Tribune

Réforme LMD, à quand les dernières retouches?

Par Amar KIFANI | Edition N°:5072 Le 25/07/2017 | Partager

Amar Kifani est professeur de l’enseignement supérieur. Il est docteur d’état en génie mécanique, lauréat de l’Université de technologie de Compiègne (UTC). Après avoir dirigé le département de physique de la faculté des sciences de Rabat, Kifani a occupé le poste de doyen de la faculté des sciences de Meknès, puis celui de directeur de l’académie de la région Guelmim-Smara. Il a à son actif deux ouvrages, sur la mécanique des milieux continus (2014) et la résistance au choc des polyéthylènes (2016) (Ph. A.K)

La réforme de l’enseignement supérieur au Maroc a démarré en 1998, en même temps que celle entreprise en France, et dont l’idée fut celle de Claude Allègre, alors ministre de l’Education nationale, de la Recherche et de la Technologie. Son projet a été réalisé par Jacques Attali, ancien conseiller de François Mitterrand. Depuis, cette réforme a pris un caractère quasi international. Le but était de permettre la  mobilité des étudiants et des enseignants dans l’espace européen. Une réunion fut organisée à la Sorbonne par le ministre français en 1998. Mais seuls quatre ou cinq ministres européens y avaient assisté. Une deuxième fut organisée à Bologne une année après. Cette fois là, 29 ministres européens de l’Enseignement étaient présents. Ils ont élaboré un processus organisant les programmes d’enseignement supérieur en trois niveaux: le premier, le deuxième et le troisième cycle, qui conduisent respectivement à la licence (niveau Bac +3), au master (niveau Bac +5)  et au doctorat (niveau Bac +8). C’est ce que nous appelons aujourd’hui le système LMD. Les 29 ministres ont ensuite signé la désormais célèbre déclaration de Bologne. Cette déclaration établit un cadre pour la réforme de l’enseignement supérieur européen. Le processus a permis, par la suite, de renforcer la mobilité des étudiants et des enseignants, et de mettre en place un système de Crédits transférables, ECTS (European Credit Transfert System).
Au Maroc, la réforme s’est inspirée du processus de Bologne. L’architecture même de notre enseignement est basée sur ce processus. J’avais d’ailleurs participé à cette restructuration en tant que doyen. Néanmoins, cette architecture nécessite des améliorations, car elle contient des imperfections. 
L’ossature de l’enseignement supérieur français et marocain est exactement la même. La différence réside dans la structuration. Et la nôtre est à revoir. En France toutes les Unités d’enseignement (UE) sont dispensées au premier et au second semestre. L’ordre de validation des UE est laissé au choix de l’étudiant, ce qui n’est pas le cas chez nous. Pendant dix ans, entre 2003 et 2013, nos modules comportaient entre deux et trois matières. Leur codification était impossible. Depuis 2013, nous avons enfin adopté une matière par module comme en France et en Europe. La codification est donc devenue possible. L’intérêt de la  codification des UE ou modules est qu’elle permet non seulement de simplifier les modalités d’inscription, mais également de connaître à la fois la matière de l’unité et son niveau scientifique. C’est cette codification que je propose pour nos modules. Il subsiste encore le volume de 50 heures attribué à chaque module, ce que l’on peut difficilement admettre. Il faudrait donc le remplacer par des crédits ECTS (European Credit Transfert System). Un crédit ECTS vaut 10 heures de cours (cours, TD, TP). 30 crédits ECTS par semestre valent donc 300 heures. Ainsi, à chacun des six modules adoptés semestriellement depuis 2014, il suffit d’attribuer les crédits ECTS correspondant au volume horaire réel de chaque module pour obtenir 30 crédits ECTS par semestre. 
L’avantage de la codification proposée ici est qu’elle renseigne à la fois sur la spécialité du module et sur son niveau scientifique, sans qu’il soit nécessaire de le situer dans le temps (ou dans le semestre). En Europe, la codification des UE comporte trois lettres indiquant la discipline, suivies de trois chiffres renseignant sur le niveau scientifique du module et son classement dans la liste des modules. Le premier chiffre indique le niveau scientifique de l’unité d’enseignement, les deux autres chiffres précisent le classement du module dans le cursus universitaire. Les premiers chiffres relatifs au niveau scientifique sont 0, 1 et 2. Le chiffre 0 désigne un module de niveau Bac à Bac + 2, (DEUG). Le chiffre 1 désigne un module de niveau Bac + 2 à Bac +4, (licence), et le chiffre 2 désigne le module de  niveau Bac + 5 (Master). Rappelons que les UE ne comportent qu’une matière, comme nos modules actuels.
Voici un exemple pratique. Si la discipline est par exemple «Chimie –Génie des Procédés», les trois lettres correspondant à la discipline sont «CGP». CGP001: «Outils informatiques appliqués à la chimie et à la biologie» est une UE de niveau (Bac à Bac + 2) ou DEUG, car le premier chiffre après les trois lettres est 0. Les deux chiffres suivants (01) indiquent que cette unité est la première de la liste des UE du DEUG. 

Une meilleure mobilité pour  les étudiants

Cette codification me paraît intéressante pour une simplification de la gestion informatique de la scolarité. Insistons encore une fois sur le fait que cette codification indique deux choses à la fois: la discipline du module et son niveau scientifique. Cela est très important. Ainsi, l’étudiant souhaitant s’inscrire indique simplement le code du module. La validation des acquis par l’attribution des crédits ECTS à raison de 30 crédits par semestre (un crédit ECTS = 10h), ainsi que la codification des modules comme indiqué précédemment, amélioreront notre réforme. De plus, lorsqu’un diplôme est délivré, il est généralement accompagné d’un Supplément au Diplôme (SD) qui précise les programmes, les enseignements suivis, les crédits cumulés, etc. C’est en fait une identité du diplôme. Les  codes et les dénominations exacts des modules, ainsi qu’un bref aperçu des programmes doivent être consignés dans un livret à distribuer aux étudiants à la rentrée universitaire. 
Si le ministère de tutelle prend en considération les propositions contenues dans cet article, cela permettrait une meilleure mobilité de nos étudiants au niveau national et à l’étranger.

Comment affecter des crédits ECTS

   Lorsque le profil d’un diplôme est défini, son programme est élaboré sous forme de modules auxquels l’on attribue des crédits ECTS. Ces derniers traduisent le volume horaire de chaque module. Pour tout diplôme, le programme à effectuer exige un nombre standard de 60 crédits ECTS au cours d’une année académique (ou 30 crédits ECTS par semestre), imposés par le processus de Bologne. Ce nombre de 60 crédits ECTS a pour origine le volume horaire global que peut fournir l’étudiant pendant l’année, estimé entre 1.500 et 1.800 heures. Environ un tiers est dispensé par l’établissement, et les deux tiers constituent le travail personnel de l’étudiant.

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