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Analyse

Modèle énergétique: Le virage de l'interconnexion électrique

Par Nadia DREF | Edition N°:5109 Le 19/09/2017 | Partager
Le Maroc, un hub régional incontournable entre l’Europe et l’Afrique
Accélération du processus de mise en place d’un accord avec le Portugal
Bientôt de nouvelles liaisons, avec l’Espagne et la Mauritanie éventuellement
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L'interconnexion électrique entre le Maroc et l'Espagne, d’une capacité d’échange de 1.400 MW, constitue l'unique liaison sous-marine entre les deux continents et la seule et unique existante entre l'Europe et le Maghreb. Le Maroc est également interconnecté avec l’Algérie, avec une capacité d’échange de 1.200 MW. D’autres liaisons avec l’Espagne et la Mauritanie sont en cours d’étude (Source: Ministère de l’Energie)

Intégrer le système énergétique régional. Tel est le défi que s’est fixé le Maroc depuis une vingtaine d’années. Un bon bout de chemin a déjà été parcouru. Toutefois, d’autres chantiers devront être lancés pour gagner le pari de mettre en place une autoroute électrique entre l’Europe et l’Afrique subsaharienne via le Maroc. L’interconnexion électrique et la mise en place de gazoduc avec le Nigéria sont les fers de lance du Maroc qui est confronté à de nouveaux défis.

En matière d’interconnexion, le Maroc n’est pas à ses débuts. Depuis 1997, une liaison via un câble sous-marin relie le Royaume à l’Espagne. Mais où en sommes-nous actuellement? «Le Maroc poursuit son rôle actif pour accélérer l’intégration des marchés régionaux de l’énergie. Il s’active à renforcer ses interconnexions électriques avec ses voisins», tient à préciser Aziz Rabbah, ministre de l’Energie.

Pour la tutelle, «l’intégration des réseaux et des marchés électriques offre un cadre adéquat, non seulement pour le développement des échanges électriques, mais aussi pour la réduction des contraintes techniques d’intermittence des énergies renouvelables».Doté d’une capacité de production de 1.000 MW, le projet d'interconnexion électrique entre le Maroc et le Portugal avance bien.

Aziz Rabbah, invité par le secrétaire d'Etat chargé de l’Energie, du 14 au 15 septembre à Lisbonne, a pris part à une réunion ministérielle pour analyser les grandes lignes de cette feuille de route adoptée depuis 2015. Les deux responsables ont surtout échangé sur les meilleures approches pour renforcer les interconnexions énergétiques et l’intégration des marchés de l’électricité pour le développement des énergies propres.

Selon les données fournies par le département de l’Energie, l’étude de faisabilité, lancée en décembre dernier, est toujours en cours. La première phase a été bouclée tandis que les deux dernières étapes sont en cours d’achèvement. C’est le cabinet DNV.GL qui a été retenu suite à un appel d’offres international pour un montant de 185.000 euros (environ 2,2 millions de DH), supporté, à parts égales, par les deux parties. Le cabinet devra fournir une estimation sur la faisabilité technique d'un câble sous-marin, l'évaluation de son coût et de ses avantages, l’évaluation des risques potentiels ainsi que la préparation d’une procédure d'appel d’offres.

L’échéancier retenu par Rabbah et son homologue portugais devrait permettre la signature de l’accord de partenariat en 2018. Entre-temps, un comité, créé à cet effet, devra se concerter, entre novembre et janvier prochains, pour finaliser les termes du contrat. Côté marocain, seront mis à contribution le ministère de tutelle, Masen, ONEE, SIE, Iresen ainsi que l’Amee. Les deux ministres devront se réunir fin janvier 2018 pour discuter de la dernière mouture de l’accord de partenariat et fixer une date pour la signature. Cette nouvelle liaison permettra, non seulement l’augmentation des échanges électriques avec le Portugal, mais aussi avec le vieux continent.

Du côté de l’Espagne, une troisième ligne, d’une capacité additionnelle de 700 MW, est en cours d’étude. Elle devra s’ajouterau cumul installé de 1.400 MW en 2006. Depuis 2009, l’ONEE est le quatrième client du marché espagnol. Le lancement d’un autre projet d’interconnexion électrique avec les pays subsahariens via la Mauritanie est également dans le pipe.

La réflexion se poursuit sur la réalisation de ce chantier, annonce Rabbah. Comme première étape de ce méga-projet, une ligne Laâyoune-Dakhla est en cours de développement. Pour ce qui est de l’interconnexion avec l’Algérie, la capacité d’échange stagne depuis 2008 avec 1.200 MW. Depuis, aucune consolidation n’a été réalisée et aucune augmentation de capacité n’est annoncée à ce jour.

Rappelons que dans le cadre de la Déclaration commune entre l’Europe et le Maroc relative à l’échange de l’électricité (Sustainable Electricity Trade), signée à l’occasion de la COP22 à Marrakech, une réunion de démarrage a été présidée par le ministre début septembre à Rabat. Y ont pris pas part des représentants des signataires (Allemagne, France, Espagne, Portugal et Maroc) ainsi que ceux de la Commission européenne, de l’Union pour la Méditerranée et de la Banque mondiale, en tant qu’observateurs. A partir de là, une feuille de route a été présentée définissant les mécanismes de gouvernance, le plan de travail, les aspects techniques... Toutefois, cette stratégie nécessite la validation par les signataires de la Déclaration. La visite de Rabbah au Portugal a été également une occasion de relancer l’accélération de la validation par le Maroc et le Portugal de ladite feuille de route qui est un moyen efficient pour améliorer la sécurité d’approvisionnement.

«Aujourd’hui, la mise en place d’un marché énergétique régional à travers une intégration des réseaux suppose une réelle volonté politique. Ceci nécessite l’engagement de tous les pays concernés ainsi que la mobilisation des financements nécessaires pour réaliser de nouveaux investissements relatifs aux énergies renouvelables et aux infrastructures de transport et d’interconnexion énergétiques au niveau de la région», fait valoir Rachid Idrissi Kaitouni, président de la Fédération de l’Energie.

Pour rappel, le volume d’électricité importé par l’ONEE a progressé de 13,5% à fin juin dernier, selon les statistiques fournies par le ministère des Finances. Les échanges avec l’Algérie et l’Espagne ont atteint 3.172 GWh, soit 389 GWh de plus par rapport au 1er semestre 2016. 

Expertise portugaise

Le Maroc a déjà bénéficié de l’expertise portugaise en matière d’énergie. Le groupe Elevo, qui a été en charge de la réalisation de la station de traitement des eaux usées d’Alcantara, a aussi assuré la réhabilitation et l’extension de la station de la ville d'Al Hoceïma. Il a également opéré la mise en place de la station de Marrakech et de Nador. Au niveau de l’interconnexion électrique, le Maroc pourra profiter de l’expertise de la Redes Energéticas Nacionais (REN)  qui gère, depuis 1994, le réseau de transport électrique au Portugal. Cet opérateur gère 8.534 km de lignes de très haute tension (THT). Le stockage et le transport de gaz naturel liquéfié figure également dans son cahier des charges.

 

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