Société

Hygiène: Un arrêté en attendant la police administrative à Casablanca

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5093 Le 25/08/2017 | Partager
Un nouveau texte qui resserre la vis
C’est la police administrative qui doit verbaliser
Une amende de 100 DH pour le linge sur les balcons et les fenêtres
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Même au centre-ville de Casablanca, les détritus s’amoncellent dans les coins de rues. Une amende de 100 DH est-elle assez dissuasive? (Ph. L’Economiste)

Des niveaux d’intervention plus élargis, une réglementation actualisée et plus adaptée aux changements socio-économiques, plus de contrôle et de verbalisation…  C’est ce que promet le nouveau projet d’arrêté municipal relatif à l’hygiène à Casablanca, censé durcir les règles en matière de salubrité et d’environnement. Le document, qui devra être adopté lors de la session d’octobre du Conseil de la ville, se veut plus exhaustif que le texte en vigueur, datant du Protectorat (1930).

Il était temps de réglementer ce secteur à Casablanca. Chaque année, des milliers de tonnes de denrées alimentaires impropres à la consommation sont saisies par les services d’hygiène sur le périmètre de la ville. Sans compter les centaines de snacks et de gargotes échappant à tout contrôle, la propreté et l’hygiène publiques qui  laissent à désirer, l’incivisme ambiant, les détritus qui s’amoncellent dans les rues…

Autant de comportements qui portent atteinte à l’image d’une métropole, qui n’est pas «ordinaire», selon les termes de Abdessamad Haikar, 1er vice-président du Conseil de la ville. Dans cette anarchie ambiante, les multiples chantiers structurants, en cours de réalisation, ne suffiront pas à transformer le quotidien des habitants. Or, la ville prétend d’ici 2020 à un statut de «hub financier» et de «ville-monde».

«L’élaboration de ce texte est le fruit d’un travail d’un an et demi avec la collaboration des cadres de la CUC, de l’Onssa, des arrondissements, les services de la wilaya…», poursuit Haykar. Résultat: un document d’une centaine de pages avec près de 300 articles. Il couvre des secteurs allant de l’hôtellerie aux salons de coiffure et d’esthétique, en passant par les cafés, boulangeries, boucheries, épiceries, hammams, taxis, bus… Le nouvel arrêté précise dans le détail les spécifications relatives à l’hygiène pour chaque corps de métier, en s’inspirant largement des normes HACCP (Hazard Analysis Critical Control Point).

Ce projet traite aussi des maladies contagieuses, les inhumations, les chiens errants, les insectes, les rats… «Son adoption était prévue lors de la session extraordinaire de juillet dernier, mais elle a été repoussée à octobre prochain à la demande des élus», poursuit Haikar. Une commission transversale est en train de parfaire les derniers détails avant son adoption. 

Si l’essentiel de ce texte est consacré au volet alimentaire: règles d’hygiène pour le transport des viandes rouges, volailles et poisson, snacks, cafés… le citoyen lambda est également concerné par les nouvelles réglementations. En effet, le simple fait d’étendre son linge sur les balcons sera désormais passible d’une amende de 100 DH. Il est aussi interdit, en vertu de ce texte, de secouer par la fenêtre ou d’exposer les couvertures, linges, objets de literie ou d’ameublement. Le battage des tapis, le cardage de la laine et du crin sont aussi interdits sur la voie publique. Le rejet d’ordures sur la voie publique est également passible d’une amende de 100 DH.

Mais ce texte est-il suffisant pour résoudre l’équation d’hygiène à Casablanca? Loin de là. Sur papier, ces mesures semblent bien séduisantes, mais dans la pratique, le contrôle est beaucoup plus difficile. Les équipes actuelles du Bureau d’hygiène (une centaine de contrôleurs sur le territoire de Casablanca) sont loin d’être suffisantes. La police administrative, qui doit leur prêter main forte, n’est pas encore opérationnelle. «Nous nous apprêtons à lancer une opération pilote dans les arrondissements Anfa et My Rachid», annonce le vice-président du Conseil de la ville. 

Cette phase, qui peut durer jusqu’à 6 mois, sera suivie d’une évaluation et d’un déploiement progressif de la police administrative. A terme, ils seront près de 300 agents qui se chargeront de verbaliser les contraventions en matière d’hygiène, urbanisme et occupation du domaine public.

 Quand le crachat était verbalisé… en 1930!

«Il est interdit de déverser aucune déjection (crachats, matières fécales, urines, eaux de bain, etc.) sur les voies publiques ou privées, dans les cours, jardins, sur les fumiers ou dans les cours d’eau». Cet article de l’ancien arrêté municipal datant des années 30 gagnerait à être réactivé de nos jours. A l’époque, ces déjections étaient considérées comme des vecteurs pour des maladies contagieuses (choléra, tuberculose, hépatite…). Aujourd’hui, les rues de Casablanca se sont transformées en urinoir et crachoir publics. Mais avant de commencer à verbaliser ces agissements, il faudra prévoir des toilettes publiques pour soulager les besoins pressants des passants. Et surtout des actions de sensibilisations à plein temps.

 

 

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