International

La renégociation de l’Alena s’annonce épineuse

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5087 Le 16/08/2017 | Partager
Le premier round fixé du 16 au 20 août prochain
Le règlement des litiges commerciaux au cœur des discussions
Bras de fer entre les USA, le Mexique et le Canada
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La renégociation de l’accord de libre-échange nord-américain (Alena) s’annonce difficile. Après avoir un temps fait planer la menace de s’y retirer, le président américain a finalement opté pour sa renégociation rapide dans l’intérêt du Canada, des Etats-Unis et du Mexique. Il est question surtout de moderniser ce traité daté de 1994 qui a aboli les frontières douanières pour permettre la libre circulation des marchandises et services entre ces trois pays.

Sur le fond, les Etats-Unis déplorent leur balance commerciale avec le Mexique. Depuis le traité, il est passé d’un excédent de 1,6 milliard de dollars à un déficit de 64 milliards de dollars (voir encadré). L’Alena est devenue vital pour l’économie mexicaine. L’industrie automobile mexicaine, secteur qui devrait être l’un des sujets au cœur des discussions avec l’agriculture, a largement bénéficié du libre-échange.

Ceci au détriment de son homologue américaine qui a multiplié les délocalisations pour profiter d’une main d’œuvre bon marché. Entre les Etats-Unis et le Canada, la balance commerciale est près de l’équilibre mais le débat se cristallise sur les produits laitiers, le vin, les céréales, accusés par Washington d’être subventionnés.

Le règlement des litiges commerciaux, qui opposent Etats-Unis et Canada notamment sur le bois de construction, sera aussi au menu des débats. Washington souhaiterait supprimer ce mécanisme connu sous le nom de «chapitre 19», le jugeant inéquitable pour les industries et travailleurs américains. Il permet actuellement d’arbitrer les différends en matière de droits compensateurs et de dumping entre les trois pays signataires de l’Alena.

Dans le cadre du traité existant, le Canada, les Etats-Unis et le Mexique peuvent toujours imposer des droits compensatoires et antidumping pour neutraliser les effets des importations dont les prix et les subventions sont jugés inéquitables. Mais en vertu du chapitre 19, un pays peut demander à un comité spécial, formé de membres des deux pays impliqués dans le litige, d’examiner ces pénalités à la place d’une instance judiciaire nationale.

■ L’Alena, qu’est-ce que c’est?
L’Alena, entrée en vigueur le 1er janvier 1994, a défini une vaste zone de libre-échange de 478 millions d’habitants formée par les Etats-Unis, le Canada et le Mexique.
L’accord, qui avait été précédé dès 1989 par l’ALE (accord de libre-échange entre le Canada et les Etats-Unis), a progressivement supprimé la plupart des tarifs douaniers pour les marchandises certifiées d’origine. Il a aussi éliminé les barrières aux investissements, permettant aux entreprises de s’installer plus facilement dans les deux autres pays signataires. C’est seulement en 2008 que les derniers droits de douane ont été totalement supprimés. Même si certaines marchandises font exception comme le bois de construction, source récurrente de conflit entre le Canada et les Etats-Unis depuis plusieurs décennies.
■ USA/Mexique: Sur les 15 premières années de l’accord, près de 40 millions d’emplois ont été créés, dont 25 millions aux Etats-Unis. Les exportations mexicaines vers les Etats-Unis ont été multipliées par plus de sept entre 1993 et 2016 et par moins de trois vers le Canada.
Le solde commercial des Etats-Unis avec le Mexique est passé d’un excédent de 1,6 milliard de dollars à la veille de l’Alena à un déficit supérieur à 64 milliards, selon les chiffres officiels américains.
Les Etats-Unis sont le principal partenaire commercial du Mexique: 80% des exportations mexicaines, essentiellement des biens manufacturiers et agricoles, leur sont en effet destinées.
■ Et le Canada: Ottawa est à la fois le plus grand client des Etats-Unis et le plus grand fournisseur d’énergie des Etats-Unis. Les échanges commerciaux entre les deux pays ont doublé sous cet accord.
En 2016, le commerce entre les deux pays a atteint 635 milliards de dollars, représentant près de deux milliards de biens et services traversant quotidiennement la frontière canado-américaine. Les importations américaines de biens canadiens se sont élevées à 313 milliards de dollars américains.
L’excédent commercial en biens et services des Etats-Unis avec le Canada s’est élevé à 8 milliards de dollars. Les Etats-Unis sont les plus importants investisseurs au Canada (la moitié de tous les investissements en 2015). Enfin, environ neuf millions d’emplois américains dépendent du commerce et des investissements avec le Canada.

 

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