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Régions

Sebta: Interminables files d'attente à la frontière!

Par Amin RBOUB | Edition N°:5081 Le 07/08/2017 | Partager
Durcissement des contrôles de douane et de police
Des MRE se plaignent de l'excès de "zèle" des agents aux frontières
Ces Sebtaouas qui rentrent le jour au Maroc
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Les concerts de klaxons sont un code pour dénoncer les retards, voire l'excès de zèle d'agents douaniers et policiers (Ph. L'Economiste)

Concert de klaxons, cris, colère, longues files d'attente de véhicules, sueurs... La grogne des passagers de la frontière de Sebta atteint son pic en cette période du mois d'août. La chaleur estivale et les centaines de voitures les unes devant les autres rendent la situation insoutenable, surtout pour les voyageurs avec bébés,  enfants en bas âge, vieilles personnes et passagers atteints de maladies chroniques (diabète, hypertension, cancer...).

«Le passage est devenu un véritable calvaire. Depuis Madrid, nous avons roulé non stop pour arriver le plus tôt possible à Casablanca. Sauf qu'ici à Bab Sebta, les choses se compliquent.  Nous avons dû attendre trois heures et vidé notre voiture avant de pouvoir entrer au Maroc», témoigne une famille de MRE, résidente de la banlieue de Madrid. «La prochaine fois,  je passerai par TangerMed, c'est plus pratique», lance excédé le père de famille qui regrette le passage par Sebta.

Ce quinquagénaire se plaint surtout de l'excès de zèle de certains douaniers et policiers marocains chargés du contrôle frontalier.  «Il ne veulent même pas discuter. Ils exigent de vider de fond en comble la voiture et d'ouvrir tous les sacs. Pourtant, ils voient bien que nous sommes une famille en voyage, pas des contrebandiers, ni des commerçants», s'indigne le voyageur.

Sur place, les commerçants et contrebandiers qui traversent chaque jour parlent d'un durcissement du contrôle depuis juin dernier. Visiblement, les fouilles sont presque systématiques. «On taxe les équipements, appareils électroménagers, vélos, articles de brocante...», se plaint un ressortissant à l'étranger qui a dû payer des droits d'importation pour son chargement de bicyclettes d'occasion. Derrière ce contrôle, des instructions fermes de la DGSN pour débusquer toute tentative de faire entrer des armes, des objets interdits tels que des drones, des bombes lacrymogènes, des machettes, des tasers...  Surtout dans ce contexte de tensions tous azimuts dans le chef-lieu du rif (Al Hoceïma).

Les policiers et douaniers ont aussi reçu des instructions pour saisir quelques types de marchandises, de la ferraille, des parties démontées de voitures d'occasion, ou encore des vélomoteurs volés en pièces détachées, des moteurs de voitures cachés, des accessoires, de la drogue ... «Certes le contrôle a été durci ces derniers mois, mais le backchich a aussi augmenté», témoigne un contrebandier résidant à Fnideq.

Les vieux pneus, l'alcool (whisky et bières) , pièces de rechange, couvertures, draps, serviettes, produits alimentaires... continuent de passer au vu et au su de tout le monde, poursuit-il.  Le nombre de personnes qui vivent de la contrebande à Fnideq, Mdiq, Tétouan est estimé à quelque 50.000.

Duty free à ciel ouvert!

Aujourd’hui,  le nombre de passages quotidiens dépasse les 40.000. Le nombre de véhicules est estimé à plus de  20.000. Il atteint des pics le week-end, avec des flux de résidents marocains qui se rendent à Sebta, voire au-delà via le ferry (La Costa

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Touristes marocains, MRE, Sebtaouas, Africains subsahariens de transit par le Maroc, Espagnols, touristes européens... Les automobilistes arrivent par centaines devant le passage frontalier de Sebta. Ils y restent en moyenne 2 à 3 heures (Ph. L'Economiste)

d'El Sol, Malaga, Torremolinos, Benalmadena...). S'y ajoutent des cohortes de voitures et fourgons de MRE qui rejoignent leur pays d'accueil. 

Pour ceux qui se rendent à  Sebta, c'est surtout pour le shopping. Les articles de prêt-à-porter atteignent leur plus bas prix en cette période des soldes. S'y ajoutent les courses et l'approvisionnement en produits alimentaires, shampoings, gels de douche, détergents, chocolat, confiserie, draps, serviettes... Des enseignes de distribution hard discount comme Lidl et  Mercadona (le leader des supermarchés espagnols) ne désemplissent pratiquement pas à longueur de journée.

Dedans, la proportion des clients en provenance du Maroc dépasse de loin les Espagnols. En quelques minutes seulement, les rayons se vident par la clientèle et se remplissent immédiatement. Pareil chez des enseignes de prêt-à-porter du groupe espagnol Inditex (Zara, Springfield, Massimo Dutti...) ou encore El Corte Ingles. Un véritable Duty free à ciel ouvert puisque tous les produits manufacturés sont vendus hors taxes.

A l'entrée comme au retour des postes frontaliers, le voyageur est frappé par le contraste entre deux mondes.  D'un côté des policiers et agents de la Guardia civile espagnole en uniforme réglementaire, mais qui orientent les Marocains avec un ton désobligeant. On dirait des officiers de l'armée qui donnent des ordres à leurs troupes. Le mépris et l'arrogance des policiers espagnols ne passent pas inaperçus. Néanmoins, leurs locaux d'accueil sont propres avec du carrelage en bleu et blanc.

En revanche, côté marocain, les policiers aux guichets se chamaillent entre eux et n'arrêtent pas de se plaindre de la charge de travail. Lorsque l'on demande au préposé aux guichets de fournir les fiches de renseignements de police, il ne daigne même pas répondre. Après insistance, il vous oriente l'air agacé vers des jeunes qui revendent quelques mètres plus loin les fiches de police à 5 DH l'unité! Plus désobligeant encore, les odeurs pestilentielles d'urines et d'excréments humains dès que l'on rentre au territoire marocain. Drôle d'accueil au bled sur fond de sensations olfactives désagréables.

Le sens inverse...

Certes, plusieurs centaines de Marocains font la traversée chaque jour pour se rendre à Sebta. Dans l'autre sens, plusieurs centaines d'Espagnols et surtout de "Sebtaouas" rentrent quotidiennement au Maroc. Ils viennent surtout faire des courses, acheter des fruits et légumes, poisson frais, et surtout très bon marché. D'autres encore, crise espagnole oblige, viennent travailler au Maroc, dans des métiers de peinture, de plomberie, carrelage, mécanique, cuisine-restauration, agencement-décoration... Et il y a les autres. Ceux qui rentrent pour un tourisme zen, dans les régions de Chaouen, Akchour, Oued Laou, Stihate.

 

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