Chronique

Halte au terrorisme jihadiste!

Par Jawad KERDOUDI | Edition N°:5110 Le 20/09/2017 | Partager

Jawad Kerdoudi est président de l’Imri (Institut marocain des relations internationales) (Ph. JK) 

C’est un mois d’août  2017 particulièrement sanglant qu’a connu le monde avec pas moins de sept attentats terroristes. Après l’attaque de militaires à Levallois-Perret en France le 9 août, sont survenus les attentats spectaculaires de Barcelone le 17 août et de Cambrils le jour suivant. Bilan dramatique: 16 morts et 136 blessés. Se sont rajoutés, la Finlande (deux morts et huit blessés à Turku), Bruxelles et Londres. Sur la liste aussi, une attaque suicide le 28 août à Kaboul en Afghanistan (cinq morts) ou encore celle de Tiaret en Algérie (deux policiers morts) le 31 août.

1.600 combattants marocains en Irak et Syrie

Pour la plupart revendiqués par Daesh, ces attentats jihadistes (comme les appellent les médias) changent de visage: des terroristes de plus en plus jeunes, utilisant d’autres moyens, davantage d’armes blanches et de voitures-béliers faciles à se procurer. Après les attentats de Barcelone, une grande polémique a éclaté sur l’origine marocaine des terroristes. Les médias occidentaux les ont tout de suite qualifié de «terroristes marocains», occultant le fait que ces jeunes sont pour la plupart nés au Maroc, mais qu’ils l’ont quitté très jeunes, et ont été élevés et éduqués en Espagne.

Ceci doit cependant nous interpeller, du fait que nos autorités sécuritaires arrêtent périodiquement sur le sol marocain des candidats au terrorisme, et qu’ils ont dénombré 1.600 combattants marocains en 2016 en Irak et en Syrie. En fait, le terrorisme jihadiste est beaucoup plus global, puisque même des non-musulmans vont y combattre.

Triple échec

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Les causes du terrorisme jihadiste sont à rechercher dans un triple échec: éducationnel, économique et religieux. Sur le plan éducationnel, et à quelques rares exceptions, les jeunes qui se radicalisent ont reçu un enseignement étriqué, à travers des livres basés sur le fondamentalisme musulman, sans l’apport de la philosophie et de l’ouverture sur le monde extérieur. L’échec économique provient de l’incapacité de l’Etat et du secteur privé à offrir un emploi à ces jeunes, ce qui les pousse à l’oisiveté et à la précarité.

Sur le plan religieux,  il trouve ses racines dans la manipulation de certains imams salafistes n’ayant pas une véritable culture religieuse, et qui les pousse à la haine de tout ce qui n’est pas musulman. Pour les jeunes Maghrébins résidant en Europe, s’ajoute la grande frustration due au manque d’intégration dans leur société d’accueil. Les jeunes vivent le plus souvent dans des quartiers de banlieues ghettorisés, ont du mal à trouver un travail convenable qui leur permet de s’épanouir. Devenant ainsi les proies faciles de la propagande de Daesh à travers les réseaux sociaux.

Lutte sans merci

À l’heure de la mondialisation, le terrorisme s’est mondialisé lui aussi. Sa force de frappe est décuplée et la communauté internationale doit s’unir pour combattre ce fléau qui crée l’amalgame entre le jihadisme et l’Islam, religion d’ouverture et de tolérance. Pour de nombreux experts,  le terrorisme ne sera pas éliminé tant que les problèmes politiques, sociaux et économiques qui le nourrissent ne seront pas jugulés.

Le groupe Etat islamique est la première organisation terroriste à contrôler un territoire et à y avoir déployé un embryon d’Etat. Cela  lui donne ainsi une capacité d’action inédite. Pour cela, il faut reconquérir les territoires qui sont encore entre les mains de Daesh. Valeur aujourd’hui après la reprise de Mossoul en Irak et de Raqa en Syrie, la fin de «l’Etat islamique» est proche. Cela est une condition nécessaire mais non suffisante, car l’éradication de Daesh ne mettra pas fin au terrorisme jihadiste. Il faut en outre mener une lutte sans merci contre les jihadistes par un combat sécuritaire, idéologique et économique.

La clé du combat sécuritaire est le renseignement qui doit être partagé par toute la communauté internationale, et dans notre région entre l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Europe. Le combat idéologique consiste à mener une action résolue, notamment par les autorités religieuses et les grandes universités musulmanes, contre les thèses de Daesh.

«Qui est le grand sacrifié?»

Aujourd’hui, la priorité des priorités est de s’occuper sérieusement des jeunes. Il faut leur assurer une éducation de haut niveau, combattre les réseaux sociaux qui prônent la radicalisation, leur inculquer les valeurs de l’humanisme et de la tolérance. Le rôle des parents et de l’école est fondamental. Pour les jeunes étrangers vivant en Europe, il faut accentuer les efforts d’intégration à la société des pays d’accueil. C’est en substance ce qu’a déclaré dans un récent entretien le président français Emmanuel Macron: «qui est le plus grand sacrifié?: le jeune, peu qualifié, l’immigré ou le descendant d’immigré». En ce début du XXIe siècle, la priorité doit être accordée à la jeunesse pour ne pas hypothéquer l’avenir de l’humanité.

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