Economie

Le PPP, une alternative au financement des barrages

Par Nadia DREF | Edition N°:5086 Le 15/08/2017 | Partager
Trois ouvrages hydrauliques dans le PLF 2018
Eau potable: la sécurisation de la ressource est une priorité
Un Plan national de valorisation de 325 millions de m3 d’eaux usées est en cours de finalisation
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Charafate Afailal, secrétaire d’Etat chargée de l’Eau «Le nouveau modèle de partenariat public-privé rend le secteur très attractif aux capitaux privés marocains et étrangers» (Ph. Fadoua Al Nasser)

- L’Economiste: Quelles sont les premières mesures que vous avez prises au cours de ce mandat?
- Charafate  Afailal:
Depuis l'investiture du gouvernement El Othmani, le secrétariat d’Etat chargé de l’Eau a continué la poursuite de réalisation de l'ensemble des chantiers qui ont été entamés auparavant. Un intérêt particulier a été accordé à la mise en application des conventions signées devant Sa Majesté le Roi, en l'occurrence le développement des provinces du Sud, Manar-Med et Kénitra à travers l'accélération du rythme des travaux des différents chantiers.
Plusieurs projets phares ont été lancés: barrages Rhiss à Al Hoceïma et Fask à Guelmim. La sécurisation de l'alimentation en eau potable des villes et centres, avec nos principaux partenaires, notamment l’ONEE et le ministère de l'Intérieur, en vue de garantir l'alimentation à court, moyen et long terme, ainsi que la mise en place des programmes d'urgence aux endroits qui connaissent quelques difficultés, revêtent un caractère important.

- Quel est l’état d’avancement des projets prévus dans la région d’Al Hoceïma ?
- Suite au discours royal, nous avons accéléré la cadence des projets prévus. Nous avons lancé tous les appels d’offres cette année. Nous aurons bouclé tous les projets au plus tard au premier trimestre 2018. Par rapport aux projets de protection contre les inondations, nous avons dépassé l’objectif qui a été prévu dans le cadre de la convention. Nous sommes intervenus dans d’autres centres limitrophes. Le budget a aussi été revu à la hausse. Le barrage sur l’oued Rhiss, qui n’est pas inclus dans la convention, est en cours de réalisation pour un coût de 1,3 milliard de DH.

- Comment améliorer l’alimentation en eau potable dans le Sud?
- Au niveau des provinces du Sud, nous sommes également en avance. Plusieurs projets sont en cours. Il y aura bientôt le démarrage des travaux du barrage Fask tant attendu par la population de la région Guelmim-Oued Noun. Nous avons adjugé le marché à la société marocaine STAM. Le budget alloué est de 1,5 milliard de DH financé par un don d’un émir qatari.

- Avez-vous prévu des mesures dans le cadre du PLF 2018?
- Nous avons proposé, dans le cadre du projet de loi de finances 2018, la réalisation de 3 barrages à Ait Zyate (région El Haouz), oued Lben (Taounate) et Boulaouane (Chichaoua). J’espère que le ministère de l’Economie et des Finances donnera son accord à ces projets. D’autres propositions porteront sur la prospection et la recherche des eaux, le développement des systèmes d'alerte et de prévision météorologique, la mobilisation des eaux de surface ou encore le renforcement et l'entretien de l'infrastructure hydrique, le renforcement et le recours aux eaux non conventionnelles…

- Le Maroc a lancé la stratégie nationale de l’eau. Où en est sa mise en œuvre?
- Le bilan est très positif. Des actions ont été entreprises dans le cadre de cette stratégie. Au niveau de la gestion de la demande en eau dans le secteur agricole, une superficie globale a été reconvertie à l’irrigation localisée de l’ordre de 450.000 ha avec une moyenne de 50.000 ha/an. La mobilisation des eaux de surface moyennant les barrages est poursuivie. Actuellement, 14 barrages sont en cours de réalisation avec une capacité d’environ 3,5 milliards de m3 et 35 projets de barrages qui sont dans le pipe. Depuis 2009, 7 grands barrages ont été mis en service.
La protection des ressources en eau est également une priorité. Un nouveau mode de gouvernance des ressources en eau souterraine, privilégiant une gestion participative et contractuelle des nappes, est en cours de mise en place. Plusieurs conventions cadres sont en cours de finalisation. Les signatures sont prévues incessamment. Sans oublier le développement et la promotion de la réutilisation des eaux usées épurées.

