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Analyse

Villes nouvelles: Benabdallah mise sur le temps

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5064 Le 13/07/2017 | Partager
Il faut compter 20 ans et plus pour voir émerger une ville
Tamesna souffre d’un problème d’image, lié au social
Plus de 10.000 logements réservés aux bindonvillois
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«Le logement social a pris beaucoup de place. Nous essayons de développer d’autres types d’habitats adressés aux classes moyennes dans leurs différentes catégories pour valoriser Tamesna», souligne Nabil Benabdallah.

- L’Economiste: Tamesna n’est pas un modèle de réussite. Vous avez préparé un projet de loi sur les villes nouvelles, mais qui tarde à voir le jour. Pourquoi?
- Nabil Benabdallah: C’est un texte complexe dont l’avantage est d’encadrer le processus d’émergence des villes nouvelles. Mais ce n’est pas parce que vous éditez un texte sur l’urbanisme par exemple que vous réglez tous les problèmes d’habitat non réglementaire, de bidonvilles ou autres. C’est dans la mise en œuvre que les villes nouvelles rencontrent un certain nombre d’obstacles. Les problèmes s’accumulent pendant les 25 ans où la ville peut mûrir. Lorsque vous prenez le quartier de Hay Riad à Rabat, qui est une extension  de la ville et non une ville nouvelle, c’étaient des terrains vagues. 
Lorsque les constructions ont commencé à sortir de terre, les taxis ne voulaient même plus y aller, il n’y avait aucun commerce… Les premiers habitants, qui ne se sentaient pas en sécurité, parlaient de quartier coupe-gorge. Ces dernières années, nous avons vu l’émergence de ministères, de lieux publics, de centres commerciaux, etc. Maintenant, nous pouvons dire que ce projet a réussi, mais ce n’était pas le cas avant. C’est ce que nous entendons dans certaines villes telles que Tamesna ou Tamansourt. Lorsqu’elles sont situées sur un foncier qui n’obéit pas forcément à une volonté d’urbanisation très forte, il y a encore plus de retard. 

- Pour Tamesna et Tamansourt, vous avez lancé des plans de relance et ce n’est toujours pas une réussite. Que faire pour que cela marche?
- Il faut accompagner et travailler progressivement pour que l’alchimie prenne. Cette alchimie consiste à voir émerger en même temps des logements et des services publics.  Nous devons régler ces problèmes progressivement, nous sommes accompagnés par d’autres ministères. Il faut arriver à convaincre les ministères de l’Education nationale, de la Santé, du Transport, de la Jeunesse et des Sports, de la Culture… pour  qu’ils réalisent progressivement les services et les équipements publics. C’est pour cela que ces projets mettent du temps à émerger.

- Avec beaucoup de logements sociaux, Tamesna souffre d’un problème d’image…
- Nous nous situons dans une zone où il y a énormément de bidonvilles. Une partie de ces problèmes a été traitée à l’intérieur de Tamesna. Pour régler ce problème, il faut la préserver. Il y a un seuil à ne pas dépasser. Nous sommes pratiquement à plus de 10.000 logements réservés aux bidonvillois. Nous essayons de développer d’autres types d’habitats adressés aux classes moyennes dans leurs différentes catégories. C’est de cette manière que nous pourrons valoriser cette ville. La valorisation, ce n’est pas seulement le logement. C’est la qualité de l’école, du transport, le fait de disposer d’une université. Mais tout cela prend du temps.

- Le logement social donne l’impression de se tasser. Que faut-il faire pour le relancer?
- D’abord il ne se tasse pas partout. Il y a des endroits où nous connaissons une sorte de satisfaction de l’offre comme à Kénitra ou ailleurs. De manière générale, nous sommes en train d’arriver au fond du panier. Les couches pouvant se permettre d’accéder au logement social commencent à se faire rares. Elles n’ont pas la capacité à donner une avance. Nous réfléchissons au niveau du ministère à une approche qui permettrait de donner un coup de fouet au secteur immobilier.

- Pouvons-nous avoir plus de détails?
- Nous avons réalisé une étude qui montre qu’un peu plus de 20% de la demande se situe autour du social à 250.000 DH. Le 2e niveau de la demande est le produit dont le prix varie entre 250.000 et 450.000 DH. Il est destiné aux classes moyennes inférieures. Le 3e niveau est celui qui concerne les couches les plus défavorisées, donc un logement moins cher que 140.000 DH. Le 4e niveau de la demande varie entre 450.000 et 950.000 DH. Nous essayons de travailler sur une offre modelée, avec plusieurs produits différents. Pour les logements moins chers, au lieu d’aller vers un logement social traditionnel à 3 pièces, les promoteurs pourraient proposer des 2 pièces ou des studios. On obtiendra des prix finaux en mesure des couches les plus défavorisées, qui pourront ainsi y accéder. Cela relancera l’offre et donnera un coup de fouet au secteur immobilier et à l’économie en général.

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