Economie

La CGEM liste ses urgences au gouvernement

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5110 Le 20/09/2017 | Partager
Crédits de TVA, délais de paiement, compétitivité, formation professionnelle
Trois heures de brainstorming entre le chef de gouvernement et le patronat
La Confédération patronale tient son bureau ce mercredi
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Saâdeddine El Othmani chef de gouvernement et Miriem Bensalah Chaqroun, présidente de la CGEM. Les deux parties ont convenu de réactiver la plateforme paritaire afin d’accélérer la mise en œuvre de dossiers urgents (Ph L’Economiste)

C’est un mini sommet qui a réuni hier mardi toute la matinée à Rabat, le chef de gouvernement et la CGEM. Signe de l’importance de ce rendez-vous, Saâdeddine El Othmani était entouré de plusieurs ministres: Mohamed Hassad (Education nationale et formation professionnelle), Mohamed Boussaid (Economie et Finances), Lahcen Daoudi (Affaires Générales et Gouvernance), Moulay Hafid Elalamy (Commerce, Industrie et Economie Numérique), Mohamed Yatim (Emploi), Mustapha Ramid (Droits de l’Homme), Larbi Bencheikh (secrétaire d’Etat chargé de la formation professionnelle).

Du côté de la CGEM, outre la présidente Miriem Bensalah Chaqroun, l’on notera la présence de présidents de commissions aux thématiques les plus sensibles: Ahmed Rahhou (Climat des affaires, PPP et accès à la commande publique) Abdelkader  Boukhriss (Fiscalité) et Hicham Zouanat (Commission sociale).

Ce rendez-vous avait pour but de réactiver la plateforme gouvernement/patronat, une structure qui n’avait fonctionné que par à-coups. Elle avait été déclinée en cinq comités thématiques, coprésidé chacun par un ministre et un représentant du patronat: International, Compétitivité, Climat des affaires, Travail et Formation professionnelle. Aujourd’hui, il s’agit de relancer la plateforme, d’autant que la priorité est à la mise en œuvre des observations déclinées dans le discours royal du 30 juillet dernier.

La rencontre a duré plus de trois heures. Des deux côtés, les chantiers en suspens ont été passés en revue. Reste à les traduire par des mesures concrètes. Une autre rencontre aura lieu prochainement pour arrêter les premiers dossiers sur lesquels va plancher la plateforme paritaire.

La CGEM réunira son bureau dès ce mercredi 20 septembre pour affiner ses priorités. Le document sera ensuite transmis au gouvernement qui s’est engagé à l’intégrer dans la feuille de route des cinq comités ad hoc. Les discussions ont porté notamment sur les problèmes liés à la formation professionnelle, l’emploi, la compétitivité, le climat des affaires… La question explosive des délais de paiement s’est naturellement invitée au débat. La CGEM a insisté sur la lourdeur de la procédure de remboursement des crédits de TVA qui met en danger la situation financière des entreprises (Voir notre édition du 17 septembre 2017). Le projet de loi de finances, le premier de ce gouvernement, fait également partie des axes de discussion.

La commission Fiscalité a déjà préparé une vingtaine de propositions dans le cadre du projet de loi de finances. «Si le gouvernement en accepte une seule, l’on doit s’estimer heureux», confie un membre de la Confédération patronale. «En tant qu’industriel, les problèmes liés à la compétitivité sont les plus importants. Ils concernent notamment la réglementation, la concurrence, la fiscalité qui pénalise les opérateurs locaux par rapport à la concurrence étrangère. Les nationaux doivent s’acquitter de droits de douane sur les intrants contrairement à leurs compétiteurs internationaux qui alimentent le marché local», explique Hakim Marrakchi, président de la commission CGEM International. Le renforcement de la compétitivité de l’entreprise passe également par la mobilisation du foncier à des prix compétitifs, le développement de nouveaux circuits de distribution à bas coût. Il s’agit également de consolider l’offre de produits marocaine.

Toujours au chapitre de l’équité, la CGEM n’a de cesse de réclamer des mesures contre les ravages de l’informel, qui prend plusieurs formes: la sous-facturation, la contrebande, l’utilisation des fausses factures, le recours au black, les marchands ambulants…  Autant de facteurs qui faussent le jeu de la concurrence et de la transparence et qui devraient pousser le gouvernement à créer un comité dédié. Abdelilah Benkirane avait annoncé le lancement d’une étude pour définir un plan de travail, mais celle-ci est restée au stade de vœu pieux.

Le droit du travail fait également partie des axes de discussions. Le patronat souhaite voir intégrer des mesures d’assouplissement dans le code du travail pour favoriser la création d’emplois. «La conception du droit actuel a été mise en place à une époque où le travail à vie était la règle. Or, à l’ère contemporaine, les métiers se font et se défont plus vite», observe un membre de la CGEM. Le code du travail doit tenir compte de la saisonnalité de certaines activités. La CGEM réclame également l’assouplissement du nombre d’heures supplémentaires de travail, plafonnées à 80 heures par an. Le patronat souhaite qu’il soit porté à 200 heures sans limite hebdomadaire. Ce qui permettrait de tenir compte de certaines activités saisonnières telles que l’agriculture, le textile, la logistique…

La loi sur la grève devra également faire son entrée dans l’agenda du gouvernement qui a enfin introduit un projet de législation dans le circuit d’adoption. Sur ce sujet, il faudra composer avec la détermination des syndicats.

 Des charges sociales déconnectées de la réalité

Pour la CGEM, le travail devient de moins en moins compétitif au Maroc en ce sens que, par exemple, les charges patronales sur le travail obèrent la compétitivité parce que ce sont souvent des charges de solidarité que ne paient que quelques entreprises. Ainsi, la population active inscrite régulièrement sur les registres de la CNSS est estimée à 3 millions de personnes, dont moins de 2 millions sont des cotisants à plein temps. Les autres étant des travailleurs saisonniers. Si l’on y ajoute les 700.000 fonctionnaires, la population qui alimente le système social au Maroc de manière régulière s’élève à moins de 3 millions de personnes alors qu’il y a près de 12 millions d’actifs.

 

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