- Justement, quelles sont les particularités de ce projet de revalorisation?
- Un Plan national de réutilisation des eaux usées, préparé par le secrétariat d’Etat chargé de l’Eau en coordination avec les partenaires, est en cours de finalisation. Nous nous sommes mis d’accord avec le ministère de l’Intérieur pour que ce volet soit intégré au Programme national d’assainissement liquide et d’épuration des eaux. Nous voulons migrer vers une approche traitement des eaux usées/réutilisation et non épuration/rejet. A terme, nous visons la revalorisation de 325 millions de m3 d’eaux qui seront destinées à l’usage industriel, à l’agriculture et à l’arrosage  des espaces verts, des golfs… Actuellement, nous sommes en deçà de cet objectif. Cinq conventions,  qui portent sur un volume réutilisable de 29 millions de m3/an, ont été signées pour encourager le recours à cette ressource. Nous allons commencer par des zones prioritaires souffrant de stress hydrique.

- Y aura-t-il une refonte du Plan national de l’eau?
- Le Plan national de l’eau est en cours de révision selon une feuille de route bien établie. Notre objectif est de l’adapter aux dispositions de la nouvelle loi sur l’eau 36-15.
- Quelles sont les contraintes liées à la mise en œuvre de cette stratégie?
- Les défis à relever sont multiples. Vient en tête le financement du secteur de l'eau qui est un secteur très capitalistique surtout à cause de la limitation des finances publiques face aux besoins en investissement. Ce sont des infrastructures nécessitant d’énormes budgets. Actuellement, le cadre réglementaire permet de recourir aux capitaux privés. Nous commençons à recevoir des demandes de financement de la part de sociétés nationales et étrangères ou de joint-ventures mixtes pour les aménagements hydrauliques. Nous avons déjà reçu une demande pour la construction d’un barrage de Bab Ounder, sur le bassin de Sebou, de la part d’un groupement. J’ai également reçu les représentants d’une joint-venture qui compte déposer une demande de financement spontanée pour la construction de deux barrages incluant un aménagement hydro-agricole. C’est dire que le secteur est devenu très attractif pour les capitaux privés, dans le cadre du partenariat public-privé.
D’autres défis persistent concernant la convergence et la mise en cohérence des stratégies sectorielles ainsi que la mise en œuvre des principes de la gestion intégrée et participative des ressources en eau.

- Sommes-nous exposés à un risque de pénurie d’eau au Maroc?
- Il n’y a pas d’inquiétude. Il y a certes une diminution des pluies qui impacte les réserves dans les barrages, mais nous serons plutôt appelés à gérer la sécheresse et la rareté de cette ressource. Le Maroc, à l’instar des autres pays, s’est développé dans un contexte de vulnérabilité face au réchauffement climatique. Ce dernier a accentué la dynamique de pression sur les ressources naturelles en général à cause notamment de la raréfaction des ressources en eau dont la disponibilité est de 650 m3/habitant/an actuellement, qui est proche du seuil de pénurie égal à 500 m3/habitant/an.
Face à cette situation, la politique nationale  de l’eau a permis de prendre les mesures nécessaires pour satisfaire les besoins à travers la réalisation d’une importante infrastructure hydraulique de 140 grands barrages totalisant une capacité de stockage évaluée à plus de 17,6 milliards de m3, de plusieurs milliers de forages et de puits captant les eaux souterraines et une dizaine de stations et unités de dessalement. Ce qui a permis de satisfaire, sans difficultés majeures, les besoins en eau potable et industrielle et développer l’irrigation à grande échelle, même pendant les périodes de sécheresse.
Propos recueillis par Nadia DREF

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