Economie

Corruption: Ce boulet du climat des affaires

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5121 Le 06/10/2017 | Partager
Les entreprises marocaines s’en plaignent
Des progrès en termes d’accès au financement
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Attilio Di Battista est économiste auprès du Forum économique mondial. Il est responsable de la recherche des problématiques relatives au commerce international et à la compétitivité avec un focus sur le monde arabe et l’Asie du Sud (Ph. WEF)

En haut du classement des entraves au climat des affaires au Maroc, la corruption demeure toujours une gangrène pour l’économie. Le constat a été relevé par le WEF dans son récent rapport sur la compétitivité mondiale 2017-2018 (voir notre édition N° 5115 du 28/09/2017). Cette année nous assistons à un renversement de la tendance puisque c’est la corruption qui pourrit le business et non plus l’accès au financement comme c’était le cas ces dernières années.

Le Royaume perd régulièrement des places au niveau de l’indice de la corruption de Transparency. En 2016, il a occupé le 90e rang. Pourtant, de nombreuses dispositions ont été déployées par le gouvernement pour limiter ce fléau, telles que la mise en ligne d’un site internet «www.stopcorruption.ma» et un numéro vert (08-00-00-47-47). Mais les résultats ne suivent pas. Dans cet entretien Attilio Di Battista, économiste au WEF, revient sur les enjeux.

- L’Economiste:  Cette année, la principale contrainte au climat des affaires au Maroc tient à la corruption, comment êtes-vous arrivé à cette conclusion?
- Attilio Di Battista:
Chaque année le Forum économique mondiale mène un sondage auprès de chefs d’entreprise de plus de 140 pays pour leur poser des questions par rapport à la compétitivité et au climat des affaires dans leur pays. Nous leur avons demandé d’identifier les cinq facteurs qui constituent un obstacle pour faire du business et de les trier par ordre d’importance (du plus problématique au moins problématique). Les résultats de 2017 montrent que c’est la corruption qui est en tête du classement.  
- Le business est aussi plus fragilisé par la bureaucratie, l’accès au financement, la lourdeur des impôts… que proposez-vous comme solutions?
- L’objectif de notre rapport est de fournir des données comparables et un cadre conceptuel aux gouvernements et aux entreprises pour leur permettre d’identifier les facteurs de faiblesse et de force dans la compétitivité de leur pays. Ceci les aide à établir des priorités entre leurs politiques économiques et d’avancer sur les réformes. Les acteurs locaux (publics et privés) sont dans les meilleures conditions pour proposer des solutions concrètes.
- Education à la traîne, main-d’œuvre insuffisamment formée… quelles sont les réformes à mettre en place en matière sociale?
- Le Maroc a bénéficié d’un bon taux de croissance économique ces dernières années. Mais, comme dans d’autres pays à revenu intermédiaire, l’éducation et la formation de la main-d’œuvre demeurent des facteurs fondamentaux pour atteindre des niveaux plus avancés de productivité et donc de prospérité. Plusieurs jeunes marocains devront participer aux programmes d’éducation tertiaire (Ndlr: enseignement supérieur) et auront accès à des institutions de bonne qualité. En 2015, seulement 28% de jeunes étaient inscrits dans ce programme, mais ce pourcentage a augmenté assez vite pendant les dernières années, ce qui est encourageant.

- Vos travaux sur les cinq dernières années montrent que l’accès au financement est la première entrave à la compétitivité. Ce n’est plus le cas aujourd’hui?
- D’autres institutions internationales, comme le FMI, montrent que le Maroc a fait d’importants progrès en termes d’inclusion financière. C’est-à-dire l’accès des populations et des petites et moyennes entreprises (PME) à des services financiers de base. Il y a bien sûr encore une marge d’amélioration. Mais dans la perception des chefs d’entreprise, qui ont répondu à notre sondage en 2017, ce n’est plus le facteur  le plus problématique pour faire du business dans le pays.

- C’est grâce à sa situation macroéconomique et sa stabilité politique que le Maroc continue d’attirer les investisseurs. Quels sont les autres facteurs d’encouragement  aux IDE (mesures fiscales…)?
- L’ouverture au commerce international ainsi que la facilitation et la simplification des procédures douanières ont joué un rôle essentiel dans l’attraction des investissements étrangers. Le Maroc mène une politique d’ouverture et a développé un cadre juridique destiné à faciliter l’entrée des investisseurs étrangers. Il doit continuer dans ce parcours. D’après nos données, l’amélioration des infrastructures de transport contribue à un environnement des affaires favorable.

Un casse-tête

Depuis des années, plusieurs institutions tiennent des discours alarmistes sur le phénomène de la corruption. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), la Banque européenne d’investissement (BEI), ainsi que la Banque mondiale l’ont relevé dans leur étude: «Qu’est-ce qui retient le secteur privé dans la région Mena?». Ainsi, une entreprise sur cinq au Maroc identifie la corruption comme l’entrave principale, contre seulement 8% en moyenne pour la région Mena. De même, le Royaume soutient défavorablement la comparaison avec d’autres économies à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, où l’intensité et l’incidence de la corruption s’établissent, respectivement, à 16% et à 21%. Par exemple, la corruption arrive à la 5e place chez les entreprises tunisiennes (cf. notre édition N° 4824 du 29/07/2016).

Propos recueillis par Fatim-Zahra TOHRY

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