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Analyse

Hydrocarbures: Hausse significative de la facture en 2017

Par Nadia DREF | Edition N°:5082 Le 08/08/2017 | Partager
Nouveau système de gouvernance du secteur pétrolier et gazier
Sécuriser l’approvisionnement dans les meilleures conditions de coût et de qualité
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Aziz Rabbah, ministre de l’Energie, des Mines et du Développement durable: «Nous nous attendons à une augmentation significative pendant l’année en cours à cause des hausses enregistrées des prix du pétrole» (Ph. Bziouat)

- L’Economiste: hydrocarbures, gaz… quels sont les principaux défis du secteur de l’énergie ?
- Aziz Rabbah:
Le Maroc est confronté à plusieurs défis. Sa dépendance vis-à vis des importations des combustibles fossiles avoisine 93,3%. La facture énergétique s’est élevée à  54 milliards de DH en 2016. Nous nous attendons à une augmentation significative pendant l’année en cours à cause des hausses enregistrées des prix du pétrole. Une partie de cette  énergie est nuisible à l’environnement surtout celles liées aux hydrocarbures, fuel, charbon… La demande, quant à elle, augmente d’environ 5% par an. D’où les défis de sécuriser l’approvisionnement dans les meilleures conditions de coût et de qualité, tout en assurant à tout moment l’adéquation entre l’offre et la demande.
Pour y répondre efficacement, le Maroc a décidé d’opter pour une transition énergétique. Il dispose d’un potentiel considérable en énergie éolienne estimé à 25.000 MW en on-shore et 250.000 MW en off-shore, en plus du potentiel solaire estimé à 20.000 MW. Le pays est appelé également à combler le déficit enregistré au niveau de la capacité de stockage des produits pétroliers, actuellement estimée à 32 jours en plus des 15 jours circonscrits aux stocks d’exploitation contre 60 jours stipulés par la loi.

- Quelle est la particularité de notre modèle énergétique?
- Les forces du modèle énergétique marocain résident non seulement dans le fait qu’il y a une volonté politique au plus haut niveau de l’Etat pour réussir la transition énergétique, mais aussi qu’il s’appuie sur une stratégie énergétique déclinée en objectifs clairs, réalistes et chiffrés, des projets attractifs, des réformes législatives et réglementaires appropriées.

- Quelles sont les mesures d’urgence que vous prévoyez au niveau de la tutelle?
- Une série de mesures urgentes et actions importantes sont inscrites dans le cadre du programme d’action du gouvernement. Certaines de ces initiatives rentrent dans le cadre de la mise en œuvre du chantier d’ouverture du secteur électrique aux énergies renouvelables en vue de permettre aux producteurs d’électricité renouvelable l’accès aux réseaux moyenne et basse tension. S’y ajoute l’action qui consiste à arrêter et définir les zones de développement de projets solaires à l’instar de ce qui a été fait pour la filière éolienne.
Par ailleurs, la mise en œuvre du nouveau cadre institutionnel sera poursuivie à travers le transfert de l’ONEE à Masen de projets d’énergies renouvelables à l’exception de ceux destinés à la pointe et à la stabilité du réseau électrique et des stations de transfert d'énergie par pompage, ainsi qu'à travers par le nouveau repositionnement de la SIE qui sera adopté en vue de tenir compte des mutations du secteur.
Nous comptons aussi renforcer les interconnexions électriques entre le Maroc et les pays voisins et ce, en accompagnant la mise en œuvre de l’accord sur l’échange durable d’électricité entre le Maroc, l’Allemagne, l’Espagne, la France et le Portugal, conclu dans le cadre de la COP22. Nous voulons aussi être interconnectés avec les pays de l’Afrique subsaharienne. Nous sommes en train de travailler avec ces pays, à commencer par la Mauritanie.

- Quel sera le sort du Gazoduc avec l’Europe?
- Pour ce qui est du gazoduc Maroc-Europe, nous avons lancé une étude pour trouver une nouvelle vocation à cette grande infrastructure dans le champ énergétique national. Le Maroc tient à développer une grande plateforme mondiale logistique pour le gaz naturel. A ce titre, le gazoduc Nigéria-Maroc est un projet stratégique pour l’Afrique et l’Afrique de l’Ouest.

- Quid du potentiel des explorations de gaz?
- A ce jour, le Maroc ne produit pas assez de gaz. Nous avons découvert des gisements au niveau de Tendrara, dans la région de Figuig, du Gharb et des prémices à Essaouira. Mais ce n’est pas encore suffisant pour répondre à la demande nationale.

