Enquête

Tourisme dans le Nord/Tanger migre vers le segment d’affaires

Par Ali ABJIOU | Edition N°:5093 Le 25/08/2017 | Partager
La ville profite de son industrialisation
L’aérien s’améliore, mais l’offre reste insuffisante
Manque de structures pour les congrès et expositions
mustapha_boucetta_093.jpg

Pour Mustapha Boucetta, président du Conseil régional du tourisme de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, le tourisme d’affaires est une véritable bouée de sauvetage pour le secteur. Mais il faudra plus d’infrastructures et de connexions aériennes (Ph. Adam)

- L’Economiste: Tanger se positionne désormais sur le tourisme d’affaires. Comment s’est opérée cette évolution?
- Mustapha Boucetta:
Tanger a bel et bien changé de profil. Son industrialisation est en bonne voie, ce qui ne manque pas d’influencer les arrivées pour le tourisme d’affaires. Le secteur n’a pas eu à prendre des mesures drastiques afin de s’adapter à ce changement. Une grande partie des établissements d’hébergements 5 étoiles, 4 et même 3 étoiles sont équipés pour accueillir ce type de tourisme. Il n’empêche que notre destination manque toujours d’un palais des congrès et d’expositions. Le segment restera donc toujours limité, tant que l’infrastructure nécessaire pour accueillir de grands évènements n’est pas construite.

- Quel est le bilan des six premiers mois de l’année?
- Ce premier semestre annonce une sortie de crise. Les arrivées touristiques à la province de Tanger ont progressé de 33% jusqu’à fin mai, pour atteindre 239.500 touristes, contre 31% pour les nuitées qui se sont situées à 452.000. Dans la province de Tétouan, les arrivées se sont élevées à 56.000 et les nuitées à 104.000. A Chefchaouen, ce sont 19.000 arrivées et 25.000 nuitées qui ont été enregistrées. Pour Al Hoceïma, nous ne recevons malheureusement aucun chiffre, un effort reste à faire dans ce sens.

- Cette embellie pourrait-elle se poursuivre après les récents attentats?
- Ces dernières années, nous avons été témoins d’attentats terroristes qui ont touché plusieurs pays. L’impact sur le tourisme s’est fait remarquer dans plusieurs pays, y compris musulmans. Ce fut, par exemple, le cas des attentats survenus au Royaume-Uni et en Belgique. Le Maroc n’en est pas sorti indemne. Le récent attentat de Barcelone risque d’avoir des retombées négatives, c’est sûr. Mais cela restera assez mitigé et conjoncturel. Une fois que les médias cesseront d’en parler, les choses rentreront dans l’ordre. D’ailleurs, nous n’avons senti pour l’instant aucun effet, il n’y a pas eu des annulations, ni des réservations, ni des vols.

- Qu’en est-il des connexions aériennes?
- Nous sommes ravis de constater une augmentation des liaisons à partir de certains de nos plus importants marchés, tels que l’Espagne et la France. Il convient de saluer l’effort de l’Office national marocain du tourisme à ce propos. Cela dit, il faudrait que les connexions aériennes continuent d’augmenter, afin d’accompagner les arrivées touristiques dont la progression a dépassé 30% jusqu’en mai. Les liaisons aériennes internes sont tout aussi importantes. Nous avons pris note des nouvelles lignes intérieures opérées par Air Arabia, et nous espérons que ceci permettra une plus grande flexibilité, et une augmentation des flux. Nous saluons aussi la mise en service du vol Tanger-Al Hoceïma par RAM, et espérons assister à la mise en service prochaine du vol Tanger-Marrakech.

- Le CRT s’est toujours plaint du manque de moyens. Qu’en est-il de vos relations avec l’ONMT et le Conseil de la région?
- Nous entretenons une collaboration fructueuse avec l’ONMT en ce qui concerne la promotion de la région. Nos actions conjointes font l’objet d’une convention annuelle. Cette dernière concerne les différents projets qui doivent être menés chaque année: RP, participation aux salons, voyages de familiarisation, campagnes publicitaires, création d’outils de promotion, évènements… Notre convention avec la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma vient d’être votée le 4 juillet 2017. Elle ne prendra malheureusement effet qu’en 2018 pour une durée de 3 ans, jusqu’en 2020. Avec l’Agence pour la promotion et le développement du Nord, nous travaillons par projet.
Nous allons vers eux avec à chaque fois une proposition d’action que nous souhaitons mener dans la région, afin d’étudier les possibilités de soutien. Par contre, notre convention avec la ville de Tanger est bloquée en raison des problèmes financiers que connaît la mairie. Enfin, aucune convention de partenariat ne nous lie aux autres communes de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, certainement par manque d’intérêt pour le développement touristique.

Une meilleure présence sur le virtuel

Pour le CRT, l’année 2017 a été celle du digital par excellence, d’abord avec le lancement d’un nouveau plan de développement touristique de la région réparti en deux segments principaux: Expériences et Destinations. Les touristes qui ne connaissent pas la région peuvent ainsi aller à la quête de sensations dans la partie «Expériences». Pour les plus habitués, le volet «Destinations» les guide dans les différentes villes de la région.
Le CRT a par la suite travaillé sur un contenu digital, portail web, réseaux sociaux et multimédia, surtout en termes de photos et de vidéos relatives aux 8 villes destinations touristiques. «Nous avons mis en place une carte qui indique les lieux les plus fréquentés, avec la possibilité d’utiliser la géolocalisation et le géo-réferencement pour s’y rendre» indique Boucetta.
La région a, en outre, accentué sa présence sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, Twitter, Instagram et Youtube. Une documentation riche, à télécharger directement sur le site web, a été mise à la disposition des visiteurs. «Dans les mois à venir, nous commencerons à développer des bots animés, en vue d’interagir avec les visiteurs en plusieurs langues, et leur fournir les réponses adéquates à toutes leurs questions», continue Boucetta.

Le parc hôtelier se développe

«Le parc hôtelier de la région est dans une constante rénovation afin de recevoir nos visiteurs dans les meilleures conditions», assure Boucetta. De nouvelles ouvertures d’unités viennent étoffer l’offre d’hébergement: le nouveau Hilton Tanger City Center Hôtels & Résidences a ouvert ses portes en juin dernier. Le Lixus Beach Resort, un établissement tout inclus, a reçu, pour sa part, ses premiers clients le 1er août 2017. Il s’agit du premier hôtel opérationnel sur la station Lixus. Le tourisme durable, rural, actif et de parcs nationaux offre une grande variété de voyages de découverte. Les provinces de Chefchaouen, Larache et Al Hoceïma sont les principales villes concernées. «Ce tourisme est une chance pour les habitants», note-t-on auprès du CRT. En ce qui concerne les croisières, avec la fin des travaux du port de Tanger-ville, il est à espérer que ce tourisme reprenne après une année 2017 morose. La marina de Tanger, bientôt inaugurée, fera partie d’une nouvelle dynamique qui englobera les villes du Maroc et d’Espagne. A ne pas oublier les ferrys qui relient le nord du Royaume au sud de l’Espagne et qui transportent des milliers de touristes pour excursions ou séjours.

Propos recueillis par
Ali ABJIOU

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc