Economie

Les banques souffrent de leur mauvaise communication

Par Franck FAGNON | Edition N°:5101 Le 07/09/2017 | Partager
La conjoncture et la concurrence affectent les performances
Mais la profession garde une image peu reluisante aux yeux du grand public
Des économistes à Bank Al-Maghrib analysent la concurrence dans le secteur
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La conjoncture et la compétition dans le secteur ont contribué à la baisse des taux d'intérêt. Elle s'est accentuée sur les deux dernières années. Toutefois, la détente ne profite pas à tout le monde

Principaux bailleurs de fonds de l'économie (plus de 650 milliards de DH de crédits aux entreprises, professionnels et ménages), les banques ne jouissent pas toujours d'une belle cote auprès du grand public. Les critiques sont nombreuses, notamment sur le manque de compétition entre les établissements.

Quatre ans après la dernière étude sur la concurrence dans le secteur, les travaux de deux économistes chercheurs (Sara Benazzi et Imane Rouiessi) à Bank Al-Maghrib sur le même sujet aboutissent à des conclusions similaires. Selon le modèle de Panzar et Rosse, «le secteur affiche une concurrence monopolistique, à l'instar de plusieurs pays développés et émergents», concluent les auteurs de l'étude. C'est une configuration de marché dans laquelle les entreprises, grâce à leur stratégie, cherchent à bénéficier d'une position commerciale similaire au monopole.

Avec 19 acteurs dont 8 pèsent 90% du total bilan du secteur, le marché est relativement concentré. Cela n'est pas forcément anti-concurrence. Mais la facilité d'entrée de nouveaux acteurs dans le secteur pour concourir avec les opérateurs existants peut la renforcer. Les conditions d'accès sont connues. Le capital minimum de 200 millions de DH exigé pour l'exercice de l'activité bancaire est proche de la moyenne dans la région Mena. Le nombre de documents requis se situe également dans la moyenne mondiale. Toutefois, pour des acteurs qui veulent se positionner sur un marché précis couvert par les banques, la réglementation peut être dissuasive. C'était le cas à un moment pour les services de paiement.

Le statut d'intermédiaire en opérations bancaires était jugé contraignant pour développer cette activité. Depuis, la réglementation a évolué. Aujourd'hui, le statut d'établissement de paiement permet d'éliminer certaines barrières et de permettre à des acteurs comme les opérateurs télécoms de développer une offre bancaire basique sans obligatoirement s'allier à une banque. De toute évidence, le secteur ne va pas échapper à la révolution en cours à l'international avec l'émergence de nouveaux acteurs, les fintechs qui viennent bousculer les banques. Il faudra que le régulateur s'adapte aussi à ces mutations.  Par ailleurs, l'avénement des banques participatives devrait stimuler la concurrence.

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La rentabilité des banques est sur une tendance baissière depuis la crise financière de 2008. Le retour sur capitaux propres a encore baissé en 2016 pour s'établir à 8,6%

En attendant, elle s'est renforcée depuis la crise financière de 2008, relèvent les auteurs de l'étude. Elle s'est accentuée ces deux dernières années avec le ralentissement du crédit. Le taux de rendement des crédits a baissé de 0,51 point en deux ans à 5% en 2016. Ceci dit, la détente du coût de financement ne profite pas à tout le monde. Aujourd'hui, la conjoncture, la concurrence et la maturation des clients affectent les performances des banques. La rentabilité financière sectorielle a sensiblement diminué pour s'établir à 8,6% à fin 2016, proche des niveaux observés sur des marchés matures. Pour les banques françaises par exemple, le rendement du capital investi était de 6,5%.

Mais si le secteur continue à avoir une image mitigée, il le doit en grande partie au déficit de communication et au manque de transparence. Les banques gagneraient à rendre plus lisibles et comparatifs leurs tarifs. Par ailleurs, la fermeture de compte est jusqu'ici l'une des principales sources de conflits entre les banques et leurs clients, ce qui contribue à écorner leur image. Le dispositif de mobilité bancaire opérationnel depuis cette année permet de migrer sans difficulté.

La banque d'accueil pourra même se charger des démarches de transfert. Le dispositif est pour l'instant limité puisqu'il ne concerne que les comptes auxquels ne sont pas adossés les crédits ou des produits d'épargne. Mais il est amené à évoluer. Cependant, les banques communiquent peu autour. L'absence d'un site internet du Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) est le signe que le secteur a encore des efforts à fournir en matière de communication.

 

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