Société

Ahwach: Vers une reconnaissance en tant que patrimoine immatériel

Par Sabrina BELHOUARI | Edition N°:5090 Le 22/08/2017 | Partager
Sagesse collective, figures linguistiques, coutumes... bien plus que de la musique
L'art tend à mourir petit à petit avec la disparition de ses figures de proue
Un travail entre la Culture et Ibn Zohr pour sortir ce patrimoine du stade de folklore
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Baroud d'honneur pour le Festival national des arts d’Ahwach qui s'est tenu à Ouarzazate du 10 au 12 août. Une 6e édition qui a permis de mettre en avant la diversité culturelle de Drâa et Tafilalet, mais aussi de toutes les régions où Ahwach fait partie intégrante de la culture et de l’identité sociale.

Une vingtaine de troupes d’Ahwach composées de plus de 700 artistes, venues de plusieurs régions du Maroc, ont ainsi fait la démonstration de leur talent pour le plaisir des yeux et celui des amateurs de cet art. Organisé par le ministère de la Culture et de la Communication, en partenariat avec la province de Ouarzazate, le Conseil régional de Drâa-Tafilalet, le Conseil provincial et la Commune de la ville, le festival a pour thème cette année «Les arts Ahwach au service du développement».

En effet, cet art, qui représente la culture et l’histoire des tribus de plusieurs régions du Maroc, pourrait devenir, selon plusieurs spécialistes, une locomotive de développement, et ce, à travers sa valorisation et sa reconnaissance en tant que patrimoine immatériel de l’humanité.

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Le festival valorise les arts Ahwach à travers une mise en valeur de ses composantes artistiques et culturelles. Les organisateurs de l’évènement ont mis l’accent cette année sur les artistes à travers la consécration de quelques grands noms de cet art comme Ija Ouragh et Ali Arzoud, deux figures emblématiques qui ont participé tout au long de leurs parcours artistiques au rayonnement des arts d’Ahwach. Cette 6e édition a été aussi une occasion de mettre la lumière sur les composantes des arts d’Ahwach et leur évolution à travers le temps.

Un colloque scientifique avec la participation de professeurs chercheurs dans la langue et la culture amazighes a permis de démontrer la richesse ethnologique et l’importance d’Ahwach pour l’identité nationale. «Malheureusement, l’art d’Ahwach est victime de sa folklorisation. Il est important de reconnaître Ahwach en tant que socle de la société tribale des régions qui le pratiquent. Beaucoup plus qu’une danse, Ahwach est un réservoir de connaissances sur l’histoire, les coutumes et les liens sociaux qui gèrent encore à ce jour la vie quotidienne des tribus», note Brahim Oubella, professeur chercheur spécialiste de la culture amazighe et poète.

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En effet, Ahwach se pratique dans la région de Souss, Al Haouz, Drâa jusqu’à Assa Zag, Demnat et le grand et anti-Atlas. Ce territoire vaste représente autant de ressemblance que de diversité dans les coutumes, merveilleusement illustrées par la multitude de figures artistiques d’Ahwach. La connaissance de cette richesses, où chaque geste, chaque son, chaque vers sont puisés dans l’histoire des tribus de ces régions, permet de constater l’importance de la pratique de cet art. Pour les fervents défenseurs d’Ahwach, celui-ci est loin d’être un simple spectacle de chants et de danses, effectué lors des évènements heureux et des fêtes. Sa poésie et ses paroles sont pleines de sens.

Célébrant les évènements heureux et les occasions de fête, il permet aussi de dénoncer une injustice sociale ou un phénomène qui touche le quotidien de la tribu. Ahwach véhicule également les messages issus de la sagesse collective à travers la symbolique et les figures linguistiques propres à cet art. D’ailleurs, l’histoire confirme ce rôle, notamment lors des périodes de conflits ou de guerre. Pendant la période du Protectorat, Ahwach a joué par exemple un rôle déterminant pour défendre le territoire des Aït Atta.

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Bien qu’il y ait une ressemblance entre les différents styles d’Ahwach, il y a des particularités qui caractérisent chaque région et chaque style comme les instruments, les rythmes musicaux, la chorégraphie, le chant, la présence des femmes ou non. Les voix aiguës ou graves des chanteurs de la troupe permettent ainsi de savoir si la tribu vit dans la montagne ou dans une plaine. La présence de matériaux comme le bois, le cuir ou les métaux détermine aussi la provenance de la troupe (Ph. SB)

La performance d’un spectacle Ahwach obéit à des rituels bien déterminés et nécessite des composantes essentielles. Ainsi, le spectateur d’Ahwach, «Aghdoud», est un ingrédient clé pour la réussite d’un spectacle. Il est important qu’il soit connaisseur des fondamentaux d’Ahwach et comprenne les messages, surtout que plusieurs styles d’Ahwach se déroulent sous forme d’échange avec le spectateur ou de dialogue entre les membres de la troupe. C’est cette complexité des fondamentaux, de la performance et des symboles des arts d’Ahwach qui en fait un patrimoine national précieux qu’il est important de valoriser et de protéger, surtout qu’il disparaît peu à peu avec la disparition de ses figures les plus connues.

Quelques initiatives dans ce sens expriment la volonté de faire revivre le patrimoine et de faire en sorte de le perpétuer auprès de la jeunesse. La direction régionale de la culture et de la communication au Drâa-Tafilalet, en partenariat avec l’Université Ibn Zohr, amorce le début d’un travail de documentation et d’archivage des arts d’Ahwach à travers des enregistrements vocaux et vidéo, et des recherches universitaires.

«Les écoles et les colonies de vacances à thème sont un bon moyen de perpétuer les arts Ahwach, via un programme scolaire ou des ateliers d’apprentissage pour les enfants», propose Rachid Oubghaj, professeur chercheur dans la langue et la culture amazighes. Il y aurait même un dossier en préparation pour présenter les arts d’Ahwach comme patrimoine immatériel de l’humanité à l’Unesco. Une démarche qui pourrait amorcer une réelle valorisation de ce patrimoine longtemps confiné au statut de folklore.

Ateliers et formation dans les arts Ahwach

En marge du Festival national des arts d’Ahwach, deux ateliers ont été organisés et animés par des figures célèbres de ces arts, avec une soirée dédiée à la poésie amazighe. Ainsi, un atelier sur les instruments musicaux a été animé par Ali Boumendil, formateur et artisan spécialiste des instruments utilisés dans Ahwach depuis plus de 20 ans. Un deuxième atelier, destiné à l’apprentissage des figures artistiques d’Ahwach par la jeunesse, a été animé durant trois jours par Mohamed Derkaoui, artiste attitré et reconnu de la troupe d’Ahwach de Sidi Daoud à Ouarzazate.

 

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