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Une aventure probablement unique au monde: Le plus long warf de tous les temps?

Par Nadia SALAH | Edition N°:5065 Le | Partager

L’exploitation de la mine de Phosboucraâ, à ciel ouvert, porte sur un minerai relativement pauvre, contrairement à ce qu’on trouve dans les grands gisements du Gantour ou de Khouribga (respectivement 37% et 43,5% des réserves marocaines) ou encore de Meskala (18% des réserves). 

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Le débouché maritime de la mine de Boucraâ est un warf  (voir ci-contre).  Le minerai est livré vers cette jetée foraine  par une bande transporteuse  de 100 km de long. Il semble que ce soit la plus longue bande transporteuse du monde. En tout cas elle est référencée comme telle dans le monde des ingénieurs. La deuxième bande transporteuse remarquable au monde travaille entre l’Inde et le Bangladesh, sur 17 km de long, d’un seul tenant.
Pour la quasi-totalité des besoins, Phosboucraâ  est alimentée par de l’électricité éolienne, dont le parc est installé à Foum El Oued. A noter qu’il y a deux parcs éoliens dans la région, celui de Phosboucraâ donc, et celui de Nareva un peu plus au nord.
Autre avancée technologique remarquable à partir de Phosboucraâ: le dessalement d’eau de mer. Actuellement, l’eau pour le traitement du phosphate-rock vient d’une unité de dessalement d’eau de mer, dont le coût d’obtention n’a plus rien à voir avec les prix faramineux d’il y a seulement 25 ans. Rappelons qu’une des toutes premières unités de dessalement du Maroc se trouve un peu plus au sud, à Boujdour, installée par l’Odep, aujourd’hui fondue dans l’ONEE. 
Cette eau-là était si précieuse qu’on ne devait pas l’utiliser pour autre chose que pour boire. Aujourd’hui les progrès ont changé la donne: avec de l’eau dessalée, on peut laver des millions de tonnes de phosphates. Les investissements en cours multiplieront par 6,5 la capacité de dessalement, pour aller presque jusqu’à 9 millions de m3/an.

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Construit en 1966, le warf de Laâyoune a été réparé et augmenté (on dit «revampé», dans le génie civil) en 2003 et en un temps record pour ce genre de travaux. 
Un warf ou wharf est une sorte de jetée  unique; on dit aussi jetée foraine.  Il est à une petite vingtaine de km de Laâyoune sur la route de Boujdour. Il mesure exactement 3,2 km de long et va jusqu’en eau profonde, pour pouvoir charger des navires de 100.000 tonnes. Le bateau capturé en Afrique du Sud fait la moitié de ce tonnage.
C’est probablement le plus long warf du monde, si on considère que Santa Cruz en Californie a fait enregistrer le sien comme l’un des plus longs; or il ne mesure que 800 m mais c’est un warf commercial, avec des restaurants et cafés. Rien de tel évidemment sur le warf de Laâyoune.
Il est partiellement protégé des grandes houles et de l’ensablement qu’il aurait généré par la l’existence au large des îles Canaries

Néanmoins, malgré la baisse des coûts, l’eau dessalée n’est pas gratuite comme l’est l’eau de pluie. Donc il a fallu serrer les boulons et mettre au point des méthodes de lavage aussi efficaces mais nettement moins gourmandes en eau.
En général, les gens des mines ne savent pas dire comment leur travail évolue, en quoi il change leur environnement… Ceux de l’OCP sont comme 
les autres. Ils ne 
mesurent vraiment  le côté inédit de leurs travaux que lorsque leur interlocuteur s’étonne. En effet, de dessalement en lavage et bien d’autres activités, Phosboucraâ est devenu un pôle technologique, où sont déjà et vont être lancés des sortes de «hub» éducatifs et de recherche. Cette «aventure», probablement unique au monde, est évidemment rendue possible car tous les bénéfices sont réinvestis, sans remontées vers la société mère, l’OCP.

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Sources Google Maps
Le port abrité de Laâyoune fut construit en 1986, avec dans l’interland immédiat des unités de production. En bas le warf: on voit très nettement la différence de taille. La ville de Laâyoune elle-même est  plus au nord-est, à l’intérieur des terres, contre le lit de l’oued où des mini-barrages ont été construits les premières années du retour du Sahara pour favoriser l’infiltration de l’eau, quand il y en a.

 

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