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Entrepreneuriat social: Des étudiants de l’EHTP briguent la coupe du monde

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5113 Le 26/09/2017 | Partager

Chaque année, les équipes d’Enactus emmènent des étudiants de plusieurs écoles supérieures à la prospection d’opportunités d’affaires. L’idée est de visiter des régions reculées, détecter les besoins des populations et en sortir avec des projets de startups sociales. Et ça marche! L’ONG mondiale, établie au Maroc depuis 2003, a pu accompagner des milliers d’étudiants qui ont développé des centaines d’idées aussi brillantes les unes que les autres. En 2017, et grâce au soutien du programme Entrepreneurship Network de la Fondation OCP, quelque 4.000 ont lancé 250 projets. Près de 195.000 bénéficiaires en ont profité.

Tous les ans, une compétition nationale des startups sociales est organisée. L’équipe gagnante s’envole ensuite à l’étranger pour participer à la coupe du monde des entreprises sociales, Enactus World Cup. Celle de l’EHTP, qui a remporté la compétition nationale pour la deuxième année consécutive, représente le Maroc à partir d’aujourd’hui (du 26 au 28 septembre) à Londres. Des équipes de 36 pays s’y affrontent devant 300 juges issus de multinationales. Les étudiants marocains exposeront trois projets écolos, pour le moins ambitieux.    

■ Une chambre froide souterraine sans énergie
Près de 5.000 tonnes de pommes finissent par pourrir et être jetées chaque année à M’semrir (province de Tinghir), soit 40% de la production annuelle. C’est en rendant visite à la région, en octobre 2016, que l’équipe d’étudiants de l’EHTP a fait cette découverte. Que de gâchis. «Les agriculteurs ne disposaient pas de réfrigérateurs pour les conserver. Le plus proche se trouvait à 120 km», explique Fatima-Zahra Ghrarouch, élève ingénieure (2e année, génie électrique). Avec ses deux associés, ils conçoivent une solution sur mesure, «Mistomar», une structure circulaire enterrée, dont l’architecture et les matériaux lui permettent de fonctionner comme une chambre froide. Autrement dit, un réfrigérateur naturel fonctionnant sans énergie, inspiré d’expériences étrangères, mais adapté au Maroc et utilisant des matériaux locaux peu coûteux. «Il permet d’emmagasiner les pommes ainsi que d’autres aliments dans des températures allant de 4 à 8°C, avec une humidité entre 90 et 95%», explique Fatima-Zahra, aujourd’hui CEO de la startup. La capacité minimale est de 5 tonnes. Les tests réalisés sont concluants.
La récolte des pommes a commencé la semaine dernière dans la région. Le stockage va donc démarrer. Mistomar propose deux offres. Pour les grands et moyens agriculteurs, des chambres froides d’une capacité de 6 tonnes, à 30.000 DH, et de 12 tonnes, à 40.000 DH. Par ailleurs, après chaque cinq chambres froides construites, une sixième sera montée et louée à de petits agriculteurs, moyennant des tarifs plus accessibles.
La startup sociale prévoit un chiffre d’affaires d’un million de DH à fin 2017. En 2018, elle vise l’installation de 50 unités.             
 
■ Sauver les pommes de M’semrir  

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Hajar Sraïdi, élève ingénieur en génie civil, a aussi fait partie du voyage à M’semrir. Avec son associé, elle a imaginé une deuxième solution pour sauver les pommes de la région: Com’pom, de la compote de pommes, sans aucun additif, 100% naturelle. Le dessert est présenté dans des pots en verre de 105g. Il peut être conservé plus de 6 mois. Une unité de production a été montée sur place, afin de valoriser ces pommes de très bonne qualité et utilisant peu, voire pas, de pesticides. Elle fait travailler cinq femmes qui ont été formées. «Le projet fait bouger l’économie du village. Il assure un revenu régulier aux femmes qui souvent n’ont pas accès à l’éducation, et n’ont aucun moyen de subsistance», explique Hajar.    
Les jeunes startuppers sont en train de négocier une présence dans des points de vente physiques. Mais leurs ambitions vont au-delà du marché local. «Le produit a déjà été certifié au niveau national. Nous espérons pouvoir certifier toute la chaîne de production afin de nous lancer dans l’exportation. Les procédures sont déjà entamées auprès de l’ONSSA», confie Hajar.        
Environ 800 pots ont déjà été écoulés via Internet, principalement sur l’axe Casablanca-Rabat. D’ici fin 2017, Com’pom compte en vendre 5.000.
Vendredi dernier, la startup a organisé une caravane dédiée à la promotion de la bonne nutrition chez les nourrissons et les enfants, avec la participation d’un nutritionniste.  

■ Des complexes touristiques sous forme d’éco-dômes  

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Vous en avez sans doute déjà entendu parler, des habitations écologiques sous forme de dômes réalisées par une startup marocaine, Ecodome. L’Economiste a déjà présenté ce projet développé par deux jeunes ingénieurs lauréats de l’EHTP (voir L’Economiste n°4849 du 2 septembre 2016). C’est la troisième fois que l’entreprise se porte candidate à l’Enactus World Cup. L’année dernière, elle a été demi-finaliste au Canada.  
Tout a commencé en 2014, avec un premier prototype construit à l’EHTP. Le concept consiste en l’empilement de sacs en polypropylène, remplis d’un mélange de terre naturelle et de ciment. Cela permet des économies considérables en temps (-50%) et en énergie (-70%).  
Après une campagne de médiatisation, les startuppers, alors élèves ingénieurs en génie civil, ont reçu leur première commande. Une maison de 70m² à Sidi Allal El Bahraoui, composée de 4 unités sous forme de dômes, où une famille de 5 personnes a pu s’installer. Un deuxième chantier s’en est suivi en 2015, en partenariat avec une ONG œuvrant à Agouim (aux environs de Ouarzazate). Ecodome y construit un centre culturel de 250m² pour les élèves de la région. C’est ce qui lui a permis, d’ailleurs, de remporter la coupe nationale d’Enactus.
Depuis son lancement, la startup, qui a obtenu ses statuts en 2016, a remporté plusieurs prix nationaux. Elle a également participé à plusieurs compétitions internationales, y compris à la Silicon Valley.      
Actuellement, Ecodome travaille sur trois chantiers en zones rurales, dans la région de Rabat (Aïn Aouda, Tiflet et Sidi Abderrazak), en vue de construire deux maisons secondaires et un centre d’événementiel. «Pour l’instant, nous sommes concentrés sur le rural, car les constructions en terre ne correspondent pas aux plans d’aménagement urbains. Nous sommes en train d’étudier des solutions avec le ministère de l’Habitat», précise Youness Ouazri, CEO.
Ecodome facture le m² fini à 2.100 DH HT «Le concept n’est pas encore connu au Maroc, mais le potentiel est là», relève le CEO. En attendant, la startup envisage de diversifier son offre, notamment en s’orientant vers des éco-constructions touristiques en zones rurales. Objectif: construire 1.000 m² par an.
L’équipe de gestion est composée de 4 ingénieurs, spécialisés en structures, électricité et fluides. 3 équipes d’ouvriers formés (une vingtaine au total) se relaient sur les chantiers.

 

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