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Fail management: Apprenez de votre échec!

Par Karim Agoumi | Edition N°:5113 Le 26/09/2017 | Partager
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Dans le monde des affaires, l’échec est souvent perçu comme une fatalité. Il est pourtant possible de sortir plus grandi et plus confiant d’une expérience qui s’est mal terminée. C’est le postulat particulièrement original du fail management, une méthodologie en ressources humaines qui considère toute situation professionnelle négative comme une opportunité vers le succès. Une démarche qui nécessite avant tout une bonne gestion de son état émotionnel ainsi qu’une remise en question de ses besoins professionnels pour pouvoir accroître à terme la productivité des équipes. Oubliez vos clichés sur les fondements de la réussite au travail et découvrez les nouvelles pratiques sur le sujet grâce à Ikhlass Ferrane, coach d’entreprise et consultante en management.

■ Une pratique pour mieux appréhender l’après-faillite
Le fail management est une approche d’accompagnement de l’échec apparue en entreprise dans les années 2000. Des chercheurs américains en économie et en gestion réalisaient à l’époque des études prouvant la relation entre les erreurs d’un individu et sa réussite. Quelques années plus tard, en 2008, le concept a vu le jour. Une méthode que l’on doit à Philippe Rambaud, ancien cadre à la tête de l’association «60.000 Rebonds» qui accompagne les chefs d’entreprise post-faillite.
L’avis du spécialiste: Concrètement, le management de l’échec permet de passer de la non-réussite vers le succès. Le salarié part ainsi d’une situation perçue comme négative pour s’orienter vers une ouverture professionnelle et un couronnement positif par nature. Cette nouvelle forme d’apprentissage consiste en une approche comportementale dite behavioriste, avant tout centrée sur les émotions.

■ Un moyen de s’ouvrir à de nouvelles vocations
Le management de l’échec est bénéfique pour les salariés. Cette démarche leur permet de mettre en évidence leurs erreurs passées et de s’assurer de ne plus les reproduire. La méthode leur permet également d’ouvrir la voie à de nouvelles vocations plus adaptées et ajustées à leurs besoins. Un moyen d’enrichir leur expérience professionnelle et de sortir de leur zone de sécurité, laquelle limite considérablement les opportunités de progresser.
L’avis du spécialiste: En Europe, les entrepreneurs en situation de faillite sont souvent sujets à la stigmatisation, au rejet et à la critique. Cette malveillance sociale s’explique aussi bien par une perception négative de l’échec qu’à une méconnaissance du rôle de ce dernier dans le tissu économique. Durant de nombreuses années, les success stories ont été mises en avant et félicitées. Aujourd’hui, c’est au tour de l’échec de susciter de l’intérêt.

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Pratique encore nouvelle au Maroc, le fail management consiste à gérer l’échec et en faire une force. Une démarche dont le succès repose avant tout sur une excellente gestion de ses émotions et sur une redéfinition de ses objectifs professionnels (Ph. PEN)

■ Une démarche en plusieurs étapes
Mettre en pratique le concept de fail management requiert dans un premier temps une bonne gestion de ses émotions. Le salarié doit en effet apprendre à dédramatiser et à conserver son professionnalisme en toute circonstance. Il faut donc qu’il garde son sang-froid et demeure respectueux tout en assurant la passation de ses dossiers jusqu’à son départ. Ainsi, toute émotion forte telle que la colère ou encore l’abattement doivent être contenus. L’étape suivante consiste à analyser la situation de manière objective. Il s’agit avant tout de se poser les bonnes questions et d’identifier ses faiblesses à travers un inventaire des pertes ou encore via l’intervention de spécialistes tels que des psychologues ou des coachs spécialisés. Un moyen de définir clairement sa part de responsabilité et d’éviter que l’échec ne se reproduise à nouveau. L’expérience peut également faire l’objet d’un benchmark au sein duquel le travailleur s’imprègne de témoignages et de la lecture d’ouvrages offrant des solutions concrètes et tangibles. L’employé doit ensuite définir ses nouveaux besoins professionnels. Une phase qui passe essentiellement par la réalisation d’un bilan de compétences complet et détaillé. Enfin, la dernière étape revient à passer à l’action  pour pouvoir aboutir aux nouveaux objectifs définis. Une étape cruciale qui intègre notamment des formations adaptées ainsi que la mise à jour du CV valorisant l’échec vécu par l’employé pour gagner en crédibilité.
L’avis du spécialiste: L’expérience d’échec est significative de passage vers de nouvelles voies. Il s’avère alors crucial de délimiter à nouveau ses besoins professionnels et de renouveler sa carrière. Le soutien d’un spécialiste de la question et la réalisation de bilans de compétences s’avèrent nécessaires. Il est également possible d’anticiper la faillite en prévoyant  à chaque démarrage professionnel plusieurs alternatives de secours.

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Ikhlass Ferrane est consultante en management et en communication. Egalement coach d’entreprise, elle gère le centre de formation et d’accompagnement training «I Progress», lequel guide entre autres des PME en situation d’échec ainsi que de grands groupes post-faillite (Ph. I.F.)

■ Un financement particulièrement difficile
La difficulté de se financer représente un obstacle de taille pour les entrepreneurs souhaitant rebondir après un échec. En effet, les banques n’acceptent pas toujours de financer leurs projets une seconde fois. La réussite après une situation de faillite peut également être freinée par le salarié. Lorsque ce dernier refuse le fruit de ses erreurs, ses possibilités et ses chances de progression deviennent  limitées.
L’avis du spécialiste: Lors de leur rebond, les salariés ayant essuyé un échec peuvent couramment rencontrer des difficultés financières. Les établissements de crédits et les banques perdent en effet confiance en ces entrepreneurs «déchus» et rejettent la plupart du temps leurs demandes de financement. Mais le problème peut également provenir de l’employé lui-même, notamment si ce dernier a eu honte de sa faillite. Il réagit alors en s’enfermant dans une zone de confort, laquelle peut contribuer à freiner son épanouissement.
■ Une méthode freinée par les jugements de la société
Le fail management est une pratique encore quasi absente dans les entreprises marocaines. Le jugement négatif que l’entourage renvoie au salarié rend l’approche réellement difficile à mettre en œuvre. Néanmoins, quelques grands groupes et une poignée de structures organisées commencent à faire appel à des centres spécialisés pour les accompagner à la suite d’un échec.
L’avis du spécialiste: Le management de l’échec n’est pas encore très présent au Maroc. La démarche bute en effet sur la relation négative qu’entretiennent les Marocains avec la situation de faillite. Aujourd’hui, notre société fait l’éloge de la réussite et dénie entièrement l’échec. Cela crée chez nos jeunes une véritable angoisse de la performance, les poussant à se faire aider par des spécialistes du domaine. Cependant, l’évolution des tendances managériales au sein du pays porte à croire que la démarche sera bientôt perçue comme bénéfique et comme une source réelle de créativité.

 

 

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