International

La Cnuced dénonce les rentes économiques

Par Amine SAHRANE | Edition N°:5107 Le 15/09/2017 | Partager
Les grandes capitalisations sont devenues une source omniprésente d’inégalité
Des gains privés qui surpassent démesurément les bienfaits pour la société
Hyper financiarisation certes, mais plus de spéculation aussi
cnuced_007.jpg

Les entreprises gagnent beaucoup plus qu’elles ne le devraient, créant ainsi plus d’inégalités

Les Hommes doivent passer avant les profits. C’est ce que plaide la Cnuced dans son rapport publié jeudi 14 septembre intitulé «commerce et développement 2017». L’institution a livré une analyse sur l’évolution de la situation de l’économie mondiale depuis les années 1980. Cette période a été marquée par le développement d’un «culte des profits».  Non seulement l’ensemble de la vie économique a été concernée, mais aussi les domaines social, culturel et politique.

Les Etats se sont désengagés de la surveillance et de la gestion de l’économie. Cette «hypermondialisation» a été supportée par l’argumentaire de la stabilisation des marchés par la concurrence. En pratique cette situation servait surtout l’intérêt financier, ce qui a contribué à un hyper développement de la finance toujours vers plus de spéculation. Une évolution qui a abouti à la crise de 2007 depuis laquelle le monde commence juste à reprendre son souffle.

Les dernières décennies ont été également marquées par «l’explosion de la dette publique et privée et l’essor des super-élites, que l’on peut définir sommairement comme le centile le plus riche de la population». Dans ces conditions, les inégalités ont un caractère indissociable du fonctionnement de l’hypermondialisation.

L’écart entre la population aux revenus les plus élevés et celle aux revenus les plus faibles s’est creusé dans deux pays sur trois après la crise. Le rapport relève également que le secteur financier tend à produire d’énormes gains privés qui surpassent démesurément ses bienfaits pour la société. Les mesures de sauvetage qui viennent après les crises ne font que détériorer la répartition du revenu, car elles affaiblissent durablement la demande globale et l’emploi. Des inégalités sont également observées quant à la responsabilité face aux crises financières.

Alors que les périodes d’expansion profitent aux personnes aux revenus les plus élevés, les conséquences des crises sont supportées par le secteur public et répercutées sur l’économie nationale. Les secteurs particulièrement vulnérables sont les premiers à être touchés. En revanche, les conglomérats financiers et industriels sont souvent sauvés en premier.

De leur côté, les sociétés non financières sont devenues «expertes à manier les stratégies de recherche de rente (revenus tirés uniquement du contrôle d’actifs ou d’une position dominante sur un marché) pour augmenter leurs bénéfices». Par conséquent, elles deviennent une source d’inégalité omniprésente. Cette situation est en écart avec l’objectif principal de l’entreprise, qui est l’exercice d’une activité entrepreneuriale novatrice ou de l’utilisation productive d’une ressource rare.

Ces rentes peuvent s’exercer sous la forme d’une utilisation systématique de la propriété intellectuelle dans l’objectif de décourager la concurrence. On peut par exemple citer le cas des géants technologiques tels que Microsoft, Google ou Facebook, dévorant et décourageant toute concurrence. Ou encore, «le pillage du secteur public», notamment sous la forme de privatisations à grande échelle. Sans oublier les pratiques «quasi frauduleuses» comme l’évasion fiscale.

Dans une tentative de mesure de l’ampleur de cette rente, la Cnuced estime, pour chaque secteur, les profits excédentaires qui s’écartent des bénéfices ordinaires. Elle constate que les «superbénéfices» ont nettement augmenté lors des deux dernières décennies. Ils passent de 4% des bénéfices totaux pendant la période de 1995-2000 à 23% pendant la période 2009-2015. Cette proportion est passée de 16% à 40% dans les cas des 100 premières entreprises.

Le souci du renforcement de l’emprise sur les marchés est aussi de plus en plus présent. Le rapport relève une tendance à la concentration en particulier sur les marchés des pays développés. «La concentration du marché et l’obtention des rentes peuvent s’alimenter mutuellement», précise la Cnuced. En 2015, la capitalisation boursière moyenne des 100 premières entreprises a été 7.000 fois supérieure à celle des 2.000 dernières des classements, alors qu’elle n’était que 31 fois plus élevée en 1995.

La robotisation et les enseignements de la révolution industrielle

Plusieurs inquiétudes planent sur le développement technologique et la montée du chômage. Les avantages des nouvelles technologies finissent cependant souvent par l’emporter sur leurs inconvénients. Il est incontestable que les percées technologiques comme le moteur à vapeur, l’électricité, l’automobile et la chaîne de montage ont causé de nombreuses pertes d’emploi, ainsi qu’une baisse de revenus dans certains secteurs économiques et groupes sociaux. Ce bouleversement n’a cependant concerné que le court terme. Ces effets négatifs ont été compensés une fois que les avantages de l’innovation se sont propagés d’un secteur à l’autre. Ces innovations ont fini par bénéficier à l’ensemble des économies lorsque les travailleurs ont pu se réorienter vers des emplois nouveaux et mieux rémunérés.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc