Economie

Tourisme: «Les 100 premiers jours» de Mohamed Sajid

Par Nadia DREF | Edition N°:5103 Le 11/09/2017 | Partager
mohamed_sajid_003.jpg

Mohamed Sajid, ministre du Tourisme: «Les informations terrains remontées récemment ne font pas état d’annulations des réservations ou de voyages dans notre pays, suite aux atroces attentats de Barcelone que nous condamnons avec vigueur» (Ph. L'Economiste)

Mohamed Sajid promet de redonner un nouvel élan au secteur. Pas question de réviser la «Vision 2020», qu'il s'agit simplement de «réajuster». Loi de finances, promotion, controverse autour de l'étude commanditée par Lamia Boutaleb... le ministre du Tourisme et du Transport aérien passe en revue les dossiers chauds.

L’Economiste: Comment évaluez-vous la saison 2017? et à quoi attribuez-vous le gap entre les indicateurs globaux du secteur  et la situation difficile que vivent les hôteliers?
- Mohamed Sajid: Le secteur réalise des performances très positives depuis le début de l’année. Nous enregistrons des croissances à deux chiffres pour les nuitées qui sont à +17% à fin juillet 2017. Les arrivées aux postes frontières, qui sont tirées essentiellement par les touristes étrangers de séjour (+13%), ont progressé de +8% tandis que les recettes voyages sont également en progression de +4,3% avec  34,4 milliards de DH. Le taux d’occupation des établissements d’hébergement touristique s’établit ainsi à 41% en croissance de 4 points par rapport à 2016. Ces bonnes performances devraient insuffler une dynamique sur laquelle nous capitalisons avec les professionnels pour finir l’année sur des réalisations positives et une conjoncture favorable. Le but est de redonner au secteur un nouvel élan via des actions concrètes qui permettront à la fois de booster la rentabilité de nos destinations ainsi que leur attractivité pour les touristes et les investisseurs.

- Nous avons l’impression que le lien de confiance entre les opérateurs et le département s’est rompu. Que se passe-t-il?
- Le tourisme est l’un des premiers secteurs à avoir instauré une logique de pilotage public-privé de sa stratégie sectorielle. Depuis notre arrivée au gouvernement, nous œuvrons pour créer le maximum de synergies entre les différentes parties prenantes publiques et privées. Nous travaillons main dans la main, dans un cadre de confiance mutuelle, avec le secteur privé que nous considérons comme un partenaire incontournable. Nous avons convenu ensemble d’un échéancier de travail et d’un mode de concertation pour notre feuille de route conjointe. Plusieurs réunions ont eu lieu et d’autres sont prévues prochainement.

- Quelles actions avez-vous entrepris pour limiter les conséquences des attentats de Barcelone?
- Nous avons mis en place, depuis quelques années, un dispositif de veille et de monitoring dont le rôle est  d’anticiper et de suivre l’image perçue de la destination du Maroc dans les principaux marchés émetteurs. Ces éléments d’informations nous permettent de mieux orienter et adapter nos efforts de promotion et de communication afin de faire valoir les atouts de stabilité et sécurité de notre pays et de mettre en avant nos valeurs de tolérance, d’ouverture et de paix.
Par ailleurs, nous tenons à préciser que grâce aux efforts déployés, le Maroc est reconnu en tant que destination touristique sûre. Ce constat est confirmé par les consignes aux voyageurs «travel advice» émises par les différents services des principaux marchés émetteurs qui positionnent le Maroc comme une destination où leurs ressortissants peuvent voyager en toute quiétude.
Les informations terrains remontées récemment ne font pas état d’annulations des réservations ou de voyages dans notre pays, suite aux atroces attentats de Barcelone que nous condamnons avec vigueur.

- Quels réaménagements comptez-vous apporter à la «Vision 2020»? Les professionnels disent qu’il faut d’abord l’appliquer et l’évaluer avant de la modifier.
- Tout d’abord, nous tenons à préciser qu’il n’a jamais été question de remettre en cause la Vision 2020, qui reste notre stratégie nationale pour le développement du secteur. Bien entendu, ce cadre de référence, comme toute stratégie, se doit de rester dynamique et s’adapter aux contextes et évolutions de l’environnement. Nous savons tous que depuis son adoption en 2010, la mise en œuvre de cette vision s’est heurtée à plusieurs contraintes et à un contexte international compliqué sans compter les bouleversements intrinsèques au secteur qui ont affecté les modes de consommation et les tendances au niveau des produits.
 Cette situation nous impose, tout en restant dans le cadre de la Vision 2020, d’identifier les points de rupture nécessaires et de mettre en place un plan pragmatique et réaliste pour relancer le secteur articulé notamment autour de la dynamisation des investissements touristiques, la densification de la connectivité aérienne, la mise à niveau de la gouvernance du secteur et le développement du capital humain.
Notre ambition est de redonner à ce secteur, qui demeure, rappelons-le, un secteur-clé de l’économie marocaine avec 7% du PIB, 2,5 millions d’emplois directs et indirects et plus de 64 milliards de DH de recettes en devises, la place qui lui revient dans le développement économique et social de notre pays ainsi que la mobilisation collective nécessaire à son développement au vu de sa transversalité.

- Quelles sont les propositions pour la loi de finances 2018? Comptez-vous renforcer les moyens de promotion?
- Afin de pouvoir implémenter d’une manière effective le plan de relance qui sera mis en place, les moyens et ressources mis à la disposition du secteur devront faire l’objet de discussions entre les partenaires publics et privés concernés. Ainsi, des ruptures doivent être opérées notamment en ce qui concerne l’augmentation du budget de promotion afin de pouvoir densifier la connectivité aérienne des destinations touristiques marocaines et renforcer les campagnes de promotion et de communication au niveau des marchés émetteurs.
Ces ruptures doivent également porter sur la mise en place d’un dispositif pour encourager et fluidifier les investissements touristiques à travers une panoplie de mesures fiscales et budgétaires qui seront rendues publiques le moment venu.
Finalement, il sera également question d’inscrire pleinement le secteur dans le processus de régionalisation avancée notamment en adaptant et mettant à niveau les structures de gouvernance locales et en accompagnant d’une manière efficiente et pragmatique les régions qui jouent un rôle de plus en plus important dans le développement touristique de leurs territoires respectifs.

- En commanditant une nouvelle étude, votre secrétaire d'Etat a alimenté une polémique, sur fond de soupçon de collusions politiques avec le RNI, autour des conditions d'attribution de ce marché. Quelle est votre position par rapport à cette affaire?
- Je voudrais préciser qu’il n’y a eu aucun marché attribué par le ministère à un quelconque cabinet sur le sujet évoqué. En revanche, et tel que précisé précédemment, nous faisons face aujourd’hui à une multitude d’enjeux et de défis qu’il est impératif de relever avec l’efficience et le pragmatisme nécessaires. Dans ce sens, le département du Tourisme, de manière concertée et réfléchie, a décidé de mobiliser toutes les forces vives, internes et externes, et les expertises nationales et internationales pour l’accompagner dans l’élaboration d’un plan de relance du secteur qui soit à la hauteur des attentes de l’ensemble des acteurs. Pour ce faire, nous avons entamé des consultations avec plusieurs cabinets de consultants et experts reconnus pour leur maîtrise du secteur afin d’apporter les réponses nécessaires aux problématiques susmentionnées.
Nous pensons ainsi que cette polémique n’a pas lieu d’être,  dans la mesure où aucun contrat n’a été signé avec un quelconque prestataire. Nous tenons toutefois à préciser que nous avons la ferme volonté de poursuivre notre démarche mobilisatrice dans la sérénité, et bien évidemment dans le respect des règles et procédures en vigueur, afin de permettre à ce secteur de disposer de l’ensemble des outils nécessaires à sa relance.

Propos recueillis par
Nadia DREF

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc