Habillage_leco
Tribune

Réimaginer la Palestine

Par Marwan MUASHER | Edition N°:5069 Le 20/07/2017 | Partager

 Muasher, ancien ministre des Affaires étrangères et vice-Premier ministre de la Jordanie, est vice-président des études à la Fondation Carnegie pour la paix internationale. Son dernier livre s’intitule The Second Arab Awakening and the Battle for Pluralism

palestine.jpg

Dans les 50 années qui se sont écoulées depuis la guerre arabo-israélienne de 1967, la perspective d’un accord de «statut final» qui puisse mettre fin au conflit n’a jamais été aussi éloignée (Ph. AFP)

Dans les 50 années qui se sont écoulées depuis la guerre arabo-israélienne de 1967, la perspective d’un accord de «statut final» qui puisse mettre fin au conflit n’a jamais été aussi éloignée. Des décennies de négociations ratées ont fortement diminué les attentes des Palestiniens d’avoir un jour leur propre Etat, et ont généré un profond manque de confiance dans leurs dirigeants et institutions. 
Alors qu’une solution à deux Etats a longtemps été l’objectif d’un règlement négocié, il est temps de reconnaître que, deux décennies après l’échec des accords d’Oslo, la voie actuelle vers un Etat palestinien est bloquée. Une correction de trajectoire aurait dû être opérée il y a longtemps déjà. 
Le gouvernement israélien ne souhaite pas changer le statu quo; sa stratégie d’expansion continue de la colonisation comporte des coûts diplomatiques, économiques et sécuritaires minimes. Personne ne fait pression sur Israël pour qu’il négocie de bonne foi, et le pays ne voit aucun avantage à faire des concessions, surtout que la plupart du monde reste muet quant au sort des Palestiniens. 
Pendant ce temps, la légitimité politique de la direction palestinienne est en déclin depuis longtemps; de nombreux Palestiniens doutent aujourd’hui qu’elle puisse articuler une stratégie nationale et parvenir à un accord avec Israël sous quelque forme que ce soit. 

rabin-arafat-clinton-accord-de-paix.jpg

 Le 13 septembre 1993, à Washington, les leaders palestinien Yasser Arafat et israélien Yitzhak Rabin scellaient, par une poignée de main historique, un premier accord de paix, connu sous le nom des accords d’Oslo. Jusqu’à  aujourd’hui, les efforts pour résoudre le conflit ont été confinés aux contours du modèle d’Oslo. Or, ce paradigme étroit a exaspéré toutes les parties, sans les rapprocher d’une solution (Ph. AFP)

Jusqu’à présent, les efforts pour résoudre le conflit ont été confinés aux contours du modèle d’Oslo, selon lequel la voie vers l’autodétermination palestinienne demande de passer par des accords bilatéraux sur les frontières, les colonies, le territoire et le droit de retour. Or, ce paradigme étroit a exaspéré toutes les parties, sans les rapprocher d’une solution. Au lieu de commencer par la question de l’Etat, peut-être est-il temps au contraire d’en finir avec celle-ci. 
En mettant la question fondamentale des droits des Palestiniens en avant et au centre des discussions, la direction palestinienne reconnaîtrait un changement qui est déjà en train de se produire au sein de la société palestinienne. Les jeunes et les groupes de la société civile se préoccupent de plus en plus de la façon de garantir les droits individuels, et considèrent leurs libertés civiles comme un précurseur, plutôt qu’une conséquence, d’un Etat palestinien. En fait, les deux tiers des Palestiniens pensent que la solution à deux Etats n’est plus possible. Alors que les dernières décennies se sont concentrées sur la création d’un Etat comme la voie vers la liberté collective, cette approche n’a pas donné grand-chose de plus que des années d’espoir perdu et de stagnation politique. 
Une réorganisation de l’agenda politique placerait les droits civils et humains des Palestiniens comme la plus haute priorité, et laisserait la structure et la forme de l’Etat lui-même à des discussions ultérieures. Une telle approche a été illustrée par les mouvements locaux de résistance non violente, ainsi que le mouvement Boycott, Divestment, Sanctions (BDS) cherchant à faire pression sur Israël au niveau international. 
Cette sortie du paradigme d’Oslo pourrait insuffler une nouvelle énergie pour trouver une solution; mais elle aura presque certainement un impact majeur sur le nationalisme palestinien, qui est lui-même dans une impasse, divisé entre ceux qui tiennent fermement aux principes du cadre d’Oslo, et ceux qui se concentrent davantage sur une plus grande protection juridique et les libertés universelles. Le fossé n’a fait que s’élargir après chaque échec de cycle de négociations. L’identité palestinienne – qui a longtemps été définie par un récit centré sur l’indépendance – est en jeu. 
Le nationalisme palestinien survivra; c’est un élément central de l’identité palestinienne. Mais la question clé qui doit être abordée au cours des mois et des années à venir est la suivante: le projet national palestinien avancera-t-il vers une redéfinition de sa vision et de sa stratégie, ou restera-t-il embourbé dans de vieilles idées? 

Options contre réalités

La trajectoire du mouvement national palestinien est examinée dans un rapport à venir par la Fondation Carnegie pour la paix internationale, intitulée «Revitaliser le nationalisme palestinien: Options contre réalités». Le rapport évalue le nationalisme palestinien dans le climat politique actuel et offre des propositions pour rajeunir le projet. Ses conclusions sont fondées sur une enquête auprès de 58 experts palestiniens, qui explorent non seulement les obstacles à la création d’un Etat palestinien, mais offrent également des perspectives sur l’évolution future d’une stratégie nationale. 
Deux questions sont centrales pour «revitaliser le nationalisme palestinien». Tout d’abord, est-ce qu’une idée qui était à l’origine centrée sur un Etat peut être redéfinie en mettant l’accent sur une approche basée sur les droits? Et, d’autre part, est-ce que les principes d’un Etat palestinien peuvent remplacer la forme d’un tel Etat?  Les réponses des Palestiniens, Israéliens et de la communauté internationale à ces questions détermineront l’avenir de la lutte. Mais elles ne peuvent pas être évitées, compte tenu des changements qui se produisent au sein du mouvement national palestinien lui-même. Bien que la situation actuelle sur le terrain soit en pleine stagnation – avec une expansion continue de la colonisation, un vaste contrôle militaire israélien et l’anémie des institutions palestiniennes – une nouvelle génération de Palestiniens est déterminée à prendre les choses en main. 

Traduit de l’anglais par Timothée Demont
Copyright: Project Syndicate, 2017.
www.project-syndicate.org

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc