International

Référendum d’indépendance du Kurdistan: Le «Oui» l’emporte

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5115 Le 28/09/2017 | Partager
Début des discussions avec le pouvoir central irakien
Les pays voisins s’inquiètent

Le «Oui» l’a emporté avec 92,73% au référendum d’indépendance organisé lundi 25 septembre au Kurdistan irakien à l’initiative du président de cette région autonome Massoud Barzani. Plus de 3,3 millions de personnes se sont rendues aux urnes soit 72,16% des 4,58 millions d’inscrits. Ce scrutin a été vivement dénoncé par le pouvoir central irakien et les pays voisins.

Le président kurde dont les propos sont cités par l’AFP avait fait savoir que la victoire ne serait pas immédiatement suivie d’une déclaration d’indépendance. Mais elle marquerait plutôt le début de discussions sérieuses avec le pouvoir central irakien sur les points de contentieux. Le Premier ministre irakien Haider al-Abadi a toutefois posé l’annulation des résultats du référendum comme condition préalable à toute négociation avec le Kurdistan.

Les députés irakiens lui ont demandé de «prendre toutes les mesures nécessaires pour maintenir l’unité de l’Irak et protéger les citoyens». Ils ont en outre exigé l’envoi des forces de sécurité dans les zones disputées entre Bagdad et Erbil, où les autorités du Kurdistan irakien ont également organisé le scrutin lundi.

Lors de la séance au Parlement, les députés ont aussi voté en faveur de la fermeture des postes-frontières se trouvant hors de l’autorité de l’Etat. Les marchandises qui pourraient y transiter sont considérées comme des marchandises de contrebande. Il existe quatre postes-frontières du Kurdistan avec la Turquie et l’Iran.

Le Premier ministre a donné l’ordre au Kurdistan de remettre aux autorités centrales de Bagdad le contrôle de ses deux aéroports régionaux, à Erbil et Souleimaniyeh. En cas de refus, tous les vols internationaux depuis et vers le Kurdistan seront interdits à partir de vendredi 29 septembre.

Des compagnies étrangères, comme Middle East Airways (Liban) et Egyptair, ont annoncé l’arrêt de leurs vols à compter de cette date et prévu des avions supplémentaires d’ici là pour permettre à ceux qui le souhaitent de partir. En réaction aux menaces de Bagdad, le ministre des Transports du Kurdistan, Mawloud Bawah Mourad, a de son côté relevé que «les aéroports d’Erbil et de Souleimaniyeh avaient été construits avec l’argent de la région autonome».

A l’étranger, ce scrutin reste largement critiqué, tout particulièrement par la Turquie, la Syrie et l’Iran, trois pays voisins comptant des minorités kurdes. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a mis en garde contre un risque de «guerre ethnique et confessionnelle» si le Kurdistan irakien menait à terme son projet.

Ankara détient la clé de l’asphyxie du Kurdistan car la quasi-totalité de son pétrole transite par le terminal turc de Ceyhan. Une fermeture de l’oléoduc aurait toutefois aussi un prix pour les voisins immédiats. La Turquie exporte annuellement environ huit à dix milliards de dollars vers le Kurdistan et l’Iran six milliards.

L’ONU appelle à des compromis

Les Etats-Unis se sont dit déçus craignant que le scrutin augmente l’instabilité de la région. Le chef de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé à des compromis. La Russie, qui compte d’importants intérêts économiques au Kurdistan, s’est montrée plus réservée, disant considérer avec respect les aspirations nationales kurdes. Moscou considère toutefois «que les disputes entre Bagdad et Erbil doivent être résolues par le dialogue avec l’objectif de trouver une formule de coexistence au sein de l’Etat irakien».

 

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