Economie

Mémorandum de la Banque mondiale: Le coup de gueule de l’UMT

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5069 Le 20/07/2017 | Partager
Moukharik a dit être «déçu de l’absence de consultation des syndicats»
Il a critiqué les recommandations relatives au monde du travail
Pour la Banque mondiale, le plus important est «comment le Maroc va interagir» avec ce document
umt.jpg

La tension était palpable lors de cette journée d’études organisée par le groupe de l’UMT à la Chambre des conseillers. Amal El Amiri, chef du groupe de cette centrale syndicale a estimé que «le mouvement syndicaliste ne peut pas cautionner une série de recommandations dans ce mémorandum». En face, Marie Françoise Marie-Nelly et Jean-Pierre Chauffour, ont dit être «prêts pour un dialogue mutuellement enrichissant»

Après quelques membres du gouvernement, c’est au tour des syndicats de critiquer le contenu du mémorandum de la Banque mondiale sur la situation économique au Maroc. L’UMT, qui a organisé une journée d’étude autour de ce document, hier à la Chambre des conseillers, a estimé que «ses recommandations ne font pas l’unanimité». C’est ce qu’a souligné Amal El Amiri, chef du groupe à la 2e Chambre. Le constat du secrétaire général de la centrale syndicale, Miloudi Moukharik, s’inscrit dans la même logique. S’adressant à la directrice du département Maghreb de la Banque mondiale à Rabat, Marie Françoise Marie-Nelly, il a fait part de «sa grande déception de ne pas être associé à ce travail, alors que les équipes de cette institution ont consulté d’autres instances dont la CGEM». Pour lui, «il est inconcevable que le mouvement syndicaliste ne soit pas consulté, au moment où le capital humain, et donc les travailleurs, constituent un aspect central dans ce mémorandum». De son côté, la représentante de la Banque mondiale a rappelé que «le Conseil économique, social et environnemental (CESE), où les syndicats sont représentés, a été associé à la préparation de ce travail». Une réponse qui n’a pas convaincu les représentants de l’UMT, ayant estimé que «les centrales sont minoritaires dans ce Conseil», selon El Amiri.
Au-delà de ces questions de forme, les critiques de l’UMT ont porté sur certains problèmes de fond, soulevés par le mémorandum de la Banque mondiale. Pour Moukharik, «des failles ont été relevées au niveau des recommandations. Leur impact sera important sur la cohésion sociale». Il a dit être «choqué par la partie relative au monde du travail». Il a déploré que la recette de cette institution de Bretton-Woods «préconise la facilitation du licenciement des salariés, à travers l’appel à plus de flexibilité dans les relations du travail». Le patron de l’UMT a aussi estimé que «le constat fait concernant la nécessité de diminuer le SMIC, considéré comme élevé, va approfondir l’exclusion et la pauvreté». Il a aussi pointé des «retours en arrière», notamment en matière de «révision du mode de rémunération des heures supplémentaires, qui va favoriser l’exploitation des travailleurs». Idem pour «l’appel à la limitation du droit de grève. Cela va porter un coup dur à un droit fondamental», a-t-il dit. Face à ces critiques, Marie Françoise Marie-Nelly a estimé qu’il est important «d’éviter de se limiter à un paragraphe du rapport», appelant à avoir une vision plus globale. Pour elle, «l’essentiel pour la Banque mondiale, qui se positionne en tant que facilitateur, est comment le Maroc va s’approprier le contenu du rapport et interagir avec ses recommandations». Même son de cloche chez Jean-Pierre Chauffour, économiste principal pour le Maroc de la Banque mondiale. Pour lui, cette institution «n’a pas la science infuse». Il a mis l’accent sur la nécessité du dialogue pour un enrichissement mutuel. Au-delà des critiques, il a plaidé pour plus de réalisme. «La situation du Maroc n’est pas aussi favorable qu’on le croit, surtout en comparaison avec ses concurrents hors Mena, comme la Turquie», a-t-il expliqué. Plusieurs maux ont été identifiés par ce mémorandum, dont la version définitive de 400 pages sera publiée dans quelques semaines. Par exemple, l’importance des inégalités est le premier indicateur qui doit pousser à la réflexion, selon Chauffour. Idem pour l’essoufflement de la croissance depuis 2008 et le faible taux de participation au marché du travail.

«Mettre à niveau le sous-développement»

Les membres du Centre de recherches Aziz Belal (Cerab) ont aussi formulé une série de critiques concernant le contenu du mémorandum de la Banque mondiale. Pour son président, Mohamed Chiguer, «les observations de cette institution laissent perplexe». Au moment où le Maroc redouble d’efforts pour rejoindre le club des pays émergents, ce document prévoit «une période de 25 ans pour mettre à niveau le sous-développement du Maroc. Or, le temps nécessaire au développement d’un pays n’a cessé de se réduire, avec 30 ans pour le Japon, puis 20 pour la Corée du Sud», a-t-il dit. Si Amal El Amiri a considéré que le diagnostic établi par la Banque mondiale fait l’objet d’un consensus, le président du Cerab estime qu’il «ne s’agit pas d’un diagnostic mais seulement d’une évaluation des politiques économiques. Car, les indicateurs pris en compte ne reflètent pas la réalité». D’autant que «l’économie marocaine est composite, avec un poids important de l’informel et des activités souterraines», a-t-il expliqué.

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc