Dossier Spécial

Paroles de recruteurs/ Aéronautique: Des profils souvent surdimensionnés

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5106 Le 14/09/2017 | Partager
Besoin de plus de technico-ingénieurs
Et de compétences mieux adaptées à la réalité industrielle
karim_cheikh_006.jpg

Karim Cheikh, président du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (Gimas): «Il y a urgence à ce que les universités et écoles d’ingénieurs impliquent les industriels à l’élaboration de leurs programmes» (Ph. L’Economiste)

- L’Economiste: Les entreprises de l’aéronautique trouvent-elles facilement des profils d’ingénieurs sur le marché?
- Karim Cheikh:
Dans le cadre du Plan d’accélération industrielle, nous avons mis un point d’honneur, avec le ministère de l’Industrie, à créer l’écosystème Ingénierie, et l’ériger comme base transverse aux autres écosystèmes. A savoir, l’Assemblage, l’EWIS (Electronic, Wiring, Interconnected Systems) et le MRO (Maintenance, Repair, Overhaul). Les entreprises aéronautiques n’ont globalement pas de mal à trouver des ingénieurs qui répondent à leurs attentes, d’autant plus que le secteur ne sollicite pas une spécificité particulière. Les profils recrutés sont amenés à acquérir les compétences spécifiques au secteur après leur intégration. Ils sont généralement opérationnels au bout de quelques mois. Néanmoins, les écoles devraient intégrer plus d’applications industrielles dans leur cursus. De même qu’une connaissance du secteur, de ses exigences, des standards de sécurité et de la rigueur qui sont de mise pour nos métiers.  Les lauréats des écoles marocaines d’ingénieurs ont un potentiel indéniable. Il reste à développer des compétences techniques mieux adaptées à la réalité industrielle, ainsi que des capacités de gestion de projets et des soft-skills qui leur font souvent défaut.
    
- Quels aspects sont à rajouter à leur cursus?  
- Il y a nécessité, et même urgence, à ce que les universités et écoles d’ingénieurs élaborent certains programmes avec les industriels. Nous avons entamé un travail au sein de notre fédération pour cartographier les savoir-faire existants, ainsi que les besoins des industriels en ingénierie. Nous sommes aujourd’hui en mesure d’établir des partenariats avec les instituts de formation et les écoles d’ingénieurs. Il existe un défi stratégique à relever. Nous constatons que ces profils sont souvent surdimensionnés par rapport aux besoins réels de l’industrie. Je citerai, à titre d’exemple, le manque de technico-ingénieurs capables de maîtriser la CAO (Conception assistée par ordinateur), la simulation, le prototypage, les essais et tests… Aujourd’hui, toutes les filières manquent de profils pour le middle-management.  

- Il vous faudrait donc plus de fantassins et moins de généraux…
- Les grandes écoles historiques, telles que l’EMI, l’EHTP ou l’ENSEM, offrent un grand potentiel pour le développement d’une base d’ingénierie forte. Sous réserve d’adapter la formation aux besoins des entreprises, ou aux bureaux d’études souhaitant s’implanter au Maroc. Les facultés des sciences et techniques (FST) et les Ecoles nationales de sciences appliquées (ENSA) ont plus d’agilité sur les profils techniques.
Le secteur privé, pour sa part, offre des profils avec de la flexibilité, une bonne connaissance sectorielle et des soft-skills plus développés.
En termes de potentiel, tous ces instituts représentent un intérêt majeur pour nous.
Propos recueillis par Ahlam NAZIH

                                                                         

Electricité, électronique: Revoir le comportemental

 

Non, il ne suffit pas d’être bon en mathématiques et en sciences pour être ingénieur. D’autres qualités doivent absolument être développées pour réussir sa carrière. «Pour qu’une personne soit efficace professionnellement, elle a besoin de trois composantes: d’intelligence, sachant que l’intelligence est la capacité à se faire une place dans son environnement, de connaissances scientifiques et d’aptitudes comportementales», estime Azelarab El Harti, président de l’Association nationale d’électricité, électronique et énergies renouvelables (Fenelec).

«Les grandes écoles dans le monde font une pondération entre les trois, et consacrent 50 à 70% de la formation au comportemental. Ce n’est malheureusement pas le cas chez nous», poursuit-il. En effet, les soft skills de manière générale restent marginaux dans la formation offerte.

Selon le président de la Fenelec, dans le comportement, l’on peut mettre plusieurs qualités. Dont l’ambition, l’engagement, la rigueur, le partage, la soif du savoir, l’humilité, l’abnégation… A ses yeux, la formation d’ingénieurs devrait réserver un maximum de 50% aux apprentissages techniques. «Il faudrait offrir aux élèves ingénieurs une année de formation comportementale et managériale.

Et leur apprendre à réfléchir, analyser et être responsable», insiste El Harti. Sans oublier la communication orale et écrite. Même après plusieurs années d’exercice, certains ingénieurs n’arrivent pas à rédiger correctement des rapports ou même des emails. Dans l’automobile, certains groupes imposent à leurs nouvelles recrues des stages de «reconditionnement» pour parer à leurs lacunes.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc