.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc