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Chronique

La crise de l’esplanade des Mosquées: Quelles perspectives pour le conflit israélo-palestinien?

Par Jawad KERDOUDI | Edition N°:5078 Le 02/08/2017 | Partager

Jawad Kerdoudi est président de l’Imri (Institut marocain des relations internationales) (Ph. JK) 

Le 14 juillet 2017, près de l’esplanade des Mosquées à Jérusalem, deux policiers israéliens sont tués. Le gouvernement israélien ferme toutes les portes de l’esplanade et annule la prière du vendredi du même jour. Le 16 juillet, deux portes de l’esplanade sont réouvertes mais avec des portiques à détecteurs de métaux. Les fidèles palestiniens refusent de passer par ces portes pour accéder à la Mosquée, et prient à l’extérieur de l’esplanade.

Des affrontements violents ont lieu le 21 juillet entre les palestiniens et la police israélienne qui ont fait trois morts palestiniens. Pour la prière du vendredi 21 juillet, la police israélienne ne laisse pénétrer dans l’esplanade que les fidèles de moins de 50 ans.

Ce même jour du vendredi, un jeune palestinien de 19 ans a poignardé trois israéliens dans une colonie en Cisjordanie et en blesse un quatrième. Toujours ce 21 juillet, Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, annonce le gel de tout contact avec le gouvernement israélien. Le 23 juillet, une fusillade a eu lieu dans la résidence de l’Ambassadeur d’Israël à Amman, où un agent de sécurité israélien a été blessé et deux Jordaniens ont été tués.

Enfin, le Conseil de Sécurité de l’ONU s’est réuni le lundi 24 juillet, insistant que la crise soit réglée d’ici vendredi 28 juillet et que le statu quo de l’esplanade des Mosquées de Jérusalem soit préservé. Ce même jour du 24 juillet, le gouvernement israélien a décidé de retirer les portiques. Dans une lettre du 26 juillet 2017 au Secrétaire général de l’ONU, le Roi Mohammed VI, président du Comité Al Qods, a vivement dénoncé les politiques israéliennes inacceptables, et l’a exhorté de n’épargner aucun effort pour la création d’un Etat palestinien indépendant dans les frontières du 4 juin 1967 avec pour capitale Al Qods-Est.

Ce nouvel incident s’ajoute à la politique du gouvernement Netanyahou qui s’appuie sur le camp national religieux, et qui multiplie la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Selon plusieurs estimations, 600.000 colons israéliens vivent en Cisjordanie, et une accélération a été enregistrée après l’élection de Donald Trump. C’est ainsi qu’a été autorisée la première colonie nouvelle à Amichaï depuis les accords d’Oslo en 1993, qui entoure des terres privées palestiniennes auxquelles les propriétaires auront de grandes difficultés à accéder.

Un autre exemple de la politique anti-palestinienne du gouvernement Netanyahou est le cas de la ville de Kalkiliya forte de 50.000 habitants, où le plan de construction de 14.000 logements pour les palestiniens a été suspendu le 12 juillet 2017, après avoir été validé en septembre 2016. D’ailleurs, le premier ministre israélien assure que son gouvernement est le plus acquis à la cause des colonies dans l’histoire du pays. Depuis juillet 2017, les vannes de la colonisation ont été largement ouvertes tant en Cisjordanie qu’à Jérusalem-Est.

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La stratégie de Netanyahou est claire: construire une frontière unilatérale entre Israël et les territoires palestiniens qui serait incompatible avec la solution à deux Etats. Refusant la création d’un Etat palestinien, il promet de garder le contrôle sur toute la terre à l’ouest du Jourdain, et de défendre Jérusalem comme capitale indivisible d’Israël. Sur le plan législatif, le Knesset a voté une loi en Février 2017 légalisant les milliers d’habitations bâties sur des terres privées palestiniennes. Enfin l’extrême-droite pousse pour que les législations votées par la Knesset s’appliquent aux résidents israéliens des colonies. Le but est d’arriver à annexer de facto 60% de la Cisjordanie empêchant toute création d’un Etat palestinien.

On ne peut que condamner cette politique du gouvernement de Netanyahou qui est absolument contraire aux accords d’Oslo de 1993. Israël doit comprendre que les attentats commis par les palestiniens ne s’arrêteront que lorsqu’une solution politique sera trouvée, permettant la création d’un Etat palestinien viable. L’histoire nous rappelle que ces attentats sont des formes de résistance contre l’occupant. Ce fût le cas de la résistance des Français contre l’occupation allemande, comme celle des Algériens et des Marocains contre l’occupation française.

Israël ne peut vivre en paix que lorsqu’il résoudra le problème palestinien, et qu’il signera des traités de paix avec tous ses voisins arabes. Il faut se débarrasser des extrémistes religieux, comme le Général de Gaulle a eu le courage de se débarrasser des putschistes d’Alger, pour accorder l’indépendance à l’Algérie. Une partie minoritaire des israéliens est favorable à la création d’un Etat palestinien. C’est ainsi que le 27 mai 2017, des milliers d’israéliens ont manifesté à Tel Aviv pour réclamer une solution à deux Etats à l’appel de l’ONG «La Paix Maintenant» hostile à la politique de colonisation menée par Netanyahou. Il faudrait effectuer un travail profond auprès de la société israélienne pour extirper son sentiment de peur, afin de la convaincre de voter lors des prochaines élections pour des partis politiques favorables à la paix.

Résolution sur le fond

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Le conflit israélo-palestinien préserve toute sa centralité malgré tous les autres problèmes qui minent la région du Moyen-Orient. Il est nécessaire que des pressions internationales concrètes soient exercées sur le gouvernement israélien pour modifier sa position vis-à-vis des palestiniens. Notamment en exigeant l’arrêt de toute nouvelle colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, et en reconnaissant l’Etat palestinien. Le recul du gouvernement israélien dans la question de l’esplanade des Mosquées est un bon signe. Il faut maintenant s’attaquer à la résolution du conflit sur le fond.
Ce conflit est particulièrement injuste dans la mesure où un Etat fort impose sa loi à un peuple occupé. Mais cela ne peut se prolonger indéfiniment.

 

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