- Justement qu’avez-vous prévu pour les hydrocarbures?
- Dans ce domaine, il sera procédé à la finalisation de la loi relative au gaz naturel et son introduction dans le circuit d’approbation. En outre, dans le cadre de la mise en œuvre d’un nouveau système de gouvernance du secteur pétrolier et gazier, des contacts ont été entrepris avec les parties prenantes et particulièrement l’Agence marocaine de développement de la logistique (AMDL), en vue de l’élaboration d’un plan national de développement de plateformes relatives au stockage, à la distribution et au transport des produits énergétiques (ndlr: gaz, pétrole et charbon). Par ailleurs, afin d’encourager et de faciliter l’investissement privé dans le secteur énergétique, nous nous attelons à la simplification des procédures administratives pour l’octroi des autorisations.

- Où en est le lancement de la stratégie nationale de l’efficacité énergétique?
- Un projet de stratégie nationale a été élaboré et présenté au Conseil de gouvernement. Nous sommes en train de finaliser les contrat-programmes avec les départements sectoriels concernés. Il y a quelques ajustements à faire avec le ministère des Finances, avant de le soumettre à l’approbation du conseil des ministres.

- Mais avez-vous déjà une feuille de route?
- Absolument, dans le cadre de la première phase de la nouvelle stratégie pour la période 2017-2021, une feuille de route comportant des actions concrètes a été préparée et elle sera mise en œuvre dans le cadre d'un contrat-programme entre l'Etat et l'Agence marocaine pour l'efficacité énergétique. Les programmes inscrits permettront d’atteindre une économie d’énergie de 5% à l’horizon 2020 et 20% à l’horizon 2030. Les secteurs concernés ont été identifiés, en l’occurrence, la construction, le transport, l’industrie, l’éclairage public… L’Etat avec toutes ses composantes, les délégataires et les concessionnaires, les receveurs des subventions doivent être les premiers à donner l’exemple et à s’engager dans cet esprit. Aujourd’hui, cela n’a pas de sens de demander au citoyen d’appliquer les mesures de l’efficacité énergétique si l’Etat n’est pas engagé. Cette stratégie doit être respectée au niveau de tous les projets allant de la construction de biens et d’équipements publics à l’acquisition de véhicules électriques pour le compte de l’Etat. Il y a un gain énorme en termes de consommation. L’un des avantages de cette stratégie est l’encouragement de la création de PME ou de TPE spécialisées dans l’efficacité énergétique et leur accompagnement.

- Quels enjeux derrière la tournée régionale que vous avez entamée?   
- C’est une tradition chez les ministres même au sein des anciens gouvernements. Ces visites vont s’accentuer. L’objectif du chef de gouvernement est de visiter l’ensemble des régions dans un délai acceptable. Ces visites de négociations vont aboutir à des contrats-programmes gouvernement-Etat-régions. Cette tournée nous permet d’avoir un dialogue direct avec les décideurs locaux (ndlr: autorité et élus). L’objectif est de leur présenter les différentes stratégies et projets, de recevoir leur feed-back et leurs doléances et faire un matching entre le central et le local. Et ce, dans le but de faire jouer des synergies et de la convergence. Les visites prennent en considération les urgences auxquelles il faut s’atteler. Il faut que les citoyens sentent qu’ils sont traités au même pied d’égalité, abstraction faite de leur appartenance politique. Toutes les régions vont être visitées d’ici la fin de l’année.

Nouveau modèle de gestion des infrastructures

Le développement d’un nouveau modèle de gouvernance du secteur pétrolier et de sécurité d’approvisionnement en produits pétroliers ainsi que le contrôle de leur qualité… figurent parmi les chantiers prioritaires qui seront lancés par le gouvernement. Ce modèle est censé assurer la mise en place d’un cadre législatif, réglementaire et institutionnel à même d’encourager l’investissement dans le cadre d’un partenariat public-privé pour la réalisation d’infrastructures de stockage régionales. Par ailleurs, un nouveau système de gestion et de financement des stocks de sécurité sera mis en place dans le cadre du projet de restructuration du secteur pétrolier. «Autre chantier important: celui des plateformes logistiques relatives au stockage, à la distribution et au transport des produits énergétiques, à travers la mise en place d’un cadre législatif, institutionnel et de partenariat en vue de renforcer la compétitivité logistique du secteur», insiste Rabbah.

Propos recueillis par Nadia DREF

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