Economie

Rapport BAM: Les inquiétudes de Jouahri

Par Moulay Ahmed BELGHITI | Edition N°:5076 Le 31/07/2017 | Partager
L’économie en «quête d’une véritable voie et d’un modèle de développement»
La croissance du PIB pas assez inclusive
L’accélération des réformes structurelles devient urgente
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Pas habitué à la langue de bois, Abdellatif Jouahri, gouverneur de Bank Al-Maghrib a dressé un tableau peu reluisant de la situation économique en 2016 et donné ses recommandations pour avancer (Ph. MAP)

C’est un constat pour le moins alarmant que dresse Abdellatif Jouahri sur l’économie nationale. Face au Souverain devant lequel il a présenté le rapport annuel de Bank Al-Maghrib samedi, le gouverneur n’y est pas passé par quatre chemins pour dire au Roi à quel point l’année 2016 a été difficile «avec un affaiblissement sensible de la croissance et de l’emploi, et une évolution défavorable des déficits jumeaux».

Il est donc évident que «notre économie présente encore des fragilités importantes et reste vulnérable aux aléas de la conjoncture internationale et des conditions climatiques». Jouahri va encore plus loin estimant que celle-ci «reste toujours en quête d’une véritable voie et d’un modèle de développement qui la placeraient durablement sur un sentier de croissance plus élevée», en dépit des efforts déjà fournis à travers les différentes stratégies lancées et les mesures déployées.

Il faut dire que l’informel reste aussi un boulet pour l’économie tant il «soulève des questions quant au rendement des efforts de modernisation du tissu productif». Le gouverneur de BAM a également fait part de son inquiétude quant au faible développement de son offre exportable alors que le Maroc a choisi d’être intégré dans l’économie mondiale. C’est justement ce choix qui implique «plus de risques face aux chocs auxquels notre pays est confronté».

D’où la nécessité «d’initier une nouvelle génération de réformes à même de renforcer la résilience de l’économie dans un environnement international incertain». Et cela commence par l’amélioration de la productivité qui est, selon le gouverneur, «le principal déterminant du sentier de la croissance à long terme». La transformation digitale s’avère, dans ces conditions, être «un des principaux catalyseurs pour une plus forte compétitivité et un rythme plus rapide de la croissance».

Jouahri a ensuite rappelé l’importance de la réforme de la flexibilité du change. «Cette transition permettra de rehausser la capacité de l’économie à absorber les chocs externes et de soutenir sa compétitivité», plaide-t-il. Selon lui, «sa concrétisation est facilitée par plusieurs prérequis» évoquant l’amélioration des équilibres macroéconomiques, la maîtrise de l’inflation, la solidité et la résilience du système bancaire ainsi qu’un niveau adéquat des réserves de changes.

Si «une approche graduelle a été élaborée et des avancées notables ont été accomplies dans la mise en œuvre», force est de constater que le lancement de la réforme a été avorté début juillet. «Sa réussite reste tributaire du maintien des prérequis, notamment la discipline budgétaire et un niveau adéquat des réserves de changes, ainsi que la poursuite de la mobilisation de l’ensemble des acteurs concernés», prévient le gouverneur.
Sur le volet emploi, Abdellatif Jouahri constate amèrement que la croissance reste faiblement inclusive avec une baisse du taux d’activité et une hausse des NiNi par désespoir d’une insertion sur le marché du travail. Et la population féminine est la plus touchée puisqu’elle reste majoritairement inactive où plus de 8 sur dix n’intègrent pas le marché du travail. Pour remédier à la situation, il faut que le système d’éducation et de formation puisse répondre de manière adéquate aux besoins de l’économie. Or, le système souffre à la fois d’une faiblesse de rendement et de qualité, mais également d’un niveau d’inégalité parmi les plus élevés au monde. Et cela conduit à l’accentuation des disparités sociales déjà importantes.

«La réforme du système éducatif s’impose aujourd’hui comme la priorité absolue pour notre pays», prévient-il. De quoi permettre à la croissance d’être inclusive même si elle nécessitera également une redistribution équitable des richesses. La mise en place des programmes sociaux doit être maintenue, mais il faudra «améliorer leur gouvernance et les soumettre à des évaluations régulières». Un ciblage des populations les plus défavorisées serait appréciable pour parachever la réforme du système de compensation qui «bénéficie davantage aux populations les plus aisées».

Pour Abdellatif Jouahri, un arbitrage entre une orientation expansionniste pour soutenir la croissance et la rigueur que requiert la préservation de la soutenabilité budgétaire est actuellement nécessaire. Cela passera par l’amélioration de la qualité et l’efficience des dépenses avec un renforcement et une meilleure orientation de l’investissement tout en gardant un œil sur la situation financière de certains établissements et entreprises publics dont le niveau d’endettement est élevé.

La régionalisation pour réduire les inégalités

Le chantier structurel de la régionalisation avancée va contribuer, selon Abdellatif Jouahri, wali de BAM, «à atténuer les inégalités territoriales». Il reste qu’il faut aujourd’hui «ériger la collectivité territoriale en véritable pôle économique». Cela doit se faire à travers un renforcement de ses capacités pour lui permettre la formulation et la mise en œuvre de politiques réalistes adaptées à son contexte. Financièrement, Jouahri pense que «la décentralisation budgétaire devrait se poursuivre de manière graduelle tout en veillant à ce qu’elle soit accompagnée d’un développement de ressources locales afin de limiter l’impact sur les finances publiques de l’Etat».

 

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