Régions

Fès-Zones industrielles: Une vitrine d’entreprises en faillite!

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5097 Le 31/08/2017 | Partager
Histoire d’un fiasco
Le même scénario se répète depuis les années 50
Des quartiers mal pensés et victimes de spéculation
fes-zones-industrielles97.gif

Les ZI de la ville de Fès souffrent des mêmes difficultés. A Doukkarat, comme à Sidi Brahim et Bensouda, les vestiges des entreprises en liquidation sont visibles (Ph. Y.S.A.)

Aménager des quartiers industriels se retrouvant rapidement au milieu du centre urbain, et reproduisant les mêmes erreurs à l’infini. C’est l’histoire des Zones industrielles (ZI) de Fès. Il suffit de faire le tour de ces espaces pour s’en rendre compte. A se demander quelle est l’utilité de la commission technique provinciale chargée de l’attribution des lots industriels…

Doukkarat, le plus ancien quartier industriel de Fès remonte aux années 1950. Il constitue aujourd’hui une véritable plaie au centre de la ville. La ZI historique a contribué à la disparition, ô combien dramatique de la rivière Oued Fès, à cause des rejets polluants des entreprises.

Le désordre régnant dans ce quartier en termes d’aménagement a poussé la majorité des entreprises à s’approprier les passages et les séparations entre les lots. «C’est devenu un objet de convoitise. Certains  veulent l’aménager en complexe d’habitations, en offrant en contrepartie des lots gracieusement aux entreprises dans d’autres quartiers. Tandis que certaines entreprises propriétaires entendent profiter de l’opportunité pour se convertir elles-mêmes dans la promotion immobilière», indique Abdou Jouahri, économiste et ancien chef d’entreprise (Somagaz).

Aujourd’hui, Doukkarat, devenu une vitrine d’exposition des entreprises en liquidation judiciaire, est à moitié fermé. De l’autre côté de la ville, les deux quartiers de Sidi Brahim sont l’illustration parfaite de la mauvaise gouvernance du territoire. Ils sont situés dans une agglomération explosive, réunissant un bidonville (Aouinat El Hajjaj), un grand campus universitaire, une caserne militaire et des entreprises en ébullition syndicale. Les revendications ouvrières y coïncident souvent avec des troubles à l’université.

Ces deux quartiers comptent toujours des lots non aménagés. Ils ne répondent à aucune logique, ni en termes d’aménagement du territoire, ni en matière de sécurité, et sont en dégradation continue. A ce titre, un des quartiers abrite l’illustration parfaite de l’échec de «l’industrie administrative», les vestiges de l’ancien fleuron de l’industrie du textile de Fès, la société Cotef. L’entreprise a laissé derrière elle un patrimoine foncier et des équipements considérables qui se trouvent dans le collimateur des prédateurs de tout bord.

fes-zones-industrielles-2-97.gif

Pour leur part, les quartiers de Bensouda, fief de la contestation syndicale et politique, peu sécurisés, construits hâtivement sans soucis des lois et des normes architecturales, sont entourés d’habitations. Ils abritent un mélange d’activités hétéroclites difficiles à identifier, cachées derrière de grandes murailles et d’immenses portails en acier.
A l’instar de Sidi Brahim, ces sites contiennent des lots non conformes aux cahiers des charges. «Ces ZI ont fait l’objet de spéculations, en l’absence d’un contrôle administratif», déplore Jouahri.

Enfin, le plus récent quartier industriel de Aïn Chkef. Inauguré par le Roi (en 2004), qui avait personnellement remis les lots aux investisseurs, ce quartier aménagé à la limite de la sortie de Fès, vers l’autoroute en direction de Meknès, devait être un modèle de ZI nouvelle génération. Sauf qu’il est en train de virer vers les mêmes problèmes, notamment en matière de respect des clauses du cahier des charges.  
Pour les opérateurs, il est nécessaire de créer une agence de gestion des quartiers industriels. En attendant, le Conseil de la région a initié deux études relatives au programme de développement régional, et à la mise en place d’un observatoire régional de l’entrepreneuriat et de l’innovation.

Quel avenir pour Fès Shore?

Lancé en grande pompe en 2009, le site Fès shore doit faire l’objet d’une attention toute particulière. Se voulant un vivier de startups, cette plateforme doit focaliser l’intérêt des institutionnels, associations professionnelles,  politiques, et surtout, de l’université Allal Ben Abdellah. Cela lui permettra de prendre une dimension plus large, et de tenir toutes ses promesses. Son état actuel, en termes d’occupation, laisse à douter de son devenir. Pour Hamza Benabdallah, représentant la Chambre de commerce d’industrie et de service (CCIS Fès-Meknès), «il est inutile, voire hasardeux, de vouloir relancer l’investissement juste par la multiplication des sites industriels, qui se transforment, spéculation oblige, en projets immobiliers». «Un quartier industriel est une projection réfléchie, où la prévision de l’aménagement territorial est prioritaire. Lequel aménagement doit tenir compte de plusieurs prérogatives, notamment la bonne gouvernance», ajoute le jeune élu de la Chambre.

De notre correspondant,
Youness SAAD ALAMI

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc