Economie

Enseignement des statistiques: Le réveil des «réalistes»

Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5068 Le 19/07/2017 | Partager
Le contenu des modules doit partir du vécu des populations
La maîtrise technique ne peut être la finalité de la formation

Ce tout petit stand que tient une ONG dans la zone d’exposition du congrès mondial des statistiques qui se tient jusqu’au 21 juillet à Marrakech est l’une des attractions de cet événement. Il arbore un slogan provocateur: «Je hais les statistiques». Dans un rendez-vous mondial des statistiques, il fallait le faire. En réalité, la mission de cette ONG est de «démystifier» la discipline auprès de ceux qui ont la hantise de chiffres. Cette association propose des séances de coaching pour «faire aimer» les données statistiques.
Oui, à l’heure du foisonnement des applications, des logiciels informatiques spécialisés et des big-data, faire aimer les statistiques est un nouveau challenge, concède un professeur éthiopien à l’atelier consacré à l’enseignement de la discipline. Sans renier son ADN, l’enseignement des statistiques doit se réinventer. Cette remise en cause doit porter non seulement sur les méthodes et les contenus pédagogiques, mais aussi sur l’orientation. Il faut démontrer aux étudiants (et indirectement, au public) l’utilité de la discipline en tant qu’outil technique et ce que l’interprétation des données peut leur apporter au niveau professionnel.
Quelques intervenants citent avec un brin d’admiration la manière avec laquelle les géants du web, les fameux GAFA, ont réussi à créer de la valeur en monétisant les données statistiques de leurs usagers. Les profs présents à l’atelier se lancent dans une autocritique rare dans le milieu académique: «sans baisser les standards scientifiques, il faut en finir avec l’approche fondée sur l’amour des formules mathématiques; nous devons insister sur ce que cache la variabilité des données». La thèse que défendent ces «réalistes» est simple : Le contenu des enseignements devrait privilégier les bases de compréhension des problèmes que vivent les populations et non l’accumulation des techniques pour la technique. Ce besoin de coller au plus près des réalités s’impose d’autant plus que de nombreuses professions sont de grands utilisateurs de données utiles pour améliorer l’efficacité de leur prestation. Et ces praticiens ne sont pas censés avoir la maîtrise des statistiques, ni de l’interprétation des données: Médecins, avocats, juges, vétérinaires, notaires, conseillers juridiques, etc.
Les profs sont en première ligne de cette exigence de reengineering de programmes et de méthodes d’enseignement des statistiques. Mais il faut lutter contre un certain conservatisme. «La plupart ont tendance à dupliquer les méthodes auxquelles ils ont été eux-mêmes formés», constate un professeur venu du Kenya. Ils devraient s’enrichir en s’ouvrant aux autres disciplines, et au besoin, les y contraindre par une obligation réglementaire en matière de formation continue. Pour son pays, il tire un constat d’échec qu’il attribue à la rigidité des programmes et à un certain conservatisme. Comme ce professeur, beaucoup de ses collègues doivent affronter le camp des puristes, celui-là qui ne jure que par l’excellence technique de la discipline parfois au mépris de la connexion avec les nouveaux besoins des utilisateurs de données.

Les «Stats» dès le collège

Plusieurs pays ont intégré dès le collège des modules de statistique dans le programme. C’est le cas de la plupart des pays d’Asie du sud-est (Malaisie, Singapour, Japon, Corée du Sud, etc) et plus proche du Maroc, la Belgique et l’Ethiopie. Au niveau supérieur, les grandes universités ont multiplié les spécialisations dans la filière «Statistiques» en vue de se rapprocher encore plus de la demande des entreprises. Dans la vitrine, on trouve des masters en statistiques industrielles, de santé, agricoles, facteurs climatiques, etc.  

 

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